On aurait pu redouter le grand numéro de la franchise qui se regarde le nombril, avec ses invités à la pelle et son petit air de bande-annonce géante pour le prochain machin. Sauf que Spider-Man: Brand New Day semble avoir compris un truc que le MCU avait un peu oublié en route : un caméo n’a d’intérêt que s’il mord dans le récit.
Depuis Spider-Man: Homecoming en 2017, la série portée par Tom Holland a toujours joué la carte du voisinage encombré. Robert Downey Jr. en Iron Man, Samuel L. Jackson en Nick Fury, Benedict Cumberbatch en Doctor Strange, sans parler de la ribambelle de retours nostalgiques dans Spider-Man: No Way Home : la saga a fait de Spider-Man le petit frère qui débarque à la table des grands, avec les Avengers en fond sonore. Le problème, on le connaît : à force d’empiler les passerelles, le MCU a parfois confondu expansion et respiration, transformant certains films en vitrines de futurs produits dérivés. Les chiffres parlent d’eux-mêmes, avec une machine industrielle qui a longtemps reposé sur la promesse du prochain épisode plus que sur la tenue du présent. Et quand la poule aux œufs d’or se met à pondre des teasers au lieu de films, ça coince un peu.
Mais Brand New Day renverse la logique : ici, les invités ne viennent pas parasiter l’histoire, ils la densifient.
Le retour du crossover qui ne sent pas la colle fraîche
Le film convoque Bruce Banner, alias Hulk, Frank Castle, alias le Punisher, Yelena Belova, et même Jean Grey, révélée comme l’un des pivots du récit. Sur le papier, on pourrait croire à une de ces opérations de surchauffe dont Marvel a parfois le secret, ce moment où chaque apparition ressemble à un carton publicitaire déguisé. En réalité, le long métrage semble utiliser ces figures comme des pièces d’un même échiquier narratif, pas comme des panneaux indicateurs vers d’autres sorties. Et ça change tout.
Le Hulk, par exemple, ne débarque pas pour faire joli en vert fluo. Il renvoie à la part monstrueuse de Peter, à cette mutation qui le rapproche d’un être hybride, coincé entre l’humain et l’instinct. Le Punisher, lui, fait écho à la solitude radicale de Peter après l’effacement de son identité à la fin de No Way Home : un homme réduit à sa mission, presque à sa fonction. Quant à Yelena, elle apporte une texture plus ironique, presque bureaucratique, qui permet au film de jouer avec une forme de polar urbain. Le crossover redevient un outil dramatique, pas un ticket de caisse.

Peter Parker, ou l’art de devenir son propre masque
Ce qui traverse Brand New Day, d’après les éléments disponibles, c’est une question d’identité. Peter n’est plus seulement un garçon avec des pouvoirs ; il est devenu Spider-Man à plein temps, sans filet, sans double vie confortable, sans entourage pour le ramener à la normale. C’est là que le film trouve sa meilleure idée : le héros ne croise pas d’autres figures Marvel pour faire joli, il les rencontre comme autant de miroirs déformants. Hulk incarne la violence intérieure, le Punisher la guerre sans fin, Jean Grey la blessure qui déborde, Yelena la survie transformée en posture. Pas mal pour un blockbuster censé vendre des baffes et des immeubles qui s’écroulent.
Cette mécanique rappelle aussi la vieille logique des comics, quand un personnage passe d’un titre à l’autre sans que cela ressemble à une obligation industrielle. Le cinéma de franchise a longtemps voulu imiter cette circulation, mais il a souvent oublié la règle de base : il faut que chaque apparition ait une nécessité, une friction, une petite étincelle. Ici, le film semble retrouver ce plaisir-là, celui de la continuité qui enrichit au lieu d’écraser. On n’est pas dans le musée des licences, on est dans un vrai récit de collisions.
Le MCU, ce grand chantier qui cherche encore sa charpente
Depuis Avengers: Endgame en 2019, Marvel a parfois donné l’impression de bâtir plus vite que solidement. Les phases se sont enchaînées, les séries ont épaissi le dispositif, et plusieurs œuvres ont eu ce parfum de devoirs à rendre avant la prochaine colle. Ce qui rend Brand New Day intéressant, c’est précisément sa capacité à utiliser la mémoire du public sans le prendre pour un comptable de chronologie. On comprend qui est qui, on saisit les enjeux, et le film peut alors se permettre de jouer la carte du drame, de l’humour et du face-à-face psychologique.
Le plus malin, c’est peut-être Jean Grey. En la faisant entrer comme une pièce essentielle du puzzle, le film sert à la fois son propre récit et l’idée d’un futur reboot des X-Men. Le genre de manœuvre qui aurait pu sentir le coup de force marketing à plein nez. Mais si l’écriture tient, si la scène existe d’abord pour Peter avant de servir l’architecture globale, alors le studio retrouve ce vieux savoir-faire qui faisait fonctionner ses premières années : faire croire que tout ça tient par le plaisir du jeu, pas seulement par la promesse d’une suite. Le secret n’est pas de brancher des franchises entre elles, c’est de leur donner une raison de se parler.
Et c’est sans doute là que Spider-Man: Brand New Day marque un point : il rappelle que le cinéma de super-héros n’est pas condamné à l’overdose de connexions. Quand les caméos ont du poids, du rythme et une vraie utilité dramatique, on ne regarde plus une stratégie de studio. On regarde un film qui a encore un peu de nerf. Ce qui, dans le MCU de 2026, relève presque du miracle administratif.
Bande-annonce VF de Spider-Man : Brand New Day
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




