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    Nrmagazine » Supergirl : Milly Alcock sauve les meubles d’un film DC en apnée
    Blog Entertainment 25 juin 20266 Minutes de Lecture

    Supergirl : Milly Alcock sauve les meubles d’un film DC en apnée

    Un blockbuster qui veut refaire le monde, mais s’écrase sous son propre sérieux dystopique
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    DC voulait sans doute une nouvelle héroïne pour relancer la machine. Il livre surtout un long métrage qui confond gravité et lourdeur, avec Milly Alcock en seule vraie source d’électricité.

    À ce stade, on connaît la chanson : Hollywood adore recycler ses mythologies en leur collant une couche de désespoir pseudo-moderne, comme si la fin du monde devait forcément se filmer en gris béton. Supergirl s’inscrit pile dans cette logique de franchise qui cherche à se refaire une santé en changeant de visage, de ton et de promesse, sans toujours résoudre le péché originel du projet : pourquoi raconter encore cette histoire, et surtout pourquoi maintenant ? Le film, signé pour le grand circuit des superproductions DC, mise sur Milly Alcock, révélée au grand public par House of the Dragon, pour incarner une héroïne plus dure, plus cabossée, plus en colère que la version lisse d’antan. Sur le papier, l’idée n’est pas idiote. Dans les faits, elle se heurte à un univers qui semble avoir oublié qu’un film de super-héros doit aussi respirer un peu. Le résultat a tout d’un mastodonte qui avance avec des semelles de plomb.

    Et c’est là que le bât blesse : à force de vouloir être sombre, Supergirl finit surtout par être plat comme une porte de garage.

    Une héroïne qui a du mordant, un film qui n’en a pas

    Le vrai sujet du film, ce n’est pas seulement la cousine de Superman, ni même la mécanique de l’adaptation DC. C’est le décalage entre une interprète qui semble vouloir arracher le rôle à la matière même du scénario, et un dispositif qui l’enferme dans une dramaturgie sans nerf. Milly Alcock apporte une présence sèche, une nervosité presque animale, et on comprend vite pourquoi elle a été choisie : elle a ce mélange de fragilité et de défiance qui peut faire basculer un film de cape et d’épée dans quelque chose de plus rugueux. Sauf que le long métrage, lui, reste scotché à une esthétique de dystopie générique, comme si l’équipe avait coché la case “désolation cosmique” sans jamais se demander ce qu’elle racontait vraiment. On regarde une actrice essayer d’ouvrir une porte, pendant que le film s’acharne à la maintenir fermée.

    Ce qui frappe, dans ce type de production, c’est la manière dont les studios veulent à tout prix faire oublier l’odeur de produit manufacturé. Alors ils assombrissent l’image, épaississent la mythologie, empilent les traumatismes, et espèrent que la sauce prenne. Mais un univers étendu n’est pas une excuse pour l’inertie dramatique. Quand tout le monde souffre de manière interchangeable, quand chaque scène semble plaquée pour annoncer une suite ou un spin off, on perd le sel du cinéma de genre : le mouvement, le choc, la surprise. Ici, la mise en scène paraît prisonnière d’un cahier des charges qui a oublié le plaisir. Et franchement, à quoi bon ?

    Affiche de Supergirl
    Affiche de Supergirl

    Le syndrome du blockbuster qui se prend pour un traité de civilisation

    En réalité, Supergirl s’inscrit dans une longue tradition hollywoodienne : celle du film de super-héros qui veut absolument prouver qu’il a quelque chose à dire sur le monde, alors qu’il peine déjà à faire exister ses personnages dans le cadre. Depuis plus de vingt ans, le genre joue cette partition à répétition. Après la phase d’émerveillement, puis celle du gigantisme industriel, puis celle du multivers à rallonge, les studios ont compris qu’il fallait vendre de la gravité comme on vend du pop-corn. Résultat : des blockbusters qui se regardent le nombril en espérant passer pour profonds. DC, plus que Marvel sur certains terrains, a souvent cultivé cette tentation du grand sérieux. Mais le sérieux n’est pas une valeur en soi. Sans rythme, sans ironie, sans respiration, il devient une déco. Et une déco, même en IMAX, ça reste une déco.

    Le cas Supergirl est d’autant plus intéressant qu’il arrive dans une période où chaque franchise tente de se réinventer à coups de reboot, de relance et de repositionnement stratégique. Les studios ne vendent plus seulement des films, ils vendent des promesses de continuité, des architectures de récit, des “nouveaux départs” qui ressemblent souvent à de vieux réflexes repeints. Le problème, c’est que le public n’achète pas une stratégie marketing, il achète une expérience. Si l’expérience est molle, l’habillage ne sauve rien. Et quand la critique parle d’un film “super-horrendous”, ce n’est pas seulement une formule assassine pour faire joli : c’est le symptôme d’un blockbuster qui a oublié son premier boulot, à savoir faire vibrer la salle. Pas besoin d’un séminaire sur la condition post-humaine pour ça.

    Milly Alcock, seule vraie étincelle dans la nuit

    Autre valeur du film : la manière dont Milly Alcock prend la lumière malgré le cadre qui l’écrase. Il y a chez elle une énergie qui rappelle ces jeunes interprètes capables de transformer un matériau bancal en terrain de jeu. Elle n’a pas besoin de surjouer l’icône ni de singer la dureté virile des demi-dieux du genre. Elle existe par tension, par retenue, par éclats. Et c’est précisément ce qui rend le contraste avec le reste du film si cruel. Là où la mise en scène semble vouloir imposer une héroïne de marbre, Alcock laisse filtrer de la colère, de la fatigue, presque de l’impatience. Bref, du vivant. Dans un film aussi raide, c’est déjà énorme.

    On en revient toujours à la même question : qu’attend-on d’un film de super-héros en 2026 ? Qu’il empile les codes ou qu’il les retourne ? Qu’il fasse semblant d’être adulte ou qu’il assume enfin sa dimension de machine à fantasmes ? Supergirl choisit la première option, et c’est bien là son problème. Il y a des œuvres qui transforment leur rigidité en style. Ici, on sent surtout la mécanique qui grince. Le film veut être une réponse, mais il n’a pas encore trouvé sa question. Et pendant ce temps, Milly Alcock, elle, continue d’avancer. Toute seule ou presque. Ce qui, au fond, ressemble déjà à un meilleur film que celui qu’on nous sert.

    Reste cette impression tenace, un peu agaçante, qu’un personnage peut parfois être plus prometteur que le film qui prétend le lancer. C’est le genre de paradoxe qui fait tout le sel des franchises quand elles commencent à fatiguer : elles misent sur une nouvelle tête d’affiche pour masquer l’usure du système. Parfois ça marche. Ici, pas vraiment. Mais au moins, on sait où regarder. Et ce n’est pas rien.

    Bande-annonce VF de Supergirl

    nrmagazine
    Vincent Bazire

    Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.

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