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    Nrmagazine » Christopher Nolan : ses 5 films les moins bien notés, et pourquoi ça ne veut rien dire
    Blog Entertainment 18 juillet 20266 Minutes de Lecture

    Christopher Nolan : ses 5 films les moins bien notés, et pourquoi ça ne veut rien dire

    Du premier jet fauché à la machine temporelle, le classement Rotten Tomatoes raconte surtout l’obsession Nolan
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    On va faire simple : chez Christopher Nolan, même le “moins bon” a des airs de coup de maître un peu cabossé. Le classement Rotten Tomatoes qui le renvoie à ses prétendus bas-fonds dit surtout une chose assez drôle : quand on a fabriqué l’un des totems du cinéma de studio contemporain, la moindre petite baisse de régime ressemble déjà à un accident industriel. Sauf qu’ici, l’accident roule encore à 200 à l’heure.

    Depuis Following en 1998 jusqu’à Oppenheimer en 2023, Nolan a bâti une filmographie de 13 longs métrages en tandem quasi permanent avec Emma Thomas, sa productrice et épouse, et ce duo a transformé le réalisateur britannique en fer de lance d’un cinéma de grande ampleur qui aime autant la mécanique du temps que les corps qui s’y frottent. Le bonhomme divise, évidemment : trop cérébral pour les uns, trop monumental pour les autres, mais jamais tiède. Et c’est précisément pour ça que ce type de classement a quelque chose de piquant. On ne parle pas d’un cinéaste qui a empilé les fautes de goût, mais d’un auteur dont les “ratés” restent souvent des objets de débat, des machines à fantasmes, des films qui continuent de travailler le spectateur longtemps après le générique. Rotten Tomatoes, avec ses pourcentages, fait semblant de trancher ; en réalité, il ne fait qu’ordonner le désordre.

    Alors oui, on peut jouer au palmarès, mais chez Nolan la hiérarchie ressemble surtout à une querelle de détail : le bas de tableau est déjà au-dessus de la mêlée.

    Le premier coup de couteau, pas encore le grand spectacle

    Following, sorti en 1998, ouvre la marche avec son 88 % sur Rotten Tomatoes. Le film est tourné avec des moyens minuscules, en lumière naturelle, et ça se voit dans la texture même de l’image : un noir et blanc nerveux, des rues de Londres observées comme un terrain de chasse, une mise en scène qui avance à pas de loup. Nolan y suit un jeune écrivain sans emploi, surnommé simplement “le Jeune Homme”, happé par un petit voleur élégant nommé Cobb. Le détail savoureux, c’est que ce nom reviendra plus tard dans Inception, comme si Nolan recyclait déjà ses propres fantômes. Ce premier film n’a pas la puissance de ses œuvres ultérieures, mais il annonce tout : le goût du double, la fascination pour l’identité fendue, la narration qui se replie sur elle-même. C’est le brouillon d’un styliste, pas un brouillon tout court.

    Gotham en rodage, cape déjà tendue

    Avec Batman Begins (2005), Nolan prend une franchise exsangue et lui redonne du nerf. Le film affiche 85 % sur Rotten Tomatoes, ce qui, dans cette logique de classement, le relègue au rang de “moins bon” opus de la trilogie du Chevalier noir. C’est un peu cruel, mais révélateur : à côté de The Dark Knight et The Dark Knight Rises, ce premier volet paraît plus sage, plus explicatif, presque scolaire dans sa manière de poser les bases. Pourtant, il y a là un vrai geste de refondation. Christian Bale compose un Bruce Wayne sec, cassé, presque hostile à sa propre mythologie ; Michael Caine apporte à Alfred une chaleur qui évite au film de se prendre pour une cathédrale de granit ; Cillian Murphy, avant son Oscar remporté avec Nolan pour Oppenheimer, donne au Scarecrow une élégance venimeuse ; Liam Neeson, lui, impose une présence de monstre sacré en costume de mentor piégé. Le film ne cherche pas encore le vertige : il prépare le terrain, et ça, chez Nolan, c’est déjà une déclaration d’intention.

    Le prestige, les tours de passe-passe et le prix du duel

    En 2006, The Prestige arrive avec 76 % et une réputation de chouchou de cinéphiles qui aiment se repasser les scènes à la loupe. Le film s’inscrit dans une bataille de box-office contre The Illusionist, autre récit de prestidigitation sorti la même année, et il sort perdant sur le plan commercial. Mais sur le plan de la mise en scène, Nolan y déploie une architecture redoutable : rivalité entre magiciens, narration éclatée, obsession du sacrifice, et cette idée très nolanienne qu’un grand numéro repose toujours sur une violence cachée. Hugh Jackman et Christian Bale y jouent deux hommes consumés par leur propre numéro, Michael Caine sert de pivot technique, Scarlett Johansson glisse dans le dispositif comme une lame discrète, Rebecca Hall apporte une gravité douloureuse, et David Bowie, en Nikola Tesla, donne au film une aura de science-fiction fantôme. Si le film ne plaît pas à tout le monde, c’est peut-être parce qu’il demande qu’on accepte d’être dupé avec élégance.

    Quand le temps se venge, et le public avec

    Interstellar (2014) descend à 73 %, ce qui paraît presque absurde tant le film a acquis, avec les années, un statut de totem émotionnel pour une partie du public. Nolan y filme un futur ravagé par la sécheresse, la famine et l’épuisement des sols, puis envoie Matthew McConaughey dans l’espace sous les traits de Cooper, père célibataire embarqué dans une mission de la dernière chance. Le film aligne Anne Hathaway, Michael Caine, Jessica Chastain, Casey Affleck, Wes Bentley, David Gyasi ; il convoque trous de ver, relativité, dilatation temporelle et mélodrame filial avec une ambition qui frôle parfois l’inconfort. C’est précisément là que ça coince pour certains critiques : l’émotion et le concept se frottent sans toujours s’embrasser proprement. Mais c’est aussi ce qui fait sa force. Nolan ne cherche pas la fluidité, il cherche la collision. Et quand ça percute, ça laisse des traces sur la rétine et dans le bide.

    Tenet, ou le casse-tête qui refuse de s’excuser

    Au sommet de ce classement à rebours, Tenet (2020) décroche 70 %, le score le plus bas de la filmographie Nolan sur Rotten Tomatoes au moment de la source. Le film n’a rien d’un simple exercice de style : c’est une expérience de perception, un labyrinthe d’inversion temporelle, un blockbuster qui demande au spectateur de lâcher prise tout en lui ordonnant de rester concentré. John David Washington y incarne “le Protagoniste”, clin d’œil à Following, comme si Nolan refermait une boucle sur son propre cinéma. Autour de lui, Robert Pattinson, Elizabeth Debicki, Kenneth Branagh, Michael Caine et Himesh Patel composent un casting qui ressemble à une réunion de gens très polis au milieu d’un désastre conceptuel. Le film a dérouté, évidemment. Il a aussi prouvé que Nolan restait capable de prendre un risque de studio à une époque où tant d’autres se contentent de lisser la surface. Le vrai luxe, ici, c’est de ne pas vous prendre par la main.

    Au fond, ce classement dit moins “voici les pires Nolan” que “voici un cinéaste dont les faux pas sont encore des objets de cinéma”. On peut préférer l’élan romanesque de Interstellar, la mécanique de The Prestige, la rigueur de Batman Begins ou le chaos contrôlé de Tenet ; on peut aussi continuer à chipoter sur les pourcentages comme si l’algorithme avait le dernier mot. Mais Nolan, lui, a déjà gagné une autre partie : celle où même ses titres les plus discutés continuent de nous forcer à regarder plus attentivement. Et franchement, à l’heure des films qui se contentent de passer sans laisser de cicatrice, ce n’est pas rien.

    nrmagazine
    Vincent Bazire

    Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.

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