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    Nrmagazine » Agnieszka Holland filme Marlene Dietrich
    Blog Entertainment 23 juin 20266 Minutes de Lecture

    Agnieszka Holland filme Marlene Dietrich

    Avec Berlinweh, la cinéaste polonaise s’attaque à une icône qui a toujours fui les cases bien rangées
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    Agnieszka Holland repart au front avec Berlinweh – Yearning for a Home, biopic consacré à Marlene Dietrich. Autrement dit, on ne parle pas d’un simple portrait de star, mais d’un film qui promet de mesurer le prix du mythe, de l’exil et du glamour quand ils cessent de faire joli sur une affiche.

    Le projet a de quoi intriguer, et pas seulement parce qu’il s’attaque à une demi-déesse du cinéma mondial. Holland n’est pas du genre à lisser ses sujets pour les rendre consommables entre deux pop-corns. Depuis Angry Harvest (1985), Europa Europa (1990) et In Darkness (2011), toutes trois passées par la case nomination aux Oscars, la cinéaste polonaise a construit une filmographie où l’Histoire mord, saigne et laisse des traces. Chez elle, le biopic n’est jamais une vitrine à paillettes : c’est un terrain miné. Et Marlene Dietrich, avec son image sculptée à Hollywood, son rapport trouble à l’Allemagne et sa légende de femme insaisissable, offre justement le genre de matière qui peut virer au grand film de tension psychologique plutôt qu’au simple panégyrique.

    Le film, dont les ventes internationales sont assurées par Films Boutique, s’inscrit aussi dans un moment où le biopic de prestige continue de faire tourner la machine, entre appétit des marchés étrangers et fascination intacte pour les figures plus grandes que nature. Sauf que, pour une fois, on ne tient pas un sujet facile. Dietrich, c’est l’icône qui a compris avant tout le monde que le cinéma fabrique des corps politiques autant que des visages désirables. C’est la star qui a traversé le XXe siècle en laissant derrière elle une traînée de chansons, de rôles, de scandales et de brouillard. Bref, un matériau idéal pour Holland, qui n’a jamais eu peur des zones grises.

    Le mythe en contre-jour

    En apparence, Berlinweh – Yearning for a Home pourrait rejoindre la longue lignée des films qui s’agenouillent devant une légende du grand écran. En réalité, le titre lui-même dit déjà autre chose : ce n’est pas seulement Berlin qu’on convoque, mais le manque, la nostalgie, la déchirure entre l’origine et l’image publique. Dietrich, née à Berlin en 1901 et devenue une star internationale après L’Ange bleu de Josef von Sternberg en 1930, a passé sa vie à se réinventer, à se détacher de son pays natal, puis à revenir hanter son propre passé comme un fantôme élégant. On imagine mal Holland se contenter d’une success story. Elle va sans doute chercher la fêlure derrière le fard, le coût intime de la transformation en symbole. Et c’est là que le film devient intéressant : quand le mythe commence à se fissurer, on voit enfin la charpente.

    Le cinéma a déjà beaucoup raconté Dietrich, parfois avec la délicatesse d’un marteau-piqueur. Mais la vraie question, avec Holland, n’est pas de savoir si l’on verra la robe, le chapeau, la voix grave et les jambes immortalisées par la lumière. On se demande plutôt ce qu’une cinéaste née en 1948, formée dans une Europe traversée par les régimes, les frontières et les mensonges d’État, va faire de cette figure d’Allemande devenue star américaine, puis opposante au nazisme. Holland connaît les corps pris dans l’Histoire, les identités forcées, les loyautés impossibles. Dietrich, chez elle, pourrait devenir moins une icône qu’un champ de bataille.

    Hollywood, Berlin et le petit théâtre des fantômes

    Autre valeur du projet : il arrive à un moment où Hollywood adore revisiter ses propres monstres sacrés, souvent pour les empailler avec élégance. On a vu des biopics transformer des vies entières en suites de tableaux bien éclairés, avec la même obsession pour la reconstitution et le même oubli du vertige. Ici, le risque est connu. Mais Holland n’a pas la réputation d’une décoratrice de musée. Elle préfère les corps qui résistent, les récits qui coincent, les personnages que l’Histoire n’a pas digérés. Si Berlinweh tient ses promesses, il pourrait donc éviter le piège du biopic-poster pour aller vers quelque chose de plus nerveux : un film sur la fabrication d’un visage public et sur la violence qu’exige cette fabrication.

    Il faut aussi rappeler que Dietrich n’est pas une vedette comme les autres. Elle appartient à cette catégorie rarissime de stars dont l’aura déborde le cinéma pour contaminer la mode, la chanson, la politique, la mémoire collective. Elle est à la fois une image, une voix, une posture et un refus. Pas étonnant qu’un projet pareil attire l’attention des vendeurs internationaux : les figures de ce calibre restent une poule aux œufs d’or, à condition de ne pas les traiter comme des bibelots. Le moindre faux pas, et le film se tire une balle dans le pied ; la moindre audace, et il peut viser juste.

    Holland, ou l’art de ne pas caresser le mythe dans le sens du poil

    Ce qui rend ce projet plus alléchant qu’un biopic standard, c’est la cohérence entre le sujet et la cinéaste. Holland a souvent travaillé sur des personnages pris entre plusieurs appartenances, plusieurs langues, plusieurs loyautés. Elle filme les êtres qui se débattent dans les fissures de l’Europe, pas les statues qu’on pose au centre d’une place. Marlene Dietrich, elle aussi, a vécu dans l’entre-deux : allemande et américaine, star et exilée, objet de désir et figure politique, femme de scène et femme de rupture. Il y a là un miroir presque trop parfait pour être innocent.

    On ne sait pas encore quelle forme prendra Berlinweh ni qui prêtera son corps à Dietrich, mais le simple fait que le film soit porté par Holland suffit déjà à déplacer l’attente. Ce n’est pas le genre de réalisatrice à filmer une légende comme on aligne des trophées dans une vitrine. Elle préfère gratter, déplacer, contredire. Et franchement, tant mieux. Parce qu’entre un biopic qui récite la liturgie du grand écran et un film qui ose regarder le mythe dans les yeux sans cligner, on sait très bien lequel on a envie de voir. Le cinéma de prestige peut continuer à polir ses statues ; Holland, elle, semble décidée à leur rendre un peu de chair.

    Reste la question qui fâche un peu, la seule qui vaille vraiment : Marlene Dietrich supportera-t-elle d’être enfin racontée sans le vernis qui la rendait si commode ? Avec Agnieszka Holland aux commandes, on peut au moins espérer que la réponse ne sera pas un oui de musée, mais un oui qui gratte.

    nrmagazine
    Vincent Bazire

    Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.

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