My Precious, nouvelle tête
Deadline l’a confirmé ce 15 juin 2026 : Anya Taylor-Joy, née à Miami le 16 avril 1996, révélée par The Witch de Robert Eggers en 2015, propulsée au sommet par Le Jeu de la Dame sur Netflix en 2020, passée par Dune : Deuxième Partie en 2024, rejoint donc la saga la plus rentable de l’histoire du cinéma fantastique. Son personnage s’appelle Seren, une elfe sindar du Royaume des Bois, décrite comme « une agente de confiance, aussi letale qu’efficace, au service du roi Thranduil ». Ce roi-là sera interprété par Lee Pace, qui reprend le rôle qu’il tenait déjà dans Le Hobbit (2012-2014). Une tueuse au service d’un roi elfe : dans l’absolu, c’est le casting le plus cohérent qui soit.
Taylor-Joy s’intègre ainsi dans un ensemble qui commence à prendre des allures de réunion de famille et de come-back surprise. Selon les informations de Deadline et d’IMDB, le film réunit Andy Serkis (qui réalise tout en reprenant la capture de mouvement pour incarner Gollum, chapeau l’artiste), Ian McKellen dans le rôle de Gandalf, Elijah Wood en Frodon Sacquet, Jamie Dornan en nouvelle version d’Aragorn dit Grands-Pas, Leo Woodall en Halvard, et Kate Winslet dans le rôle de Marigol. Un casting qui mélange les vétérans de la trilogie originale et des visages neufs chargés de porter le relais. Ou de le trébucher, c’est selon.
Un Anneau pour les gouverner tous (les studios en crise)
Pour comprendre pourquoi Warner met autant de soin à construire ce projet, il faut revenir aux chiffres bruts. La trilogie originale de Peter Jackson, entre 2001 et 2003, a rapporté près de 2,9 milliards de dollars au box-office mondial, sans compter les éditions longues, les Blu-ray, les goodies et les parcs à thème. Le Hobbit, malgré ses défauts structurels et l’inflation de ses trois volets, a engrangé 2,9 milliards supplémentaires. Warner tient là sa poule aux œufs d’or, et un studio ne lâche pas une telle poule. Surtout quand la concurrence Marvel ralentit (enfin) et que DC cherche encore ses marques sous James Gunn. La Terre du Milieu reste, avec James Bond, l’une des rares franchises capables de remplir les salles à Noël sans avoir à supplier le public.
Le projet a d’abord été annoncé en 2023, avec une date initiale fixée à décembre 2026, puis repoussée à décembre 2027 quand Andy Serkis a reconnu, lors d’un panel à la Fan Expo de Vancouver en février 2025, que l’écriture n’en était qu’à ses balbutiements. « We are right at the beginning of the writing process », avait-il dit, avec ce genre de franchise désarmante qui force le respect. La date de sortie française a été fixée au 15 décembre 2027. Le scénario est signé Fran Walsh, Philippa Boyens (qui ont co-écrit toute la trilogie Jackson), Phoebe Gittins et Arty Papageorgiou. Peter Jackson, lui, est à la production, pas à la réalisation, ce qui signifie qu’il garde la main sans porter la casquette. Malin.
La Sauveuse des Elfes et de la Décennie
Revenons à Taylor-Joy, parce que c’est quand même elle l’info du jour. Depuis Le Jeu de la Dame et ses 62 millions de foyers touchés en moins d’un mois sur Netflix, elle est l’une des actrices les plus bankable de sa génération, terme qu’on emploie sans ironie pour une fois. Elle a enchaîné avec Last Night in Soho d’Edgar Wright, Menu de Mark Mylod, la série Peaky Blinders et le rôle de Furiosa dans le prequel de Mad Max réalisé par George Miller en 2024. À 30 ans, elle n’a pas un seul rôle alimentaire à son actif. Seren, l’elfe letale de la Forêt Noire, est précisément le type de personnage taillé pour elle : regard de prédateur, économie de dialogue, violence contenue. On a du mal à voir qui d’autre aurait pu tenir ce rôle avec autant d’évidence.
Ce qui intrigue davantage, c’est le statut narratif du personnage. Seren n’existe pas dans les écrits de Tolkien, du moins pas dans les textes canoniques publiés. Elle est une création originale du scénario, une elfe sindar au service de Thranduil, ce roi de la Forêt Noire que les spectateurs ont découvert dans Le Hobbit avec Lee Pace dans toute sa froideur dorée. Le film se déroule dans la période charnière entre Le Hobbit et La Communauté de l’Anneau, alors qu’Aragorn traque Gollum pour empêcher que la localisation de l’Anneau unique ne parvienne à Sauron. Une ellipse narrative que Tolkien avait esquissée dans les appendices du Retour du Roi, et que le scénario va donc enfin incarner à l’écran.
Aragorn Inc. : le problème du recast
Parlons de l’éléphant dans la pièce, ou plutôt du Rôdeur dans la forêt. Jamie Dornan en Aragorn. Oui. Jamie Dornan, connu principalement pour Cinquante Nuances de Grey et la série The Fall (dans laquelle il était, soyons honnêtes, franchement glaçant), va reprendre un rôle que Viggo Mortensen avait tenu avec une intensité et une présence physique qui tenaient du miracle de casting. Mortensen lui-même avait indiqué sans ambiguïté qu’il ne souhaitait pas revenir au personnage tel que Warner l’envisageait pour ce projet. Le studio a donc opté pour un Aragorn plus jeune, logique chronologique oblige, et a misé sur Dornan. On ne dira rien de définitif avant d’avoir vu les premières images, mais on a quand même un peu peur.
La question du recast est, en réalité, le vrai pari existentiel du film. Les retrouvailles avec McKellen, Wood et Serkis rassurent le fandom originel. Mais introduire un nouvel Aragorn, un Gandalf qui a vieilli de vingt ans depuis 2003 (McKellen a 87 ans), et une flopée de personnages inédits dans un univers aussi codifié que celui de Tolkien, c’est marcher sur un champ de mines avec des sabots de Hobbit. Philippa Boyens avait déclaré à The Popverse en février 2026 que Gollum serait représenté avec « la même corporéité physique » que dans la trilogie originale, ce qui signifie qu’Andy Serkis va se replonger dans cette combinaison de capture de mouvement et de contorsions qui lui ont valu vingt ans de reconnaissance tardive. Respect, sincèrement.
Seren sera-t-elle la reine de ce Noël-là ?
Reste la vraie question de fond : est-ce que La Traque de Gollum peut être autre chose qu’un exercice de nostalgie commerciale bien huilée ? Les ingrédients sont là, les scénaristes de la trilogie originale, un réalisateur qui connaît l’univers de l’intérieur au sens littéral du terme, un casting qui mêle avec intelligence continuité et sang neuf. Le sujet lui-même est potentiellement formidable : la traque d’une créature pathétique et terrifiante à travers la Terre du Milieu, par un homme qui n’est pas encore roi, dans un monde qui ignore encore ce qui se prépare. C’est du bon matériau de thriller politique et moral. Pas besoin d’un Anneau pour voir que Taylor-Joy dans ce rôle d’elfe létale, c’est le genre de casting qui peut transformer un ticket de nostalgie en quelque chose qui tient vraiment debout.
Rendez-vous le 17 décembre 2027 pour vérifier si la machine à fantasme de Warner a appris de ses erreurs, ou si elle a juste fabriqué un Hobbit 4.0 avec de meilleures têtes d’affiche. Les salles seront pleines de toute façon. La question est de savoir si on en sortira la gorge serrée ou juste le ventre plein de pop-corn.
Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.



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