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    Nrmagazine » Unchosen : la fin expliquée, de la fuite de Rosie au coup d’État de Sam, et le sort flou d’Adam
    Blog Entertainment 12 mai 20268 Minutes de Lecture

    Unchosen : la fin expliquée, de la fuite de Rosie au coup d’État de Sam, et le sort flou d’Adam

    Six épisodes, une secte, trois personnages qui finissent chacun dans un état radicalement différent. Le final d'Unchosen, mis en ligne le 21 avril 2026 sur Netflix, est l'un des plus glaçants de l'année sur la plateforme, et il mérite qu'on s'y attarde sérieusement.
    unchosen
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    Sur le papier, Unchosen ressemble à un thriller psychologique british de plus, avec son lot de collines brumeuses, de cantiques inquiétants et de personnages aux visages fermés. Créée par Julie Gearey (Sugar Rush, Prisoners’ Wives), la mini-série en six épisodes plante son décor dans la Communauté du Divin, le Fellowship of the Divine,, une communauté religieuse isolée dirigée par un certain M. Phillips (Christopher Eccleston, parfait en patriarche autoritaire) où Rosie Harrison (Molly Windsor) végète depuis des années aux côtés de son mari Adam (Asa Butterfield). L’irruption de Sam Devlin (Fra Fee, extraordinaire), fugitif évadé de prison qui sauve la petite Grace de la noyade, va fracasser l’ordre établi. Sauf que Sam n’est pas le sauveur qu’il prétend être. Loin de là.

    La mort dans l’âme, Rosie choisit la porte

    Le dernier épisode démarre sur une révélation que Rosie ne peut plus ignorer : Sam a tué sa petite amie Aisling durant son adolescence, puis le cousin de cette dernière, et très probablement Isaac, le fugitif qui cherchait à quitter la Communauté et dont la disparition planait sur toute la saison. Sam n’est pas un homme en rupture de ban qui cherche la rédemption. C’est un prédateur qui cherche un territoire.

    Rosie fait ce que la série lui demande depuis le début : elle dit la vérité. Elle avoue à Adam son infidélité, lui révèle la nature criminelle de Sam, et lui annonce qu’elle veut fuir avec Grace. Adam, qui a violé sa propre femme, rappelons-le, dans une scène que la série n’édulcore pas, est brisé. Mais quelque chose se passe. Rosie lui renvoie son acte en pleine face, lui demande de reconnaître ce qu’il lui a fait. Et Adam, pour la première fois, abdique le contrôle. Il accepte de les conduire à la gare.

    Sauf que Sam les rattrape. Une tempête, une confrontation physique sur une route de campagne, Sam qui assomme Adam et qui poursuit Rosie jusqu’à la scierie. Là, il tente de la noyer, « Tu mens et tu me quittes », lui lance-t-il dans un accès de rage qui rejoue le traumatisme originel de sa première petite amie. Quelques secondes. Et puis il la relâche. Ce moment de fissure chez un personnage par ailleurs totalement imperméable à l’empathie est l’un des rares instants ambigus que la série s’autorise. Fra Fee, interrogé par The Tab, a expliqué la chose simplement : « Je pense qu’il voulait être avec quelqu’un et avoir une vie remplie d’amour. Il a remplacé cet amour par l’admiration et la dévotion de ses fidèles, mais on sait tous que ce n’est pas réel. » Un manipulateur qui manipule d’abord lui-même. C’est presque triste. Presque.

    Rosie et Grace s’en sortent. La scène finale qui les concerne est d’une douceur maîtrisée : les deux fuient jusqu’à frapper à la porte de Mme Phillips (Siobhan Finneran, magnifique tout au long de la série), qui a claqué la porte de la Communauté après avoir découvert que son mari avait renié leur fils. Mme Phillips vit désormais avec ledit fils, Matthew, et sa famille, l’enfant qu’elle avait été contrainte d’abandonner il y a dix-sept ans. Deux femmes broyées par la même machine sectaire qui se retrouvent sur le même pas de porte. La série n’en fait pas des tonnes. Elle n’a pas besoin.

    À lire aussi : Critique d’Unchosen sur Netflix : la secte du vide, saison 1

    Adam, ou le cas du personnage qu’on laisse en plan

    C’est là que Unchosen fait son truc le plus culotté, et le plus discutable selon votre tolérance aux fins ouvertes. Adam ne figure pas dans la dernière scène. Il disparaît littéralement de l’image après la confrontation à la scierie.

    Voilà ce qu’on sait : Adam arrive armé face à Sam. Il le tient en joue. Sam, imperturbable, cite la Bible (« Tu ne tueras pas. Allez, même moi je connais celle-là »), puis sort son téléphone et fait regarder à Adam une vidéo de lui-même lors de leur rapport intime. « Tout ce que j’ai eu à faire, c’est te manipuler, Adam, parce que c’est ce que tu es. » Adam s’effondre à genoux. L’arme reste dans sa main mais ne part pas. Et puis, coupe. Ellipse d’un an. Pas d’Adam dans la grande salle de réunion de la Communauté, pas d’Adam dans les derniers plans.

    Asa Butterfield, interrogé par The Tab, n’a pas fermé la porte : il pense qu’Adam n’a pas encore « vraiment ouvert les yeux », qu’il n’est peut-être pas prêt à partir, et laisse planer la question d’une possible rétention par Sam. La lecture la plus probable reste celle d’une fuite discrète, Adam aurait choisi le silence et serait parti digérer ses actes ailleurs, loin de la Communauté comme de Rosie. Ni héros ni monstre. Un homme abîmé qui disparaît dans la grisaille. Ce n’est pas une rédemption. C’est une capitulation qui ressemble à un départ.

    (Et si une saison 2 pointe le bout de son nez, la série est la sensation du moment sur la plateforme,, on peut parier que ce flou autour d’Adam est moins une ellipse artistique qu’une option contractuelle soigneusement préservée.)

    Sam, berger des damnés

    Le twist final, et c’est là que la série bascule dans quelque chose de vraiment perturbant, se situe un an plus tard. Sam entre dans la salle de réunion de la Communauté du Divin, baigné dans une lumière quasi christique, vêtu des habits d’ancien, et délivre un sermon à ses fidèles : « Et donc, nous serons avec le Seigneur pour toujours, car nous sommes les élus. » Puis il regarde la caméra. Sourire.

    L’homme qui a tué trois personnes est devenu le nouveau gourou. Ce n’est pas un rebondissement de fin de saison gratuit. C’est la conclusion logique d’un personnage que Julie Gearey a décrit comme « un survivant absolu, un manipulateur en arc », quelqu’un dont toute la trajectoire, depuis l’évasion de prison jusqu’au pupitre de prédicateur, est une montée en puissance systématique. Sam n’est pas entré dans la Communauté par hasard ou par nécessité immédiate. Il l’a identifiée comme un écosystème parfait pour quelqu’un de son profil : une structure pyramidale de soumission, des fidèles conditionnés à l’obéissance, et une légitimité divine qui protège du monde extérieur.

    Sa vraie motivation, Fra Fee l’a exposée avec une précision clinique : Sam cherchait de l’amour, une appartenance, quelque chose qui ressemble à une vie. Il n’a jamais pu construire cela, la mort d’Aisling, son premier amour, est la fracture originelle du personnage. Alors il a trouvé un substitut : la dévotion collective. Des centaines de personnes qui le regardent comme s’il était envoyé par Dieu. Ce n’est pas de l’amour. C’est de la dépendance mutuellement entretenue. Et Sam, dans sa lucidité de prédateur, le sait sûrement.

    Ce qui rend le dernier plan vraiment glaçant, c’est qu’il ne nous montre pas un triumphateur. Fra Fee l’a dit sans ambiguïté : Sam « doit constamment regarder par-dessus son épaule », la peur de ce qui pourrait arriver ne l’a pas quitté. Il a gagné le trône. Mais les trônes, dans ce type de communauté, ne sont jamais stables. Un leader de secte qui a tué trois personnes pour en arriver là, et dont au moins une fuyard connaît la vérité, c’est une bombe à retardement, pas une victoire.

    À lire aussi : Anthracite : le mystère de la secte des Écrins

    Le vrai sujet : qui avait le choix, au fond ?

    Le titre de la série, Unchosen, les « non-élus », joue sur plusieurs niveaux à la fois. Les membres de la Communauté ne sont pas des victimes passives : ils ont, à un moment, choisi d’y entrer, ou du moins laissé le choix se faire à leur place. Rosie s’est construite dans cet espace. Mme Phillips aussi. Adam n’a jamais connu autre chose. La série pose la question sans y répondre proprement : est-on vraiment libre de choisir quand on n’a jamais appris à le faire ?

    Ce qui distingue Unchosen de ses congénères, les thrillers de sectes format Netflix, de The Path à Wild Wild Country, c’est justement ce refus de hiérarchiser les responsabilités trop clairement. M. Phillips est le patriarche tyrannique, oui. Mais Sam n’est pas un sauveur, Adam n’est pas une victime pure, et Rosie elle-même a participé au système longtemps avant de le contester. La Communauté du Divin fonctionne parce que tout le monde y trouve quelque chose, jusqu’au moment où ça coûte plus que ça ne rapporte.

    Rosie et Grace ont choisi la sortie. C’est le seul geste pleinement libre de la série. Et il leur a fallu six épisodes, un meurtrier en cavale et une tentative de noyade pour y arriver. La liberté, dans Unchosen, n’est pas un état. C’est un arrachement.

    Quant à Sam, debout devant ses ouailles avec ce sourire en coin, on a franchement hâte de voir ce que Julie Gearey a prévu pour lui si une saison 2 se confirme. Ou pas. Parce qu’il y a quelque chose de presque parfait dans cette image finale : le prédateur sur son piédestal, seul dans la foule, regardant par-dessus son épaule.

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    Vincent Bazire

    Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.

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