De Nevermore à la Seine : Mercredi prend le Thalys
Pour rappel, la saison 2 de Mercredi se terminait sur une note d’errance, Mercredi Addams et Thing grimpant dans le side-car de l’oncle Fétide (Fred Armisen, toujours aussi électrique au sens propre) pour partir à la recherche d’Enid, la lycanthropette préférée de tout le monde, coincée dans sa forme louve quelque part dans la nature. Où atterrit-on en suivant une louve en cavale ? Apparemment, à Paris. C’est une réponse parmi d’autres, et Netflix ne dévoile pour l’instant absolument rien d’autre côté scénario.
Ce qu’on sait en revanche, c’est que le tournage parisien a été éclair : trois jours seulement, du 18 au 20 avril 2026, en extérieurs le long de la Seine. Selon What’s on Netflix, Tim Burton en personne était derrière la caméra pour ces séquences, aux côtés du directeur de la photographie PJ Dillon. La claquette repérée sur les photos de tournage indique une scène V103, probablement le troisième épisode de la saison, tournée en « B camera », roll 501, à 23.976 images/seconde. Ce niveau de détail ne sert à rien dans la vie quotidienne, mais on trouve ça beau.
La moto est là, le side-car aussi, Jenna Ortega porte les nattes et le trench monochrome. Et Thing est perché sur la selle comme le copilote le plus dévoué de l’histoire du cinéma. Variety résume la chose sobrement : « Wednesday is going global. » On ne dira pas le contraire.
« From Paris, with dread. », Netflix, caption officielle du premier visuel saison 3, avril 2026
Burton’s Angels (et quelques démons)
Si le premier visuel suffit à faire ronfler la machine à hype, ce qui excite vraiment sur cette saison 3, c’est le casting. La production avait officiellement démarré en Irlande fin février 2026, Nevermore Academy reste irlandaise dans l’âme, que les décors le cachent bien ou non, et Deadline avait alors révélé une liste de nouvelles têtes qui ressemble moins à un casting qu’à une réunion de famille burtonienne élargie.
Eva Green incarne Ophélia, la sœur de Morticia Addams. Eva Green. Dans l’univers Addams. Avec Tim Burton. C’est le genre de phrase qu’on lit trois fois pour être sûr de ne pas rêver. L’actrice connaît évidemment le bonhomme par cœur, elle a tourné dans Dark Shadows (2012), Miss Peregrine et les Enfants particuliers (2016) et Dumbo (2019), mais jouer la tante mystérieuse d’une Wednesday Addams nouvelle génération, c’est une autre affaire. Une belle affaire, on l’espère.
À ses côtés, Winona Ryder débarque dans le rôle de Tabitha (identité exacte dans l’univers Addams : encore classée confidentiel). Winona Ryder qui retrouve Tim Burton, leur première collaboration remonte à Beetlejuice en 1988, et qui avait déjà croisé Jenna Ortega sur Beetlejuice Beetlejuice en 2024. Ce n’est plus un casting, c’est un running gag cosmique. On ne s’en plaint pas.
Le reste du tableau : Chris Sarandon en Balthazar (oui, la voix originale de Jack Skellington dans L’Étrange Noël de monsieur Jack, pour les puristes), Noah Taylor en Cyrus, Oscar Morgan en Atticus, Joanna Lumley en Hester Frump la grand-mère, Billie Piper en Isadora Capri. Les réguliers Catherine Zeta-Jones, Luis Guzmán, Hunter Doohan et Fred Armisen rempilent. Et on croise les doigts pour Emma Myers, dont le retour n’a pas encore été officialisé, ce qui est exactement le genre de suspense narratif qui donne envie de balancer son écran par la fenêtre.
La Franchise qui refuse de mourir Gentiment (c’est un compliment)

Pour contextualiser l’ampleur du truc : la saison 1 de Mercredi, lancée en novembre 2022, reste à ce jour la série en langue anglaise la plus regardée de l’histoire de Netflix, avec 252 millions de vues cumulées et 1,72 milliard de minutes regardées. La saison 2, sortie en deux parties en août et septembre 2025, a démarré sur des chiffres monstrueux, 50 millions de vues en cinq jours, numéro 1 dans 91 pays la première semaine, avant d’enregistrer une chute notable sur la durée : selon Netflix lui-même, la saison 2 n’a atteint que 40 % des vues totales de la saison 1, finissant à environ 102 millions de vues après 91 jours.
Ce décrochage partiel, prévisible pour toute franchise vieillissante, n’a évidemment pas refroidi les ardeurs de la plateforme. La saison 3 est en production, le budget semble au moins équivalent (trois jours de tournage parisien en extérieurs avec Tim Burton et une moto customisée, ça ne se fait pas avec les cachets d’un court-métrage étudiant), et la logique économique reste solide : même à 40 % de la saison 1, Mercredi écrase 95 % du catalogue Netflix. La poule aux œufs d’or macabre a encore de beaux jours devant elle.
« From Paris, With Dread » ou l’art du placement de franchise
L’ironie du premier visuel n’échappe à personne : Mercredi Addams, personnage pathologiquement anti-romantique, allergique à tout ce qui ressemble de près ou de loin à de la joie de vivre, posée devant le symbole le plus kitsch-carte-postale-romantique de la planète. C’est soit un gag visuel parfaitement calibré, soit Tim Burton qui sait exactement ce qu’il fait, les deux options sont compatibles. La lecture méta est d’ailleurs tentante : la série elle-même, depuis la saison 1, se commente en permanence comme une étrangère dans un monde trop coloré. La placer à Paris, ville-lumière par définition, c’est pousser la blague jusqu’à son extrémité logique.
En réalité, l’enjeu narratif semble plus pragmatique : la fin de saison 2 promettait une quête, un road trip, une sortie des murs de Nevermore. Paris serait donc le premier waypoint d’une Mercredi enfin déterritoralisée, confrontée à un monde qui ne tourne pas autour de son académie gothique irlandaise. Si les scénaristes (Alfred Gough et Miles Millar, qui ont aussi écrit Beetlejuice) exploitent ça intelligemment, on tient potentiellement la meilleure saison des trois. Si c’est juste pour les selfies sous la Tour Eiffel, on aura au moins eu le gag.
Aucune date de sortie n’a été communiquée pour l’instant. La production tourne encore, le montage va suivre, et Netflix prendra soin d’orchestrer l’annonce comme un événement mondial avec teaser cryptique à minuit, compte à rebours inutile et déclinaisons TikTok. Pendant ce temps-là, Thing attend patiemment sur sa moto. Il a l’habitude.
Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.


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