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    Nrmagazine » [Critique] Le Virtuose : Leo Woodall crochète les coffres et les cœurs
    Blog Entertainment 29 mai 2026Mise à jour:29 mai 20266 Minutes de Lecture

    [Critique] Le Virtuose : Leo Woodall crochète les coffres et les cœurs

    Thriller de casse sensoriel sorti le 27 mai 2026, Le Virtuose (titre original : Tuner) réussit à peu près tout ce qu'il entreprend, sauf à surprendre quiconque a déjà vu un film de genre. C'est le problème, et c'est aussi, étrangement, son charme.
    le virtuose
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    L’accordeur, le vieux, la fille, et une séquence de coffre-fort qui vaut le déplacement

    Commençons par ce qui fonctionne, parce que ça fonctionne vraiment. Daniel Roher, documentariste oscarisé pour Navalny en 2022, qui signe ici son premier long-métrage de fiction, a construit son film autour d’un dispositif sensoriel redoutablement efficace : Niki White, accordeur de pianos new-yorkais, est atteint d’une hyperacousie sévère qui le coupe du monde mais lui confère une oreille d’une précision chirurgicale. Suffisamment précise, découvre-t-il fortuitement, pour forcer des coffres-forts sans le moindre outil. L’idée est simple, belle, et Roher la filme avec une nervosité qui lorgne clairement du côté de Baby Driver d’Edgar Wright et du Thief de Michael Mann. Les séquences de crochetage, caméra collée aux tempes de Leo Woodall, sound design en surregime, montre qui tourne, sont parmi les plus tendues vues en salle ce printemps.

    Leo Woodall, révélé dans The White Lotus saison 2 dans un rôle qui n’avait pas grand chose de glorieux (l’oncle et le neveu, on s’en souvient, oui ok), confirme ici ce que certains festivaliers pressentaient déjà à Sundance en janvier 2026 : il a quelque chose. Une façon de tenir le cadre sans forcer, une vulnérabilité masculine qui ne verse jamais dans la pleurnicherie, et suffisamment de magnétisme pour qu’on suive ses casques antibruit dans n’importe quelle direction. Certains ont évoqué un « Good Will Hunting avec une oreille absolue ». C’est excessif. Mais on comprend pourquoi.

    « Leo Woodall deserves to be a major star », résumait Screen Anarchy après Sundance, laconique mais pas faux.

    Hoffman ou l’art de sous-employer un monstre sacré

    Et puis il y a Dustin Hoffman. Dustin Hoffman qui revient. Dustin Hoffman qu’on n’avait plus vu en tête d’affiche dans quelque chose de digne depuis… on va dire longtemps, pour rester poli. Ici, il joue Harry Horowitz, vieux tuteur à la santé déclinante et aux dettes médicales qui s’accumulent, le moteur moral qui pousse Niki vers le crime. Et Hoffman est touchant. Il l’est vraiment. Son Harry, fatigué, cabossé, avec ses appareils auditifs et ses blagues à deux balles, a une vraie chair, une vraie tendresse. Sauf que Roher et son co-scénariste ne savent pas quoi faire de lui passé le premier acte. Il disparaît dans l’intrigue, relégué à une fonction de MacGuffin émotionnel, « sauve le vieux, fais des braquages, répète ». Screen Anarchy le résume brutalement : Hoffman est « underused ». C’est exact. Et c’est un peu dommage.

    Dustin Hoffman dans une scène où on voudrait qu’il ait vingt minutes de plus à l’écran, et le scénario, dix idées de plus.

    De Navalny au coffre-fort : la mue d’un documentariste

    Daniel Roher, Canadien de Toronto, avait décroché l’Oscar du meilleur documentaire en 2022 pour Navalny, portrait politique haletant de l’opposant russe empoisonné, un film qui tenait déjà davantage du thriller que du reportage. La transition vers la fiction n’est donc pas un saut dans le vide mais une continuité logique : Roher fait du cinéma de tension, qu’il filme des espions du Kremlin ou des coffres-forts à Manhattan. Ce qui change, c’est que dans Navalny, la réalité fournissait les rebondissements. Dans Le Virtuose, c’est au scénario de le faire, et c’est précisément là que le bât blesse.

    Car Tuner, présenté en première mondiale au Sundance Film Festival 2026 dans la catégorie Spotlight, est un film de genre impeccablement exécuté et cruellement prévisible. Lior Raz (qu’on connaît surtout via la série israélienne Fauda) campe un chef de gang dont chaque décision nous indique la trajectoire avec quarante minutes d’avance. La romance entre Niki et Ruthie (Havana Rose Liu, lumineuse mais sacrifiée sur l’autel de la sous-intrigue) se dénoue exactement là, exactement comme on l’avait anticipé depuis le deuxième acte. Et Jean Reno, oui, Jean Reno est dans ce film, apparemment, traverse l’écran en quelques scènes sans laisser de trace notable (autre équipe, autre époque). Les ficelles sont grosses. Les ficelles sont en nylon fluo.

    « Closely inspired by Michael Mann’s Thief and Edgar Wright’s Baby Driver », écrit Screen Anarchy. Inspiré, oui, mais les références, quand elles sont aussi visibles, ont tendance à écraser celui qui les porte.

    Pour mémoire, l’article de NR Magazine sur Baby Driver 2 et son retour en production rappelle à quel point l’original d’Edgar Wright a établi une barre que tout film sensoriel de casse doit désormais négocier.

    96% sur Rotten Tomatoes : attention euphémisme

    À sa sortie en festivals, Tuner affichait un score de 96% sur Rotten Tomatoes. Ce chiffre mérite un bémol : il reflète l’enthousiasme d’un circuit de festivals où les films bénéficient encore d’une grâce d’entrée, où le fait de bien tenir son sujet est presque suffisant pour emporter l’adhésion. En salles, à l’épreuve des vrais spectateurs payants et des critiques en régime de croisière, ce consensus se nuance. Première parle de « ficelles très grosses » mais de « charme » réel ; Culturellement Vôtre évoque un film « prisonnier de sa propre maîtrise » ; aVoir-aLire concède que ce ne sera « pas le chef-d’œuvre de l’année ». 96% de satisfaits pour un film qui ne bouleverse rien : c’est le destin cruel du film élégant.

    Le film est distribué en France par Metropolitan FilmExport. Durée : 1h49. Coproduction États-Unis / Canada. La page du film est consultable directement sur Le Virtuose sur NR Magazine.

    La fausse note qui fait tout le sel

    Reste que Le Virtuose tient ses promesses de divertissement cinéphile. Il est bien filmé, bien joué, bien monté. Son sound design mérite d’être expérimenté dans une bonne salle avec le volume au taquet, ce qui était, paraît-il, l’expérience fondatrice de sa projection surprise au BFI London en automne 2025. Pour Leo Woodall, c’est une rampe de lancement ciné solide, après des années de télévision. Pour Roher, c’est la confirmation qu’il peut diriger des acteurs et construire une tension à partir de presque rien. Mais un film qui joue la partition sans jamais se permettre une fausse note finit par manquer d’âme, et c’est son seul vrai tort.

    On attend le suivant avec une impatience légèrement supérieure à la moyenne. Ce n’est pas un mince compliment, par les temps qui courent.

    Vincent
    Vincent

    Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.

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