Le CNC n’est pas connu pour son amour des hyperboles. Pourtant, l’organisme a sorti l’artillerie lourde pour Le Réveil de la Momie : interdit aux moins de 16 ans avec avertissement explicite, classement réservé d’ordinaire aux films qui frôlent le -18 ans. La raison officielle ? « De nombreuses scènes d’une grande violence au sein d’une famille, un climat général horrifique et une ambiance sonore oppressante. » Autrement dit : ce n’est pas La Momie de Brendan Fraser. Ce n’est plus non plus celle de Tom Cruise. C’est autre chose. Mais est-ce suffisant ?

Quatre-vingt-quatorze ans après Karloff, la momie revient en bandelettes et en tripes
En 1932, Karl Freund filmait Boris Karloff comme un spectre romantique, lent, presque élégant dans sa damnation. Imhotep était un mort qui aimait trop. La violence était absente ; l’angoisse, elle, était partout. Ce que Lee Cronin propose avec ce Réveil de la Momie, sorti le 15 avril 2026 sous bannière Blumhouse et Atomic Monster, n’a presque rien à voir avec cet ancêtre, sauf le nom et l’idée d’un passé qui ne veut pas rester enterré.
L’Irlandais Cronin, révélé par Evil Dead Rise en 2023 (147 millions de dollars au box-office mondial pour un budget confidentiel), a visiblement décidé de ne changer ni de recette ni de régime. La famille dysfonctionnelle comme terrain d’horreur, les corps qui se déforment, l’enfant comme vecteur de terreur : les ingrédients sont reconduits. Ce qui change, c’est le mythe convoqué. Et avec lui, une promesse thématique plus ambitieuse.
Une famille cairote et une gamine qui revient de loin
Charlie Cannon, joué par Jack Reynor, est correspondant TV au Caire. Sa femme Larissa (Laia Costa), son fils Seb, sa petite fille Maud. Et puis Katie, leur fille aînée disparue depuis huit ans, retrouvée par la détective Dalia Zaki (une May Calamawy qui confirme, après Moon Knight, qu’elle porte les films autant qu’elle les habite). Katie revient. Sauf que Katie n’est plus vraiment Katie. Elle est devenue le réceptacle d’une malédiction ancienne, un vase à chair pour quelque chose qui prédate la mémoire humaine.
La mécanique narrative tient du film de possession autant que du film de momie. Et c’est précisément là que réside le premier inconfort du film : non pas dans ses scènes d’horreur, mais dans sa définition même. Cronin ne réinvente pas le mythe de la momie. Il le recycle au service d’une structure d’Exorciste bis avec un habillage ésotérique égyptien. Ce n’est pas une trahison, mais c’est une opportunité manquée.
Natalie Grace vole le film à tout le monde, et c’est mérité
La révélation du film a un prénom : Natalie Grace. Jeune actrice quasi inconnue au moment du tournage, elle incarne Katie avec une précision physique qui laisse pantois. Corps brisé, regard vide puis soudainement habité, voix qui glisse dans des fréquences improbables : elle fait le travail que l’on attendait de toute la production. C’est son film, même si son nom n’est pas en tête d’affiche.
Jack Reynor, lui, peine à exister. Le réalisateur l’a visiblement dirigé vers une fixité oculaire censée traduire la stupeur parentale. Résultat : son personnage semble regarder l’écran plutôt que de l’habiter. Pour qui connaît Reynor dans Midsommar d’Ari Aster ou dans Périphériques, cette sous-utilisation tient presque de la faute professionnelle. L’acteur est capable d’une complexité que le film ne lui accorde tout simplement pas.
Le gore comme langue maternelle, la durée comme vice caché
Lee Cronin a un talent réel : il sait filmer l’horreur corporelle avec une franchise qui désarçonne. Os qui craquent, peau qui se décolle, dents arrachées sur fond sonore conçu pour entrer dans les tympans. Le montage son seul justifierait probablement le -16 ans. Pour les amateurs du genre, c’est du service premium. Pour les autres, c’est une interrogation philosophique sur les limites du voyeurisme accepté.
Sauf que Cronin commet ici l’erreur classique de confondre la durée avec la profondeur. Deux heures quinze pour une histoire dont le squelette narratif tient en quarante minutes. Les longueurs s’accumulent dans le deuxième acte avec une prévisibilité qui finit par trahir les ambitions initiales. Le film sait où il veut aller. Il prend juste beaucoup trop de temps pour y arriver.
Blumhouse et James Wan : une équation qui produit ses propres limites
Produit conjointement par Jason Blum (Blumhouse) et James Wan (Atomic Monster), Le Réveil de la Momie porte l’ADN de ses géniteurs comme une empreinte génétique visible à l’œil nu. La rigueur de la mise en scène Blumhouse, le soin apporté à l’atmosphère sonore cher à Wan, le sentiment que chaque effet a été calibré pour fonctionner en salle. C’est propre. C’est efficace. C’est, par moments, trop propre.
Ce cadre industriel de l’horreur mainstream produit des films qui ne trahissent jamais leur cahier des charges, et c’est précisément ce qui leur interdit parfois d’être vraiment déstabilisants. Le Réveil de la Momie effraie. Il inquiète rarement. La nuance est énorme.
Ce que le film dit malgré lui sur le deuil
Le projet le plus intéressant du film n’est pas dans ses scènes d’horreur. Il est dans ce qu’il dit, presque accidentellement, sur l’impossibilité de laisser partir. Charlie et Larissa ont conservé la chambre de Katie intacte pendant huit ans. Ce détail, posé discrètement en deuxième acte, contient plus de vérité émotionnelle que toutes les séquences d’exorcisme réunies. Un enfant disparu n’est jamais tout à fait mort dans l’esprit de ceux qui l’ont aimé. Et quand il revient transformé, la question devient : à quel moment lâche-t-on ce qu’on a aimé pour affronter ce qu’il est devenu ?
C’est un beau sujet. Cronin en fait quelque chose de correct. Pas de remarquable. Mais de correct, ce qui, pour un film de cette nature, mérite d’être noté.
Verdict : un film correct qui se prend pour un film courageux
Si vous entrez dans la salle avec l’attente d’un film d’horreur gore, efficace et bien emballé, Le Réveil de la Momie remplira son contrat. Natalie Grace porte l’ensemble sur ses épaules de façon impressionnante, May Calamawy tient un rôle qu’elle transforme en quelque chose de plus grand qu’il n’est écrit, et la mise en scène de Cronin n’est jamais sans idées.
Mais si vous espériez que le réalisateur d’Evil Dead Rise allait enfin surprendre, dépasser ses propres formules et livrer quelque chose d’inattendu avec l’un des mythes les plus riches du cinéma fantastique, vous repartirez avec un sentiment proche de la frustration douce. Le film fait ce qu’il dit faire. Il ne fait rien de plus. Et c’est parfois suffisant. Parfois.
Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.

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