Une prémisse qui ne manque pas de… couil…
Brad (Mark Wahlberg) et Elijah (Paul Walter Hauser) sont deux cadres marketing rivaux chargés de décrocher le plus improbable des partenariats : sponsoriser la Coupe du monde 2026 avec un préservatif révolutionnaire. La négociation tourne court, les deux hommes se retrouvent licenciés, et décident d’utiliser leurs billets gratuits pour partir quand même au Brésil assister au tournoi. Ce qui suit relève du chaos pur : une célébration éthylique qui dégénère en incident diplomatique international, une traque à travers tout le pays impliquant des supporteurs en furie, un cartel de la drogue et des militants écologistes revanchards.
Rhett Reese et Paul Wernick, les scénaristes derrière Deadpool, signent ici un script qui mise tout sur l’escalade absurde. Chaque scène surenchérit sur la précédente. C’est délibéré, assumé, et parfois épuisant.
Wahlberg en roue libre, Hauser en révélation
La vraie question avec Mark Wahlberg, c’est toujours la même : lequel montre-t-il, le comédien ou la statue de marbre ? Dans Balls Up, pour la première fois depuis Ted ou The Other Guys, il choisit la comédie totale. Il se laisse humilier, ridiculiser, traverser le Brésil en caleçon. C’est un Wahlberg qu’on n’avait plus vu depuis longtemps, moins soucieux de son image que de déclencher un rire.
Mais la vraie surprise porte un autre nom. Paul Walter Hauser vole régulièrement la vedette à son partenaire. Celui qui avait sidéré dans Richard Jewell de Clint Eastwood en 2019, et qu’on a entendu en 2024 dans Inside Out 2 comme la voix d’Embarrassment, prouve ici qu’il est capable de tout. Son Elijah, personnage maladroit et sincèrement inadapté, porte une humanité improbable au milieu d’un film qui n’en demandait pas autant. Sa complicité avec Wahlberg fonctionne précisément parce qu’ils ne se ressemblent en rien.
Sacha Baron Cohen et le syndrome du génie mal employé
Chaque film de ce type tente d’acheter sa crédibilité comique avec un casting satellite impressionnant. Ici, Sacha Baron Cohen apparaît dans le rôle de Pavio Curto, un fixeur dont la nature exacte reste volontairement floue. Ses quelques minutes à l’écran constituent, selon la quasi-totalité des spectateurs, les séquences les plus drôles du film. Ce n’est pas flatteur pour le reste du métrage, mais c’est cohérent avec ce que Baron Cohen fait depuis Borat : il arrive, il incendie tout, et il disparaît.
Eric André campe un militant écologiste aux méthodes criminelles. Molly Shannon joue une supérieure hiérarchique dont le rôle s’évapore après le premier acte. Daniela Melchior, remarquée dans Road House, est là aussi, sous-exploitée dans un rôle qui méritait mieux. Le film traite son casting féminin comme une décoration.
Peter Farrelly et le paradoxe de l’Oscar
Comprendre Balls Up nécessite de comprendre Peter Farrelly. C’est un homme qui a co-réalisé Dumb and Dumber en 1994, There’s Something About Mary en 1998, puis décroché l’Oscar du meilleur film vingt ans plus tard avec Green Book. Depuis, il semble tiraillé entre deux versions de lui-même. Ricky Stanicky en 2024 avait déjà montré cette tension : une comédie potache pas tout à fait assumée, pas tout à fait aboutie.
Balls Up souffre du même syndrome. Farrelly veut faire rire gras, mais quelque chose retient son élan. Les blagues les plus audacieuses arrivent parfois au ralenti, comme si le film craignait lui-même sa propre outrance. Le troisième acte s’effondre précisément parce que le réalisateur tente d’y injecter une résolution émotionnelle que rien n’a préparé. On passe du slapstick brésilien à une tentative de catharsis qui sonne faux.
Ce que le film rate, et c’est dommage
Le vrai gâchis de Balls Up, c’est son contexte. Le film se déroule lors d’une Coupe du monde au Brésil, avec tout ce que cela implique : la fièvre collective, la folie des tribunes, la corruption, la spéculation immobilière, la pression géopolitique d’un méga-événement. C’est un terrain de jeu satirique immense. Farrelly et ses scénaristes y touchent à peine du bout des doigts dans le premier acte, puis abandonnent l’idée comme si elle leur faisait peur.
Ce n’est pas un film sur le football. Ce n’est même pas vraiment un film sur le marketing ou la masculinité toxique dans le milieu corporate, bien que quelques répliques le laissent entrevoir. C’est un film sur deux types qui courent très vite au Brésil. C’est déjà quelque chose, mais c’est moins que ce que la prémisse promettait.
Le verdict sans diplomatie
Balls Up est une comédie honnête dans ses ambitions limitées. Elle ne prétend pas être There’s Something About Mary, et c’est heureux. Elle délivre environ soixante minutes de rires réels sur cent quatre minutes de métrage, ce qui constitue un ratio acceptable pour le genre. Le duo Wahlberg-Hauser sauve régulièrement des scènes qui auraient pu couler. Baron Cohen rappelle en quelques minutes ce que signifie une vraie prise de risque comique.
Pour une soirée Prime Video sans prise de tête, avec un verre et des gens qui aiment l’humour de potache assumé, Balls Up remplit son contrat. Attendez-vous juste à regarder quelqu’un d’autre faire exactement la même chose, en mieux, dans six mois. Ce n’est pas une insulte. C’est juste la nature de ce type de film : éphémère, efficace par intermittence, et déjà oublié avant que le générique de fin soit terminé.
Ceux qui cherchent des comédies américaines qui ont laissé une trace trouveront ici une entrée correcte dans la catégorie « buddy movie tropical ». Ceux qui s’attendaient à un retour fracassant de Peter Farrelly à la grande comédie devront encore attendre.
L’article en 30 secondes
- Balls Up est disponible sur Prime Video depuis le 15 avril 2026, réalisé par Peter Farrelly et écrit par les scénaristes de Deadpool.
- Le duo Mark Wahlberg et Paul Walter Hauser fonctionne vraiment, mais le film gâche un contexte Coupe du monde pourtant riche en potentiel satirique.
- Sacha Baron Cohen vole le film en quelques minutes. Le troisième acte s’effondre. À voir sans se prendre la tête, avec les bonnes attentes.
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