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    Nrmagazine » Walton Goggins, héros de plateau
    Blog Entertainment 30 juin 20266 Minutes de Lecture

    Walton Goggins, héros de plateau

    Olivia Wilde raconte comment une cavalcade a viré au quasi-drame sur le tournage de Cowboys & Aliens
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    Sur un plateau hollywoodien, on parle souvent de cascades, de sécurité et de coordination comme d’un ballet bien huilé. Puis il suffit d’un cheval qui part de travers pour rappeler que le cinéma d’action, parfois, tient à un fil et à deux réflexes de plus que les autres.

    Olivia Wilde a raconté, dans le podcast Armchair Expert relayé par Entertainment Weekly, qu’elle a frôlé le pire pendant le tournage de Cowboys & Aliens, le western de science-fiction signé Jon Favreau sorti en 2011. Le long métrage, adapté du graphic novel du même nom, alignait alors un casting de mastodontes avec Daniel Craig et Harrison Ford en têtes d’affiche, dans cette période bénie où Hollywood croyait encore qu’un concept à deux mots pouvait faire une franchise à lui tout seul. Spoiler : non. Mais le film, lui, a bien existé, et avec lui son lot de sueurs froides, de poussière et de décisions prises à la seconde près. À Hollywood, la légende naît souvent là où quelqu’un évite de finir en carpaccio de western.

    Le vrai sujet, ici, ce n’est pas la nostalgie d’un blockbuster bancal : c’est la manière dont un incident de plateau révèle la mécanique invisible du cinéma de studio, celle où les seconds rôles peuvent devenir des sauveurs sans que personne n’ait prévu de les mettre sur l’affiche.

    Le cheval, ce critique de cinéma sans pitié

    Dans le récit d’Olivia Wilde, la scène a tout du cauchemar logistique. Une cavalcade, des chevaux lancés, une actrice au mauvais endroit au mauvais moment, et l’impression très nette que le tournage bascule du côté des films qu’on raconte ensuite en riant jaune autour d’un café trop serré. Elle dit devoir la vie à Walton Goggins, présent sur le plateau, qui serait intervenu au bon moment pour lui éviter d’être piétinée. L’expression peut sembler énorme, mais sur un tournage, l’énormité n’est jamais un effet de style : c’est souvent un rapport de force entre le corps humain, la machinerie et le hasard. Le cinéma adore les accidents contrôlés ; il déteste quand le contrôle se débine.

    Ce genre d’anecdote rappelle à quel point les plateaux de grosses productions restent des zones de friction. On y empile les têtes d’affiche, les effets spéciaux, les accessoires, les figurants, les animaux, les délais, les egos et les impératifs de calendrier. Le tout dans une industrie qui, en 2011, sortait encore de la grande ivresse des franchises post-Iron Man et des paris de studio à 150 millions de dollars et plus. Cowboys & Aliens n’était pas un petit film d’auteur qui se prend les pieds dans sa mise en scène : c’était un tentpole, pensé pour la salle, pour le grand format, pour la machine à billets. Et quand une machine comme ça s’emballe, on découvre vite que le glamour tient parfois à une simple présence d’esprit. Ou à un type comme Goggins, qui n’a jamais eu besoin d’être lisse pour être indispensable.

    Affiche de Cowboys & Envahisseurs
    Affiche de Cowboys & Envahisseurs

    Goggins, le type qu’on n’attend pas et qui sauve quand même

    Walton Goggins n’a jamais joué les demi-dieux de façade. Il a plutôt construit sa carrière sur les angles, les visages qui grincent, les présences qui dérangent un peu avant de fasciner. De The Shield à Justified, de ses rôles de sale type magnétique à ses apparitions plus récentes, il incarne cette famille d’acteurs qu’Hollywood utilise souvent comme du relief, avant de réaliser qu’ils tiennent parfois le film à eux seuls. Ici, l’histoire racontée par Wilde lui donne une autre stature : celle du gars qui n’est pas seulement solide à l’écran, mais utile dans le réel. Pas glamour, pas marketé, mais sacrément concret. Le héros de plateau n’a pas toujours la gueule du héros de studio.

    Et c’est précisément ce qui rend ce genre de souvenir plus intéressant qu’un banal « tournage compliqué ». Il dit quelque chose de la hiérarchie invisible des plateaux : les stars occupent le cadre, les techniciens tiennent la baraque, et certains seconds rôles savent, au moment critique, passer du statut de présence décorative à celui de bouclier humain. On est loin de la mythologie propre sur elle des making-of promotionnels, ceux où tout le monde sourit en disant que « l’ambiance était formidable » (traduction : personne n’a encore porté plainte). Ici, on touche à la matière brute du cinéma d’action : le danger, le hasard, la solidarité de circonstance.

    Un western, des chevaux et le vieux rêve de la grosse machine

    Cowboys & Aliens reste aussi un bel objet de son époque, c’est-à-dire un film qui voulait fusionner deux mythologies américaines pour fabriquer une nouvelle poule aux œufs d’or. Western, SF, star power, adaptation de comic book, budget de blockbuster, réalisation de Jon Favreau : sur le papier, tout sentait la stratégie de studio bien huilée. Dans les faits, le film a surtout confirmé qu’un concept malin ne remplace ni une nécessité dramatique, ni une vraie tension de mise en scène. Le box office mondial du film a tourné autour de 174 millions de dollars, pour un budget de production estimé à environ 163 millions : pas le naufrage absolu, mais pas non plus le genre de score qui fait sauter le champagne dans les bureaux de la major. Quand la formule sent trop fort le brainstorming, le public le renifle à dix mètres.

    Le plus amusant, dans cette histoire, c’est que l’anecdote de Wilde redonne au film une épaisseur que sa réputation n’a jamais vraiment su préserver. On se souvient rarement de Cowboys & Aliens pour sa dramaturgie, encore moins pour sa finesse. Mais on peut désormais le revoir comme un de ces tournages où le cinéma industriel montre ses dents, ses failles et sa dépendance à l’instinct de quelques individus. Une star peut porter l’affiche, un réalisateur peut tenir la barre, un studio peut aligner les millions, mais au milieu d’une cavalcade, c’est parfois le gars au bon endroit qui change tout. Le reste, c’est du vernis. Et le vernis, sur un cheval lancé, ça ne pèse pas lourd.

    Au fond, cette histoire dit quelque chose de très simple et de très hollywoodien : les films de studio adorent fabriquer des mythes, mais ce sont les gestes minuscules, les réflexes de dernière seconde, les présences imprévues qui leur donnent une vraie chair. Le cinéma aime les monstres sacrés ; il devrait aussi savoir saluer les sauveurs de l’ombre. Parce qu’entre une anecdote de plateau et une tragédie, il n’y a parfois qu’un pas de côté. Ou un Goggins bien placé.

    Bande-annonce VF de Cowboys & Envahisseurs

    nrmagazine
    Vincent Bazire

    Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.

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