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    Nrmagazine » « Un prophète » saison 1 : quand Canal+ réinvente le mythe Audiard
    Blog Entertainment 30 mars 20267 Minutes de Lecture

    « Un prophète » saison 1 : quand Canal+ réinvente le mythe Audiard

    En 2009, le film de Jacques Audiard avait récolté le Grand Prix du jury à Cannes avant d'empocher cinq Césars, dont celui du meilleur film. Plus de 1 309 000 spectateurs s'étaient déplacés en salle pour suivre l'ascension de Malik El Djebena dans une prison de province.
    un prophete
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    Dix-sept ans plus tard, Canal+ reprend le flambeau avec une série originale en huit épisodes portée par les scénaristes d’origine. Même titre. Même prénom. Autre Marseille.

    L’essentiel à retenir

    • Un prophète est une création originale Canal+ en 8 épisodes, diffusée depuis le 2 mars 2026 ; les scénaristes du film, Abdel Raouf Dafri et Nicolas Peufaillit, ont co-écrit la série.
    • Le jeune Mamadou Sidibé incarne Malik El Djebena, Mahorais incarcéré aux Baumettes, face à Sami Bouajila dans le rôle du promoteur corrompu Massoud Djebbari.
    • L’épisode 6 est diffusé ce soir, lundi 30 mars 2026 à 21h09 sur Canal+ : Massoud sort de prison, Malik rencontre le leader comorien Médine Camara.

    Remake ou réincarnation ?

    La question mérite d’être posée sans détour. Quand les scénaristes originaux ont accepté de reprendre leur propre matière dix-sept ans après, ils ont choisi un mot précis : réincarnation. Pas remake. Pas adaptation. Réincarnation.

    Le personnage de Malik El Djebena existe encore, mais il a mué. Il n’est plus un jeune arabe illettré jeté dans une centrale de province. Il est Mahorais, fils d’une France périphérique qu’on oublie souvent sur les cartes, propulsé aux Baumettes après avoir survécu à l’effondrement d’un immeuble insalubre à Marseille. La série ancre son récit dans le Marseille de 2026 avec une précision presque documentaire : gentrification, narcotraffic, spéculation immobilière.

    Là où le film d’Audiard construisait un espace quasi atemporel, une fable sur le pouvoir et l’intelligence, la série choisit l’immédiateté. C’est son pari le plus risqué, et sans doute son atout le plus fort.

    Mamadou Sidibé : la révélation qu’on n’attendait pas

    Succéder à Tahar Rahim, c’est accepter de jouer avec un fantôme. Mamadou Sidibé, totalement inconnu du grand public au moment du tournage, relève ce défi avec une économie de jeu qui surprend. Pas de surenchère. Pas d’imitation. Une présence physique qui capte la caméra sans jamais la séduire.

    Ce que Sidibé réussit, c’est de rendre la transformation de Malik organique. On ne le voit pas devenir quelqu’un d’autre. On le voit comprendre. Chaque regard, chaque silence entre deux répliques dit plus que n’importe quelle tirade. C’est précisément ce que le format série permet que le film ne pouvait qu’esquisser : le temps long de la métamorphose intérieure.

    Face à lui, Sami Bouajila compose un Massoud Djebbari qui n’est pas le César Luciani du film. Ce n’est pas un parrain corse vieillissant. C’est un promoteur immobilier corrompu, figure hybride du capitalisme et du grand banditisme, qui incarne une violence sociale autrement plus contemporaine. La tension entre les deux acteurs constitue le vrai moteur dramatique de la saison 1.

    La distribution secondaire n’est pas en reste. Mamadou Sidibé porte la série avec une justesse rare. Sami Bouajila lui oppose une densité inquiétante, tandis que Ouassini Embarek ancre le récit dans une réalité de terrain. Alou Sidibé, Damien Buffard et Damien Arnone participent à cette sensation de monde saturé, où chaque visage semble déjà porter une histoire.

    Les Baumettes comme personnage à part entière

    La prison des Baumettes, à Marseille, est l’un des établissements pénitentiaires les plus surpeuplés et les plus scrutés de France. En choisissant ce lieu symbolique, la série prend position. Elle ne représente pas une prison générique. Elle pointe une réalité précise, documentée, débattue dans les médias depuis des années.

    Le réalisateur Enrico Maria Artale tourne entre Marseille et les Pouilles avec un naturalisme qui refuse le misérabilisme. Les Baumettes de la série ne sont ni un enfer pittoresque ni une métaphore grandiloquente. C’est un lieu de pouvoir, de hiérarchie, de codes ; un microcosme qui reproduit les rapports de force du monde extérieur avec une brutalité simplement plus visible.

    Cette volonté de réalisme cohabite avec des touches oniriques revendiquées. Des séquences de rêve, des apparitions, une dimension prophétique qui justifie le titre. Malik voit des choses que les autres ne voient pas. Et c’est cette singularité qui le condamne autant qu’elle le sauve.

    Ce soir, épisode 6 : Massoud libre, Malik face à un nouveau pouvoir

    Massoud Djebbari sort enfin de prison. C’est l’événement central de l’épisode 6, diffusé ce lundi 30 mars 2026 à 21h09 sur Canal+. Sa libération redistribue les cartes dans les cités marseillaises, et Malik se retrouve à naviguer hors des murs dans un territoire qu’il ne maîtrise pas encore.

    La nouveauté de cet épisode, c’est l’apparition de Médine Camara, le leader charismatique du quartier des Comoriens. Respecté par les uns, craint par les autres, il exerce une influence grandissante sur les jeunes de la ville phocéenne. Sa rencontre avec Malik pose une question simple et brutale : à qui faut-il s’allier quand ceux qui vous protègent vous toisent encore comme un pion ?

    Retrouvez l’intégralité du suivi épisode par épisode sur la fiche série de NRmagazine, régulièrement mise à jour. Deux épisodes restent à venir après ce soir avant le final de saison attendu le 13 avril. Le calendrier complet de diffusion :

    • 2 mars : épisodes 1 et 2, lancement événement en double diffusion.
    • 9 mars : épisode 3.
    • 16 mars : épisode 4.
    • 23 mars : épisode 5.
    • 30 mars : épisode 6, ce soir à 21h09 sur Canal+.
    • 6 avril : épisode 7.
    • 13 avril : épisode 8, final de saison.

    Bande-annonce officielle

    Ce que la série dit que le film ne disait pas

    Le film de 2009 était avant tout une fable sur l’intelligence comme arme de survie. Malik apprenait à lire, apprenait le corse, apprenait à manipuler un système qui le croyait inerte. C’était un récit d’émancipation par la ruse, presque universel dans sa mécanique.

    La série ajoute une couche que le film ne pouvait pas avoir : la question des origines. Que signifie être Mahorais en France en 2026 ? Que signifie survivre à l’effondrement d’un immeuble qui n’aurait jamais dû s’effondrer, dans un quartier que personne ne défend sinon pour en spéculer ? Le personnage de Malik porte une mémoire collective que le scénario d’Abdel Raouf Dafri choisit de ne pas effacer.

    C’est peut-être là que la série dépasse son modèle. Non pas en termes de qualité cinématographique pure, mais en termes de pertinence sociale. Elle ne raconte pas un mythe intemporel. Elle raconte maintenant. Les amateurs de séries qui gravitent autour des codes du pouvoir trouveront d’autres références majeures du même registre dans le classement des 100 séries les plus incontournables de NRmagazine.

    Un casting entre rupture et continuité

    Ouassini Embarek, Salim Kechiouche, Nailia Harzoune, Moussa Maaskri, Matthieu Lucci, Hugo Dillon : le reste du casting assemble des visages familiers du cinéma français qui donnent de l’épaisseur aux rôles secondaires sans écraser le duo central. Chaque personnage tire dans une direction différente, créant cette tension permanente qui fait de la série autre chose qu’un simple thriller carcéral.

    La série a été présentée à la Mostra de Venise avant sa diffusion française, signal fort de l’ambition affichée par Canal+. Elle s’inscrit dans les grands piliers de la grille 2026 de la chaîne et marque une volonté de reconquérir le terrain des créations originales françaises. Pour prolonger l’expérience avec d’autres créations comparables, les meilleures séries à découvrir sélectionnées par NRmagazine offrent un panorama régulièrement actualisé.

    Faut-il avoir vu le film avant de regarder la série ?

    La réponse courte : non. La série fonctionne de façon totalement autonome. Elle n’est pas une suite, pas une préquelle, pas un complément. Elle emprunte une structure narrative et des thèmes, mais reconstruit tout depuis les fondations.

    Si vous avez vu le film, vous lirez la série différemment. Pas mieux, pas moins bien : autrement. Vous mesurerez les écarts, les choix de réinterprétation, les moments où Dafri et Peufaillit décident de rompre avec leur propre œuvre. C’est un plaisir de lecture supplémentaire, pas une condition d’entrée.

    Avec Un prophète, Canal+ ne rejoue pas une partition connue. Il en compose une nouvelle, avec les mêmes notes de départ, dans une tonalité qui lui appartient entièrement. Et c’est précisément pour cela que la série mérite qu’on s’y attarde, épisode après épisode, jusqu’au final du 13 avril.

    Sources
    • MCE TV — Le calendrier de diffusion des 8 épisodes
    • Première — La série est-elle un remake du film de Jacques Audiard ?
    • Les Inrocks — Fallait-il adapter « Un prophète » de Jacques Audiard en série ?

     

    Vincent
    Vincent

    Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.

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