En janvier 2014, The Legend of Hercules a débarqué dans les salles comme un film qu’on aurait volontairement oublié sur le quai : 70 millions de dollars de budget, 61,3 millions de recettes mondiales, et une indifférence générale qui sentait déjà le sapin. Le péplum de Renny Harlin n’a pas seulement raté son pari commercial ; il a aussi illustré, avec une élégance toute relative, ce que Hollywood fait parfois de mieux quand il panique : copier les recettes des autres en retirant ce qui les rendait vivantes. Ici, on a voulu un Hercule sans Olympiens, sans magie, sans souffle mythologique, bref un demi-dieu privé de divinité. Et forcément, ça coince.

Pour remettre les pendules à l’heure, le film sort dans une période que les studios connaissent trop bien : janvier, ce grand cimetière des sorties qu’on n’ose pas trop défendre. La source de Slashfilm rappelle que le long métrage ouvre à 8,8 millions de dollars aux États-Unis avant de s’étioler, pour finir à 18,8 millions sur le sol américain. À l’échelle d’un budget de production annoncé à 70 millions, l’affaire ressemble à une petite catastrophe comptable. Et quand le bouche-à-oreille n’est pas là, quand la critique s’en mêle en plus, le box-office devient une machine à broyer les illusions. Le film n’a pas seulement été un flop : il a servi de cas d’école pour tout ce qu’un blockbuster ne doit pas faire quand il veut exister.

On pourrait croire que le problème tient à Kellan Lutz, tête d’affiche musclée mais sans vraie aura de star, ou à Scott Adkins, relégué dans un rôle qui ne lui permet pas de faire parler sa science du combat. Ce serait trop simple. Le vrai péché originel du film, c’est son idée même : prendre un mythe saturé de merveilleux et le rabattre sur une imitation de Gladiator et de Spartacus, avec arènes, complots et sable grisâtre à perte de vue. Sauf que Ridley Scott, lui, avait au moins un imaginaire de mise en scène ; Harlin, ici, semble surtout chercher un angle rentable. Résultat : un péplum qui a l’air d’avoir été trempé dans l’eau tiède avant le tournage. Quand on enlève les dieux à Hercule, il ne reste pas forcément la tragédie ; parfois, il ne reste qu’un film très cher qui s’ennuie tout seul.

Un demi-dieu, beaucoup de calculs

Le choix de faire d’Alcides un héros d’abord humain, avant de révéler son identité d’Hercule, aurait pu ouvrir une lecture intéressante sur la fabrication du mythe. Le film n’en fait rien, ou presque. Il aligne les signes de puissance physique, les combats de gladiateurs, les révoltes de soldats, mais sans jamais trouver le point d’équilibre entre la légende et le spectacle. On sent bien la tentative de moderniser le matériau, de le rendre plus terre-à-terre, plus “sérieux”, comme si la mythologie devait absolument passer par le filtre du réalisme sale pour être respectable. C’est un réflexe très hollywoodien des années 2010, époque où les studios confondaient souvent gravité et profondeur. À force de vouloir faire sérieux, le film devient juste plombant.

Le plus drôle, si l’on ose dire, c’est que cette stratégie n’a même pas permis au film de se distinguer durablement. La même année, Brett Ratner sort son propre Hercules avec Dwayne Johnson, et là, au moins, il y a une star qui sait porter un film sur ses épaules comme une armoire normande. La comparaison est cruelle : The Legend of Hercules se fait manger sur le plan critique et commercial par un concurrent sorti sept mois plus tard, avec un score Rotten Tomatoes bien plus honorable selon les données reprises par Slashfilm. On peut discuter de la qualité du Ratner, bien sûr, mais la hiérarchie est limpide : un film peut être racoleur, il doit au moins avoir un minimum de charisme. Ici, rien ne décolle vraiment.

Affiche de La Légende d'Hercule
Affiche de La Légende d'Hercule

Le sable, la sueur et le vide

Renny Harlin n’est pas un manchot. On parle quand même du réalisateur de Die Hard 2, de Cliffhanger ou de Deep Blue Sea, un cinéaste capable de faire monter la pression et de composer avec le grand format. Mais dans The Legend of Hercules, tout paraît raboté, terni, comme si la production avait confondu “épique” et “boueux”. La photographie, telle que décrite par la source, manque d’éclat ; les performances restent plates ; le film n’a pas cette folie plastique qui sauve parfois les productions les plus absurdes. Même les films de monstres sacrés du péplum, des vieux Hercule de Steve Reeves jusqu’aux variations plus récentes, reposaient sur une promesse simple : du muscle, du panache, un peu de second degré, et basta. Là, on a surtout un produit qui semble ne pas croire en sa propre mythologie.

Et puis il y a cette absence presque comique des dieux de l’Olympe. Pas de Zeus, pas d’Héra, pas de vraie instance surnaturelle pour faire vibrer l’ensemble. C’est un peu comme si on tournait un James Bond sans gadgets ni méchants mémorables, ou un film de vampires sans crocs. On peut bien sûr réinterpréter un mythe, le décaler, le réancrer dans une logique politique ; encore faut-il que le geste ait une nécessité. Ici, il ressemble surtout à une prudence de studio, à une table rase faite pour rassurer les comptables. Sauf qu’en retirant le merveilleux, le film a aussi retiré sa raison d’être.

Le flop qui ne voulait pas mourir

Le naufrage ne s’arrête pas au box-office. L’année suivante, les Razzie Awards viennent enfoncer le clou avec plusieurs nominations, dont celles de pire film, pire réalisateur, pire acteur et pire actrice, selon les éléments rapportés par Slashfilm. Ce n’est pas tant une exécution publique qu’un rappel cruel : quand un film rate à ce point sa cible, il finit souvent par devenir un objet de moquerie industrielle. Et dans le cas présent, la moquerie n’a rien d’injuste. Le long métrage n’a ni l’ampleur d’un grand ratage flamboyant, ni la mauvaise foi réjouissante d’un nanar qui se sait tel. Il flotte dans une zone plus triste : celle des productions coûteuses, ternes et oubliables. Le vrai drame, c’est peut-être ça. Pas le ridicule. L’oubli.

On peut toujours défendre l’idée qu’un film de ce type appartient à une époque précise du cinéma de studio, celle des tentatives de relance du péplum à gros budget, entre 300, Clash of the Titans et autres fantasmes de sable numérique. Mais The Legend of Hercules montre surtout la limite de cette stratégie : si l’emballage ne suit pas, si l’icône ne prend pas, si l’énergie ne circule pas, alors tout s’écroule. Et il ne reste qu’un titre, un budget, quelques chiffres, et beaucoup de regrets. Au fond, ce faux héros n’a pas seulement perdu la bataille du box-office ; il a surtout perdu celle du désir.

Reste une question assez savoureuse, malgré tout : comment un film aussi cher, aussi musclé sur le papier, a-t-il pu paraître aussi léger dans l’esprit de ceux qui l’ont fabriqué ? On dirait presque un cas d’école pour notre chère rédaction quand elle parle des grands rendez-vous hollywoodiens qui confondent volume et puissance. Le cinéma de studio adore les demi-dieux ; il aime moins quand ils ne rapportent pas. Et là, franchement, la chute a dû faire mal.

Bande-annonce VF de La Légende d'Hercule

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