Le box-office adore les promesses de grandeur, mais il lui arrive aussi de répondre par un haussement d’épaules. Avec Supergirl qui démarre mollement hors des États-Unis et Jackass: Best and Last qui rame à l’international, on tient un petit rappel salutaire : une franchise ne devient pas une machine à cash par simple décret divin.
Pour Supergirl, les chiffres tombés sont d’autant plus parlants qu’ils viennent d’un lancement censé porter haut les couleurs de Warner Bros. et DC Studios. Le film a engrangé 30 millions de dollars sur 77 marchés à l’international, auxquels s’ajoutent 38 millions en Amérique du Nord, pour un démarrage mondial à 68 millions. Dit comme ça, ça a l’air solide. Sauf qu’à l’échelle d’un blockbuster de cette taille, le mot juste est plutôt : décevant. On parle d’un long métrage pensé comme fer de lance, pas d’un petit film de milieu de tableau qui se contente de faire le job en silence. Le problème, ce n’est pas le score brut : c’est l’écart entre l’ambition affichée et la réalité du ticket de caisse.
Dans l’histoire récente des adaptations de comics, le marché international a souvent servi de filet de sécurité. Les studios ont appris à compter sur lui pour amortir les budgets de production, les campagnes marketing et les frais de post-production qui gonflent comme un soufflé sous amphétamines. Quand un opus du genre démarre tièdement hors de son territoire domestique, ce n’est pas juste une mauvaise nouvelle comptable : c’est un signal de désamour, ou au minimum de curiosité molle. Et là, on ne parle même pas encore des semaines suivantes, quand la concurrence, les chutes de fréquentation et la fatigue du public font leur sale boulot. Le box-office mondial n’est pas un tribunal, mais il sait très bien distribuer les baffes.
Quand la cape ne fait pas l’addition
Ce qui frappe, dans ce genre de lancement, c’est la brutalité du contraste entre la mécanique industrielle et la réception réelle. Warner Bros. et DC Studios vendent une marque, un imaginaire, une continuité, un univers étendu, bref tout l’attirail de la grande franchise moderne. Mais le public, lui, ne signe pas un chèque en blanc parce qu’un logo rouge et bleu s’affiche au générique. Il faut une promesse de film, pas seulement une promesse de saga. Et c’est là que les choses se gâtent souvent : à force de bâtir des ponts vers la suite, on oublie parfois de poser un premier bloc solide. Péché originel classique, presque une tradition hollywoodienne.
Le cas Supergirl raconte aussi quelque chose de plus large sur l’état du marché. Depuis la fin de la période où les super-héros pouvaient encore faire office de poule aux œufs d’or quasi automatique, les studios avancent sur une ligne de crête. Les gros budgets ne garantissent plus la domination, les têtes d’affiche ne suffisent plus à remplir les salles, et le public mondial s’est nettement affiné dans ses choix. On ne va pas se mentir : la marque DC traîne encore des casseroles, et chaque nouvel opus hérite d’un passif qui n’aide pas. Le film ne part jamais tout à fait de zéro ; il part avec le poids de tout ce qui l’a précédé.

Jackass : la glissade, la chute, puis le sol
À côté de ça, Jackass: Best and Last n’a pas vraiment l’allure d’un triomphe international non plus. Avec 1,9 million de dollars à l’étranger, le film confirme une évidence presque comique : l’humour de cascade et de douleur volontaire reste un langage très localisé, très générationnel, très attaché à une certaine culture du chaos. Ce n’est pas une surprise, mais c’est tout de même une forme de verdict. La franchise a toujours prospéré sur une logique de rendez-vous entre potes, de défi absurde, de corps malmenés et de gag qui finit en bleu. Exporter ça partout, c’est une autre histoire. On peut vendre un monstre sacré. On vend plus difficilement un mec qui se prend un caddie dans le bassin en espérant conquérir la planète.
Le contraste avec Supergirl est savoureux, parce qu’il montre deux échecs de nature différente. D’un côté, un blockbuster censé rassurer les actionnaires et relancer une marque. De l’autre, un objet de niche qui ne prétend même pas jouer dans la cour des géants, mais qui se heurte malgré tout à la limite de son rayonnement international. Dans les deux cas, le marché rappelle la même chose : le nom sur l’affiche ne fait pas tout. Il faut encore que l’envie circule, que le bouche-à-oreille prenne, que l’image ne sente pas la machine trop huilée ou le gag déjà usé. Le public n’achète pas un concept ; il achète une raison d’y aller.
Le box-office, ce vieux juge sans état d’âme
Ce genre de démarrage faible a aussi une conséquence symbolique. Il fragilise la narration industrielle qui accompagne chaque sortie majeure : celle du succès programmé, du lancement calibré, du film censé ouvrir une nouvelle ère. Or le box-office, lui, adore casser les récits trop propres. Il rappelle que la salle reste un lieu de sélection impitoyable, où l’on ne gagne pas des points pour l’intention. En 2026 comme hier, un studio peut aligner les effets spéciaux, les affiches, les relais médiatiques et les promesses de suite ; si la sauce ne prend pas, tout ça finit en bruit de couloir comptable. Pas très glamour, mais diablement honnête.
Reste une question qui agace toujours les départements marketing : est-ce un accident de parcours ou le symptôme d’un essoufflement plus profond ? Pour Supergirl, la réponse se jouera dans les semaines à venir, quand la tenue sur la durée dira si le lancement était simplement poussif ou franchement toxique. Quant à Jackass, il continue sa carrière comme il l’a toujours fait : en se jetant dans le vide avec un sourire idiot et en espérant que le public suive. Parfois, ça marche. Parfois, ça se casse la figure. Et là, franchement, on n’a pas besoin d’un doctorat pour comprendre le message. Le box-office ne ment pas ; il ricane.
Bande-annonce VF de Supergirl
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




