La saison 4 de Star Trek: Strange New Worlds continue de faire ce que la franchise préfère quand elle veut vraiment mordre : changer de peau sans perdre son ossature. Avec l’épisode 8, la série de Paramount+ abandonne les grands effets de manche pour un duel d’autorité très terrestre, et ça sent franchement Des hommes d’honneur à plein nez.

Depuis son lancement, Strange New Worlds s’est taillé une réputation de série caméléon, capable de passer du noir et blanc au pastiche, du soap à la comédie potache, sans jamais oublier qu’elle reste un morceau de Star Trek à part entière. En 2026, la saison 4 pousse encore plus loin ce goût du changement de registre : après avoir flirté avec le film de stoner, le polar rétro, l’épisode à marionnettes et la telenovela cosmique, elle revient ici à une forme plus sèche, plus tendue, presque austère. L’épisode 8, intitulé Orders of Magnitude, se déroule presque entièrement sur le pont de l’USS Enterprise et transforme un conflit d’ordre militaire en bras de fer moral. Pas besoin de phaser qui crépite à tout bout de champ pour que la pression monte. Parfois, le vrai spectacle, c’est juste deux types qui se regardent comme si l’un allait avaler l’autre avec ses galons.

Le déclic créatif, lui, n’a rien d’un mystère cosmique. Dans un entretien accordé à la rédaction de Slashfilm, Paul Wesley explique que la mise en scène de Sharon Lewis s’est nourrie d’un classique de Rob Reiner, Des hommes d’honneur (A Few Good Men, 1992). L’acteur raconte que l’équipe a évoqué ce modèle comme une référence de tonalité, avec ce parfum de procès militaire et de confrontation frontale qui a fait la gloire du film de Reiner. On comprend vite pourquoi : dans les deux cas, il s’agit moins de science-fiction ou de procédure judiciaire que d’un système de pouvoir qui se fissure sous la pression d’une vérité qu’on aimerait bien enterrer. Et ça, Star Trek adore ça depuis ses débuts. Le futur, ici, sert surtout à faire ressortir les vieilles saloperies très humaines.

Le pont de l’Enterprise comme salle d’audience

Dans Orders of Magnitude, James T. Kirk, encore loin du statut de capitaine mythologique, se retrouve face à l’amiral Simon Reeger, incarné par Joe Morton, figure d’autorité écrasante et presque légendaire pour l’équipage. Le principe est limpide : un ordre douteux, une conscience qui résiste, et cette question éternelle qui fait tenir tant de récits militaires, de Paths of Glory à Full Metal Jacket : jusqu’où obéir avant de devenir complice ? Le décor spatial change, mais la mécanique dramatique reste celle d’un huis clos de pouvoir. Et c’est précisément là que la série gagne en densité. En retirant les gadgets, elle remet au centre la parole, le regard, la hiérarchie, le doute. Bref, elle fait du Star Trek à l’ancienne, mais avec une nervosité de série contemporaine qui sait qu’un bon face-à-face vaut parfois plus qu’un vaisseau qui explose.

Paul Wesley, de son côté, dit avoir joué Kirk comme s’il se trouvait dans un drame militaire terrestre, sans penser aux effets visuels ni au vernis SF. Ce choix n’a rien d’anodin. Il replace le personnage dans une zone très précise de la mythologie trekienne : celle d’un homme encore en formation, pas encore monstre sacré, pas encore demi-dieu de la passerelle, mais déjà capable de défier une autorité qui se prend pour la dernière parole du cosmos. C’est là que la série devient maligne : elle ne montre pas Kirk en héros, elle le montre en type qui apprend à le devenir sans se foutre lui-même en l’air.

Affiche de Des hommes d'honneur
Affiche de Des hommes d'honneur

Rob Reiner dans l’espace, ou presque

Si la comparaison avec Des hommes d’honneur fonctionne si bien, ce n’est pas seulement pour le fameux duel verbal popularisé par Jack Nicholson et Tom Cruise. C’est parce que le film de 1992 repose sur une idée simple et redoutable : l’institution militaire n’est jamais aussi intéressante que lorsqu’elle se met à trembler de l’intérieur. Le film de Reiner, écrit par Aaron Sorkin, a d’ailleurs rapporté plus de 240 millions de dollars dans le monde pour un budget estimé autour de 40 millions, preuve qu’un bon conflit de bureau en uniforme peut encore faire un joli box-office quand il est servi avec assez de nerf. Strange New Worlds ne cherche évidemment pas à refaire le coup en version spatiale, mais elle en récupère la colonne vertébrale : un commandement, une contestation, une vérité qui dérange, et cette sensation que l’honneur militaire n’est qu’un mot tant qu’il n’est pas mis à l’épreuve.

On pourrait croire à un simple clin d’œil de cinéphile, un petit hommage bien propre sur lui. Sauf que la série va plus loin : elle utilise cette référence pour resserrer sa mise en scène et donner à Kirk un terrain de jeu plus sec, plus rugueux, presque théâtral. C’est aussi pour ça que l’épisode a de quoi marquer la saison 4. Dans une série qui adore la variation de ton, l’exercice de style n’est jamais gratuit quand il sert à faire ressortir la tension morale. Ici, le pastiche n’est pas un gadget, c’est un révélateur. Quand Star Trek cesse de courir après l’étrange pour regarder l’humain en face, ça tape souvent plus juste.

Le vieux space opera a encore des choses à dire

Ce qui est assez beau, au fond, c’est que Strange New Worlds rappelle qu’une série de science-fiction n’a pas besoin de se noyer dans son propre lore pour être vivante. La franchise Star Trek a toujours fonctionné comme une machine à fantasmes politiques et moraux, capable de parler du présent en se planquant derrière des planètes lointaines, des uniformes impeccables et des espèces à la peau bleue. Ici, elle fait presque l’inverse : elle ramène le conflit à hauteur d’homme, au sens le plus concret du terme. Pas de grand discours sur le destin de la galaxie, juste une décision impossible, un ordre suspect et un officier qui refuse de fermer les yeux. Le genre, au fond, n’est qu’un costume. Ce qui compte, c’est la manière dont on le porte.

Et puis il y a cette petite jubilation très sérieuse de voir une production Paramount+ de 2026 convoquer un film de 1992 pour mieux faire tenir son propre épisode. On n’est pas dans la citation décorative, on est dans la transmission de grammaire. Le cinéma de Rob Reiner, à sa meilleure heure, savait faire jaillir la tension d’un simple échange de répliques. Strange New Worlds reprend cette leçon et la branche sur un vaisseau spatial. Ça donne un épisode qui respire moins le gadget que la dramaturgie, moins la démonstration que le duel. Et franchement, ça fait du bien. Comme quoi, même à bord de l’Enterprise, on finit toujours par retomber sur le bon vieux théâtre des hommes et de leurs mauvaises idées.

La saison 4 de Star Trek: Strange New Worlds continue d’être diffusée sur Paramount+, avec de nouveaux épisodes chaque jeudi. Et si l’on en croit ce virage-là, on n’a pas fini de voir la série faire ce qu’elle fait de mieux : prendre un genre, le tordre un peu, puis le renvoyer dans l’espace avec un sourire en coin. Qui a dit que les étoiles empêchaient les bons vieux règlements de comptes ?

Bande-annonce VF de Des hommes d'honneur

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