« I was engaged, I had three beautiful stepchildren, I wanted to have kids with this person. We split in the same week I got diagnosed with breast cancer, and I found out he was seeing a really famous actress », a-t-elle confié, citée par People et US Magazine. Traduction littérale autant qu’émotionnelle : elle perdait une vie entière en l’espace d’un seul agenda hebdomadaire.
Retour vers le tapis rouge (ou comment tout s’effondre en même temps)
Pour remettre les pendules à l’heure : Sheryl Crow et Lance Armstrong se fréquentaient depuis 2003. Fiançailles annoncées en septembre 2005, après que le cycliste, alors au sommet de sa légende médiatique, sept Tours de France dans le placard, eut demandé sa main à Sun Valley, Idaho. Cinq mois de fiançailles, puis la rupture officielle en février 2006, communiqué joint sobre comme rarement : « Après mûre réflexion, nous avons pris la difficile décision de nous séparer », rapportait People à l’époque. La mécanique du démenti poli avant la vraie histoire, en somme.
Ce que le communiqué ne disait pas, c’est que la même semaine, Sheryl Crow apprenait qu’elle avait un cancer du sein. Et que son ex-fiancé avait déjà une remplaçante, non identifiée publiquement par Crow, qui n’a pas prononcé le nom de l’actrice en question (ni celui d’Armstrong, d’ailleurs). La discrétion comme bouclier, vingt ans après les faits.

Neuf mois de radiation, de deuil et de colère
Ce qui suit, Crow l’a décrit sans pathos surjoué. « I went through about nine months of radiation and grieving and anger », a-t-elle dit dans The Bobbycast. Neuf mois de traitement, de deuil, celui d’une vie planifiée, de trois beaux-enfants qu’elle aimait, d’un projet familial, et une colère qu’on imagine assez légitime pour ne pas avoir besoin d’être expliquée davantage. Elle avait 44 ans, elle voulait avoir des enfants avec Armstrong. La rupture, selon la version Armstrong dans son autobiographie de 2009 Lance: The Making of the World’s Greatest Champion, s’expliquerait justement par cette divergence : lui sortait d’un mariage, avait déjà trois enfants avec Kristin Richard, n’était « pas prêt » ; elle, avec son « horloge biologique », sa formulation à lui, pas la nôtre, voulait fonder une famille. Le genre d’explication qui dit à peu près tout sur la façon dont il percevait la situation.
Crow, elle, n’a pas attendu Armstrong pour devenir mère. En 2007, soit un an après la rupture et en plein traitement, elle adoptait son fils Wyatt. En 2010, elle accueillait Levi. Armstrong, de son côté, a eu deux autres enfants avec Anna Hansen, qu’il a épousée en 2022.
L’actrice, le mystère et la machine à spéculations
Évidemment, depuis la diffusion de l’épisode, les spéculations vont bon train côté anglophone sur l’identité de la « really famous actress ». Crow n’a pas donné de nom, et on ne va pas s’aventurer à en avancer un ici, aucune source ne l’a confirmé officiellement (et ce n’est pas faute d’avoir cherché, la rédac a regardé). Ce flou entretenu est lui-même significatif : vingt ans après, elle règle ses comptes avec la situation, pas avec les individus. Ce n’est pas un hasard si elle n’a pas non plus prononcé le prénom d’Armstrong une seule fois dans l’interview.
Ce qui est vérifiable, en revanche, c’est le timing de cette confidence, et son format. Un podcast Netflix, une interview longue durée, un registre introspectif plutôt que vindicatif : Sheryl Crow ne cherche pas le clash, elle documente. Il y a quelque chose de presque méthodique dans la façon dont elle pose les faits, la semaine, les éléments simultanés, les mois de traitement, sans chercher à en rajouter.
Tout va très bien, madame la marquise (vingt ans plus tard)
La chanteuse d’All I Wanna Do et d’If It Makes You Happy est aujourd’hui considérée comme une survivante, au sens propre comme au sens médiatique. Elle sort de cet épisode avec deux fils, une carrière intacte, neuf Grammy Awards au compteur, et la faculté, rare, de parler de l’une des périodes les plus dévastatrices de sa vie sans transformer ça en règlement de comptes télévisé.
Armstrong, lui, a depuis connu d’autres turbulences autrement plus documentées, le scandale du dopage, la déchéance sportive officielle, la destruction de sa légende médiatique en 2012-2013. Son histoire intéresse suffisamment Hollywood pour qu’un biopic soit en préparation, avec Austin Butler pressenti dans le rôle principal et Edward Berger à la réalisation, selon Deadline. Ce ne sera pas la première adaptation : en 2015, Ben Foster l’incarnait déjà dans The Program de Stephen Frears. L’actrice mystère, elle, reste mystère. Certains dossiers se ferment mieux qu’ils ne s’ouvrent.
À lire aussi : Lance Armstrong, de la gloire au dopage : une chute en plusieurs actes
La question que personne ne pose vraiment, et qui reste donc entière, c’est pourquoi cette révélation sort maintenant, vingt ans après les faits, sur un podcast Netflix. Promotion d’un projet à venir ? Besoin de clore définitivement ce chapitre ? Simple envie de raconter ? Sheryl Crow ne le dit pas explicitement. Peut-être que parfois, il faut juste vingt ans pour trouver les mots, ou le bon interlocuteur.
Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.


