People

Prince Waly est mort à 34 ans : derrière le prince, il restera Moussa

Publié le Mis à jour le 5 min de lecture
rappeur

Le rappeur de Montreuil est mort le 4 octobre 2026, à 34 ans, après une longue maladie, ont annoncé ses proches. Avec Moussa, paru en 2022, il avait fait tomber le personnage pour raconter l’homme : c’est cette voix-là qu’on veut retenir.

Moussa Magassa, connu sous le nom de Prince Waly, est décédé dimanche 4 octobre. Dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux, son entourage évoque « une longue maladie contre laquelle il se battait avec courage depuis huit ans », rapporte Le Monde le 5 octobre 2026. Huit années : le chiffre dit la durée de l’épreuve, mais ne saurait tenir lieu de biographie. Un artiste laisse autre chose qu’un dossier médical.

Originaire de Montreuil, en Seine-Saint-Denis, Prince Waly avait commencé dans Big Budha Cheez, aux côtés de Fiasko Proximo, avant de construire sa discographie solo : Junior en 2016, BO YZ en 2019, puis son premier album, Moussa, en 2022. BO YZ Vol. 2 avait suivi en décembre 2023. Une trajectoire interrompue, pas une œuvre à découvrir uniquement parce que son auteur vient de disparaître.

Le prince sans armure

Le choix de ce prénom comme titre d’album n’avait rien d’un détail. Dans un entretien publié par The Red Bulletin le 29 septembre 2022, Prince Waly expliquait avoir longtemps utilisé le storytelling et la troisième personne pour garder ses distances. Parler de cinéma, de vêtements, de personnages : autant de façons de composer une image sans nécessairement se montrer.

Il portait alors sur cette période un jugement assez sec : « J’étais un rappeur de vitrine, je ne parlais que de marques de mode, de cinéma, avec une tonne de références », confiait-il au magazine. On aurait tort d’en faire un désaveu de ses premiers disques. C’est plutôt un artiste qui reconnaît les limites de son propre costume. Les références peuvent ouvrir une chanson; elles peuvent aussi devenir une planque.

Avec Moussa, sorti le 30 septembre 2022, la distance se réduit. Il raconte ses faiblesses, ses épreuves, ce qu’il avait d’abord préféré garder pour lui. Ses proches l’avaient encouragé à le faire, expliquait-il dans le même entretien, pour lui-même et pour ceux qui traversaient des expériences comparables. Le changement tient en un mot : exposition. Pas celle des vitrines. Celle qui vous laisse sans protection.

Quatorze titres, zéro carapace

Moussa compte 14 titres et accueille notamment Feu! Chatterton, Jazzy Bazz et Luidji. Mais réduire le disque à son casting serait rater son déplacement le plus intéressant : Prince Waly ne cherchait plus seulement à cocher les cases d’un morceau immédiatement efficace.

Dans un entretien à Numéro, publié le 25 octobre 2022 et remis en ligne en hommage le 5 octobre 2026, il opposait les recettes de ses anciens morceaux à des titres comme Bleu et Messe, dépourvus de refrain. « Auparavant, je faisais de la musique pour plaire à un plus large public. Je répondais à des codes, des schémas… comme si j’avais un cahier des charges », expliquait-il. Le cahier des charges : cette petite merveille administrative capable de transformer une chanson en meuble à monter.

Son ambition n’était pas de rendre sa musique inaccessible, mais de ne plus la brider pour guider automatiquement l’auditeur. C’est là que son parcours mérite mieux que les superlatifs de circonstance. Il ne revendiquait pas une singularité abstraite : il décrivait des décisions d’écriture, des refrains abandonnés, des vers qu’il ne voulait plus ajouter pour combler les trous. Une exigence de construction, plutôt qu’une posture.

Le parcours antérieur reste d’ailleurs à réécouter, notamment Rov or Benz, avec Hologram Lo’ et Alpha Wann, également référencé dans la compilation 10 ans de rap, vol. 5. Parce qu’un hommage un peu sérieux ne commence pas forcément au dernier chapitre.

L’airbag, pas le happy end

La pochette de Moussa, signée Fifou, montrait le rappeur de profil, le visage contre l’airbag d’une voiture accidentée. À Numéro, il en avait donné une lecture précise : l’accident représentait les obstacles traversés; l’airbag, ce qui lui avait sauvé la vie, de sa femme à la musique. Le fond rouge renvoyait à une photographie de Mike Tyson agenouillé, le visage entre les mains. La puissance, mais débarrassée de son numéro de démonstration.

Cette image prend aujourd’hui une résonance douloureuse. Gardons-nous pourtant de la transformer en prémonition : elle racontait une survie, telle que l’artiste la comprenait en 2022. Les œuvres n’ont pas à devenir des indices après la mort de leurs auteurs.

Selon Le Monde, Prince Waly avait appris en 2019 qu’il souffrait d’un cancer du thymus, qui lui avait fait perdre sa voix pendant plusieurs mois. Il avait annoncé sa guérison à la fin de 2021. En septembre 2026, il avait révélé être atteint d’un pemphigus paranéoplasique, une maladie auto-immune rare. Ces étapes doivent rester distinctes : le communiqué de ses proches annonce un décès après une longue maladie, pas une expertise médicale à improviser.

Julia, au-delà du générique

Dans le communiqué repris par Europe 1 le 4 octobre 2026, sa famille souligne la présence constante de son épouse, la chanteuse Enchantée Julia, ainsi que celle de ses proches et de ses amis. En mai 2023, le couple avait interprété Cra$h lors de la première cérémonie des Flammes. La musique ne racontait donc pas seulement ce soutien : elle lui donnait aussi une place sur scène.

On peut également retrouver leurs voix réunies sur Âme sœur. Plutôt que d’ajouter une formule grandiloquente, autant laisser un morceau occuper l’espace.

Voir sur YouTube

En octobre 2022, Prince Waly disait à Numéro : « J’ai tout fait pour livrer quelque chose qui pourra traverser le temps. » On n’est pas obligé de distribuer un brevet d’immortalité pour entendre cette ambition. On peut faire beaucoup plus simple, et moins creux : remettre Moussa. Puis le laisser aller jusqu’au bout.

Vincent Bazire
Écrit par

Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs marqués d’un astérisque sont obligatoires.