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    Nrmagazine » Primal et les Peuples de la mer : la série qui avait déjà vu venir le chaos avant The Odyssey
    Blog Entertainment 6 Minutes de Lecture

    Primal et les Peuples de la mer : la série qui avait déjà vu venir le chaos avant The Odyssey

    Genndy Tartakovsky avait dégainé ses pillards maritimes bien avant Christopher Nolan, et ça change la lecture du mythe
    Vincent Bazire22 juillet 2026
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    Avant que Christopher Nolan ne fasse des Peuples de la mer le grand fantôme de The Odyssey, Genndy Tartakovsky les avait déjà envoyés en première ligne dans Primal. Comme souvent, l’animation avait deux trains d’avance sur le blockbuster, et personne n’a trouvé ça bizarre sur le moment (ce qui, avouons-le, est presque suspect).

    Le cinéma de 2026 adore recycler les mythes, mais il le fait rarement avec cette petite arrogance intellectuelle qui consiste à faire croire qu’on découvre un continent alors qu’un autre film ou une série y pataugeait depuis des années. The Odyssey, porté par Christopher Nolan et Matt Damon, joue à fond la carte de la tragédie antique, du péché originel et de la guerre qui pourrit tout ce qu’elle touche. Dans ce décor, les Peuples de la mer surgissent comme une menace diffuse, presque métaphysique. Sauf que cette figure n’est pas sortie du chapeau d’un scénariste en manque de relief : elle flotte depuis longtemps dans l’histoire ancienne, entre archives égyptiennes, hypothèses d’archéologues et fantasmes de civilisation effondrée.

    Et c’est là que Primal devient bien plus qu’un délire préhistorique à coups de dinosaures et de sang séché sur la pierre. La série de Genndy Tartakovsky, lancée sur Adult Swim en 2019, a construit une fable de survie où la violence n’est jamais décorative : elle est le langage même du monde. En saison 2, l’arrivée d’un peuple marin pillard, organisé autour d’un énorme navire de guerre, donne à la série une dimension quasi historique, même si elle reste évidemment dans le registre du mythe déchaîné. Avant Nolan, Tartakovsky avait déjà compris que le vrai monstre, ce n’est pas la mer : c’est l’humanité quand elle décide que les règles ne servent plus à rien.

    Des pillards, pas des extraterrestres

    Pour rappel, les Peuples de la mer sont une énigme historique plus qu’une certitude archéologique. On les associe à des groupes mentionnés dans des sources égyptiennes de la fin de l’âge du bronze, autour du XIIe siècle avant notre ère, quand plusieurs puissances méditerranéennes vacillent ou s’effondrent. Leur identité exacte reste floue, mais leur rôle supposé dans le grand basculement de l’époque a nourri des décennies de recherches, de livres et de spéculations. Le sujet n’a rien d’anecdotique : on parle d’un moment où des systèmes politiques, militaires et commerciaux s’écroulent en cascade, avec la délicatesse d’un décor en carton sous la pluie.

    Dans Primal, Tartakovsky ne cherche pas la reconstitution savante. Il prend l’idée brute de ces envahisseurs venus de la mer et la transforme en force de terreur pure. Le peuple qu’il met en scène vit sur un mastodonte flottant, attaque, capture, pille, réduit en esclavage. Pas besoin d’en faire des demi-dieux ni des monstres sacrés : ils sont déjà assez effrayants comme ça. Le plus intéressant, c’est que la série ne les traite pas comme une simple tribu exotique, mais comme le symptôme d’un monde où la guerre a contaminé jusqu’au mode de vie. On n’est plus dans l’ennemi extérieur ; on est dans la civilisation qui s’est mise à manger sa propre morale.

    Affiche de Primal
    Affiche de Primal

    Quand l’animation met le doigt où ça fait mal

    Ce qui frappe dans Primal, c’est sa capacité à faire cohabiter le primitif et le politique sans jamais alourdir la machine. Spear et Fang traversent un monde où tout semble vouloir les broyer, et chaque nouvelle civilisation rencontrée devient un miroir tordu de l’humanité : Vikings, Celtes, Babyloniens, Romains, puis ce peuple maritime qui concentre à lui seul la peur du raid, de l’invasion et du pillage organisé. La série n’a pas besoin de discours pour parler d’effondrement : elle le dessine, elle le saigne, elle le hurle. Et franchement, ça a plus de gueule qu’un long exposé en costume beige.

    Le parallèle avec The Odyssey est d’autant plus malin que Nolan, lui aussi, travaille la culpabilité historique. Son film ne se contente pas de raconter un retour ; il regarde un monde après la guerre, quand les vainqueurs deviennent à leur tour des menaces errantes. Les Peuples de la mer, dans cette lecture, ne sont pas des aliens ni des barbares de service : ils sont le résidu d’une guerre totale, des hommes passés de l’armée à la prédation. C’est exactement le genre d’idée qui donne au mythe une sale odeur de réel. Le blockbuster devient alors une machine à remonter le temps, mais sans la politesse des musées.

    Le mythe, ce vieux copain qui revient toujours avec des bottes pleines de boue

    Autre valeur du rapprochement : il rappelle à quel point l’animation adulte peut précéder le cinéma de prestige dans la manière de traiter les grands récits. Primal n’a pas besoin d’un budget marketing pharaonique ni d’une sortie en IMAX pour imposer une vision. La série travaille à l’os, avec une mise en scène d’une précision féroce, et une économie de dialogue qui laisse toute la place au geste, au choc, à la peur. Tartakovsky ne fait pas du décoratif ; il fabrique du mythe qui mord.

    Et puis il y a ce petit plaisir de cinéphile : voir une œuvre récente éclairer une autre œuvre récente, comme si le présent se mettait à dialoguer avec lui-même. The Odyssey et Primal ne racontent pas exactement la même chose, mais elles partagent une intuition commune : les civilisations ne s’effondrent pas seulement sous les coups de l’ennemi, elles pourrissent aussi de l’intérieur, quand la violence devient une habitude et que le pillage se prend pour une stratégie. C’est moins glamour qu’une bataille en rase campagne, mais c’est autrement plus dérangeant. Le mythe antique, au fond, n’a jamais cessé de parler de nous. Il a juste changé de costume.

    Alors oui, Nolan a remis les Peuples de la mer au centre du jeu, avec la puissance d’un grand film de studio qui veut faire trembler les colonnes du temple. Mais Tartakovsky, lui, les avait déjà fait débarquer en silence, dans une série d’animation où l’on comprend très vite que la mer n’apporte pas seulement des monstres : elle ramène surtout les hommes à ce qu’ils savent faire de pire. Et ça, on n’est pas près de le ranger au rayon des vieilles légendes poussiéreuses.

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    Vincent Bazire

    Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.

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