Et si Kevin McCallister revenait enfin, mais adulte, fatigué, et coincé dans sa propre maison comme un père en panne de boussole ? L’idée d’un nouveau Maman, j’ai raté l’avion avec Macaulay Culkin n’a jamais paru aussi sérieuse, ce qui veut dire, au choix, qu’Hollywood a retrouvé un peu de culot ou qu’il a définitivement épuisé son stock d’idées neuves.
Pour situer le bazar : Maman, j’ai raté l’avion sort en 1990, sous la direction de Chris Columbus, et devient un phénomène mondial avec plus de 476 millions de dollars de recettes pour un budget modeste d’environ 18 millions. La suite, Maman, j’ai encore raté l’avion, débarque en 1992 et engrange à son tour plus de 359 millions de dollars. Autrement dit, la franchise a très tôt compris le principe de la poule aux œufs d’or, ce petit animal d’Hollywood qu’on préfère nourrir à coups de souvenirs plutôt que d’imagination. Depuis, la saga a survécu sans son visage fétiche, entre Maman, j’ai raté l’avion 3 en 1997, Maman, j’ai raté l’avion 4 en 2002, Maman, j’ai raté l’avion : Le braquage du siècle en 2012 et Home Sweet Home Alone en 2021. Le problème, c’est qu’aucun de ces opus n’a réussi à retrouver la petite étincelle de départ. Normal : on ne remonte pas un mythe à la colle UHU.
Et voilà qu’en 2026, la rumeur d’un retour de Culkin remet tout le monde devant la même question : est-ce une bonne idée, ou juste un nouveau piège à nostalgie ?
Le retour du gosse qui a grandi, pas le film qui a vieilli
Selon le podcast The Town, relayé par le journaliste Matt Belloni, Disney serait très chaud pour faire revenir Macaulay Culkin dans l’univers de Maman, j’ai raté l’avion. L’acteur aurait été aperçu sur le lot du studio, et la maison de Mickey le courtiserait activement. Rien d’officialisé, certes, mais on connaît la musique : quand Disney commence à saliver, c’est rarement pour un film d’auteur en noir et blanc. C’est pour un produit calibré, rassurant, et si possible blindé de souvenirs d’enfance. Le retour de Culkin ne serait pas un simple casting : ce serait un coup de levier sur toute la machine mémorielle des années 1990.
Le plus malin dans cette histoire, c’est peut-être la proposition elle-même. En 2025, lors de sa tournée A Nostalgic Night With Macaulay Culkin, l’acteur avait imaginé un Kevin McCallister adulte, père défaillant, enfermé dehors par son propre fils, obligé de forcer l’entrée de sa maison pendant que l’enfant lui tend des pièges. Sur le papier, c’est presque trop évident, mais justement : l’idée fonctionne parce qu’elle retourne le dispositif original. L’enfant abandonné devient le parent absent, le foyer se transforme en champ de bataille affectif, et la comédie de slapstick prend une coloration plus amère. On ne serait plus dans la simple redite, mais dans la réécriture d’un traumatisme en version middle-aged crisis.

Les pièges, les bandits et le fantôme de 1990
Reste le détail qui fâche : Maman, j’ai raté l’avion n’est pas seulement une franchise, c’est une alchimie. Le duo Joe Pesci-Daniel Stern, les Wet Bandits, a laissé une trace énorme dans la culture pop, et les faire revenir relèverait presque de la mission impossible. Sans parler des absences de Catherine O’Hara, morte en janvier 2026 à 71 ans, et de John Heard, disparu en 2017. Le film de 1990 n’était pas juste porté par un enfant-star ; il reposait sur une famille, un rythme, une époque, une manière de faire comédie familiale qui n’a plus grand-chose à voir avec les standards actuels. À l’époque, le long métrage de studio pouvait encore être une petite usine à gags physiques et à chaos domestique. Aujourd’hui, il lui faut aussi justifier son existence face à un public qui a déjà tout vu, tout commenté, tout recyclé. Pas simple, hein.
Chris Columbus, lui, a déjà sorti le parapluie de la sagesse : en 2025, interrogé par Entertainment Tonight, il expliquait en substance qu’il valait mieux laisser intact ce moment précis de cinéma. Et il n’a pas tort. Le premier Maman, j’ai raté l’avion appartient à cette catégorie rare de films qui ont capturé un âge d’or très précis du box-office familial, avant que la logique des franchises ne transforme chaque succès en univers étendu à rentabiliser jusqu’à l’os. Le vrai enjeu n’est donc pas de savoir si Disney peut le faire, mais si Disney doit le faire sans tirer une balle dans le pied de son propre mythe.
Kevin contre Kevin, ou l’autoportrait en chausse-trappe
Ce qui rend ce projet potentiellement intéressant, c’est son sous-texte méta. Macaulay Culkin n’est plus seulement l’enfant prodige de 1990 ; il est devenu une figure de la mémoire collective, un visage qui renvoie immédiatement à l’époque où la comédie familiale de Noël pouvait encore dominer la saison sans se faire écraser par les mastodontes de la franchise super-héroïque. Le voir rejouer Kevin McCallister, mais en adulte, ce serait presque filmer un acteur face à son propre fantôme. Et Hollywood adore ça : les retours, les boucles, les miroirs, les secondes chances vendues comme des événements. La machine à fantasmes tourne à plein régime, et on sait très bien comment ça finit d’habitude.
Mais il y a une vraie possibilité de cinéma, là-dedans, si le projet accepte de ne pas se contenter du clin d’œil. Un Kevin devenu père, obligé de réparer ce qu’il a lui-même abîmé, ça peut donner autre chose qu’un simple reboot déguisé. Ça peut parler de transmission, de culpabilité, de la manière dont les mythes d’enfance se déforment quand on les regarde depuis l’âge adulte. Bref, de quoi faire un film qui ait un peu de chair, au lieu d’un énième produit de catalogue. Encore faut-il que Disney accepte de faire un film, pas juste un événement de plateforme mentale pour quadragénaires nostalgiques.
Alors oui, on peut déjà imaginer les débats, les mèmes, les cris de joie et les haussements d’épaules. Mais au fond, la vraie question est plus simple : veut-on revoir Kevin McCallister, ou seulement retrouver le sentiment qu’on avait à 10 ans devant une maison pleine de pièges ? Parce que le cinéma, lui, n’a pas signé pour servir de machine à remonter le temps à la demande. Et parfois, laisser une porte fermée, c’est encore la meilleure façon de garder la maison debout.
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




