
La transition vers la mobilité électrique s’accélère à travers l’Europe, et la France joue un rôle déterminant dans cette révolution verte. Alors que l’Union européenne s’est fixé l’objectif ambitieux d’interdire la vente de nouvelles voitures à moteur thermique d’ici 2035, le développement d’infrastructures de recharge adéquates devient un enjeu crucial. Dans ce contexte, les fabricants français de bornes de recharge électrique émergent comme des acteurs clés, contribuant significativement à l’expansion du réseau européen de recharge.
L’Hexagone a franchi une étape importante en mai 2023 en dépassant le cap des 100 000 bornes de recharge publiques installées sur son territoire. Aujourd’hui, avec plus de 154 694 points de recharge accessibles au public (chiffres de décembre 2024), la France se positionne parmi les trois pays européens les mieux équipés, aux côtés de l’Allemagne et des Pays-Bas. Cette dynamique positive témoigne de l’engagement des acteurs français dans la construction d’un avenir plus durable pour la mobilité.
Le marché français des bornes de recharge connaît une croissance exponentielle. Évalué à environ 500 millions d’euros en 2022, il pourrait atteindre 3 milliards d’euros d’ici 2027, avec un taux de croissance annuel composé (CAGR) impressionnant de 35%. Cette expansion rapide s’explique par plusieurs facteurs convergents.
La France a connu une augmentation significative de son parc de bornes de recharge, avec une progression de 31% sur les 12 derniers mois. Cette dynamique s’inscrit dans le cadre du plan “100 000 bornes” lancé en 2020 par les ministères des Transports et de la Transition Écologique, un objectif désormais largement dépassé.
Les 154 694 points de recharge publics sont répartis sur 48 247 stations à travers le territoire national. Toutefois, cette répartition reste inégale, avec une forte concentration en Île-de-France, tandis que des régions comme la Bretagne, le Centre Val-de-Loire, la Bourgogne Franche-Comté et les territoires d’Outre-Mer accusent un certain retard.
La moitié des points de recharge en France présente une puissance comprise entre 7,4 et 22 kW (AC triphasé), comparable à une borne de recharge domestique. Les bornes rapides (entre 50 et 150 kW en courant continu) et ultra-rapides (plus de 150 kW) représentent quant à elles 15% du parc de points de recharge.
Cette diversité de l’offre répond aux différents besoins des utilisateurs, qu’il s’agisse de recharge quotidienne ou de recharge d’appoint lors de longs trajets. Les fabricants français ont su développer des gammes complètes adaptées à ces différents usages.
| Type de borne | Puissance | Temps de recharge moyen | Usage principal | Part dans le parc français |
|---|---|---|---|---|
| Normale (AC) | 3,7 à 7,4 kW | 4 à 8 heures | Domicile, travail, stationnement longue durée | 35% |
| Accélérée (AC triphasé) | 11 à 22 kW | 1 à 3 heures | Centres commerciaux, parkings publics | 50% |
| Rapide (DC) | 50 à 150 kW | 20 à 40 minutes | Stations-service, aires d’autoroute | 12% |
| Ultra-rapide (DC) | > 150 kW | < 20 minutes | Grands axes routiers, hubs de mobilité | 3% |
La France peut s’enorgueillir d’abriter plusieurs leaders européens dans la conception et la fabrication de bornes de recharge. Ces entreprises contribuent activement à l’indépendance technologique de l’Europe dans ce secteur stratégique.
Parmi les acteurs majeurs du secteur, on retrouve des groupes industriels français de renommée internationale :
Schneider Electric figure parmi les leaders mondiaux des équipements électriques et propose une gamme complète de solutions de recharge pour véhicules électriques. L’entreprise se distingue par la qualité et la fiabilité de ses produits, ainsi que par son engagement en faveur du développement durable.
Legrand, groupe industriel français implanté historiquement dans le Limousin, dispose aujourd’hui de plus de 140 sites répartis dans 90 pays. Ses bornes de recharge sont reconnues pour leur performance, leur sécurité et leur fiabilité. L’entreprise met également l’accent sur le respect de l’environnement, privilégiant les circuits courts et l’emploi local.
DBT, basé dans les Hauts-de-France, est un pionnier et spécialiste de la recharge rapide et ultra-rapide. Historiquement spécialisé dans les transformateurs industriels, le groupe a étendu son expertise à la recharge des véhicules électriques. En 2022, DBT a enregistré des prises de commandes record de 15 millions d’euros et a fourni près de 10% des 40 000 points de charges installés en France cette année-là.
À côté de ces acteurs établis, de nombreuses start-ups françaises se distinguent par leur capacité d’innovation :
Electra, réseau européen de recharge rapide pour véhicules électriques, a réalisé une levée de fonds impressionnante de 304 millions d’euros en janvier 2024, intégralement en capital. Ce montant record dans le secteur de la recharge lui permettra d’accélérer le déploiement de son réseau à l’échelle européenne. Au total, Electra a levé près de 600 millions d’euros de capital en 3 ans pour devenir l’un des premiers réseaux de recharge au niveau européen.
e-totem investit massivement dans la recherche, le développement et la fabrication de bornes de recharge depuis 2012. L’entreprise conçoit et fabrique des bornes en courant alternatif (3 à 22 kW) et des bornes de charge rapides (50 à 100 kW DC). Ses produits sont fabriqués dans deux usines en France : à Saint-Bonnet-le-Château (42) près de Saint-Étienne pour la plupart, et à La Rochelle pour certains modèles. Cette fabrication “Made in France” constitue un atout important pour les collectivités et les entreprises ayant un fort engagement RSE.
La fabrication française de bornes de recharge représente un atout stratégique pour l’Europe dans sa quête d’autonomie technologique et industrielle.
Dans un contexte géopolitique incertain, marqué par des tensions commerciales et des perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales, la production locale de composants essentiels à la transition énergétique prend une importance particulière. Le fabricant de borne de recharge électrique contribue à réduire la dépendance de l’Europe vis-à-vis des importations, notamment asiatiques.
Cette souveraineté industrielle permet également de mieux contrôler la qualité des produits et d’assurer leur conformité aux normes européennes les plus strictes. Les entreprises françaises maîtrisent l’ensemble de la chaîne de production, de la conception des cartes électroniques à l’assemblage final, en passant par la fabrication des tôleries.
Le développement de cette filière industrielle génère des emplois qualifiés sur le territoire national et contribue à la vitalité économique des régions où sont implantées les usines. À titre d’exemple, e-totem fait appel à des fournisseurs situés à proximité de son site de production principal, créant ainsi un écosystème industriel local dynamique.
Cette approche de production locale s’inscrit également dans une démarche de responsabilité sociale et environnementale, en limitant l’empreinte carbone liée au transport des composants et des produits finis.
La France occupe une place de choix dans le paysage européen des infrastructures de recharge pour véhicules électriques, tant par le nombre de bornes déployées que par l’expertise de ses fabricants.
Avec 119 255 bornes de recharge publiques fin 2023, la France se classe au troisième rang européen, derrière les Pays-Bas (144 453) et l’Allemagne (120 625). Ces trois pays concentrent à eux seuls 61% des infrastructures de recharge de l’Union européenne, sur seulement 20% de sa superficie.
Cette concentration géographique reflète l’avance prise par certains pays dans la transition vers la mobilité électrique, mais souligne également les disparités qui persistent au sein de l’Europe. Les pays du sud et de l’est du continent accusent un retard significatif, avec des infrastructures moins développées.
L’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA) note une corrélation significative entre la disponibilité de bornes de recharge publiques et les ventes de véhicules électriques à batterie. Des pays comme l’Allemagne, les Pays-Bas, la France et la Belgique, qui se classent parmi les cinq premiers en termes de nombre de chargeurs, affichent également certaines des plus grandes parts de marché pour les véhicules électriques.
En France, la part des véhicules électriques dans les ventes de voitures neuves atteignait 16,8% en 2023, un chiffre en progression constante malgré une légère baisse des ventes (-2,6%) avec 290 614 unités immatriculées en 2024.
Malgré leur position favorable, les fabricants français de bornes de recharge font face à plusieurs défis majeurs, qui constituent également des opportunités de développement.
Pour soutenir la transition vers la mobilité électrique, la Commission européenne demande 3,5 millions de points de recharge d’ici 2030. Les projections de l’ACEA estiment même nécessaire le déploiement de 8,8 millions de bornes à cet horizon, ce qui impliquerait l’installation de 1,4 million de chargeurs par an, soit 22 438 par semaine !
En France, l’objectif est de dépasser les 200 000 bornes en zone urbaine et dans les territoires en 2025, pour atteindre environ 500 000 bornes déployées à l’horizon 2030. Ce rythme soutenu représente à la fois un défi industriel et une opportunité commerciale considérable pour les fabricants français.
Les exploitants de stations de recharge doivent améliorer la rentabilité de leurs installations malgré des coûts d’infrastructure élevés et une demande fluctuante. L’intelligence artificielle offre des opportunités pour réduire l’indisponibilité des bornes et accroître leur fréquentation, une évolution indispensable dans un contexte concurrentiel qui se durcit.
Le parc de bornes publiques devrait plus que doubler en France d’ici 2030 pour dépasser 400 000 unités, au risque d’entraîner une offre surabondante et de retarder le retour sur investissement des acteurs. Dans ce contexte, les gestionnaires doivent se démarquer en améliorant significativement l’expérience utilisateur. Les clients, en particulier ceux qui dépendent des bornes publiques, exigent des services fiables, rapides et conviviaux.
L’intégration des énergies renouvelables dans l’alimentation des bornes de recharge constitue un autre défi majeur. Les fabricants français développent des solutions innovantes pour optimiser l’approvisionnement en électricité des infrastructures et se protéger de la volatilité des prix de l’énergie.
Les technologies de recharge intelligente et de véhicule-réseau, comme le V2G (Vehicle-To-Grid), représentent également un axe de développement prometteur. Cette solution exploite les batteries des véhicules électriques ou hybrides rechargeables comme réservoirs pour stocker l’électricité ou la réinjecter dans le réseau électrique, permettant ainsi de réduire les coûts, stabiliser le réseau et maximiser l’intégration des énergies renouvelables.
L’avenir s’annonce prometteur pour les fabricants français de bornes de recharge électrique, à condition qu’ils sachent saisir les opportunités qui se présentent et relever les défis du secteur.
Le marché des bornes de recharge entre dans une phase de consolidation inéluctable. Les leaders cherchent à gagner la bataille de la recharge rapide en centre-ville, tandis que les start-ups changent d’échelle grâce à d’importantes levées de fonds.
Cette consolidation s’accompagne d’une internationalisation croissante des acteurs français, qui étendent leur présence à l’échelle européenne et mondiale. Cette expansion leur permet de bénéficier d’économies d’échelle et d’accéder à de nouveaux marchés en forte croissance.
Face à une concurrence de plus en plus intense, l’innovation technologique constitue un levier essentiel de différenciation pour les fabricants français. Les investissements dans la recherche et développement se concentrent notamment sur :
– L’amélioration de la vitesse de charge, avec le développement de bornes ultra-rapides capables de recharger un véhicule en quelques minutes
– L’intégration de fonctionnalités intelligentes, comme la gestion dynamique de la charge en fonction de la demande du réseau
– Le développement de solutions de paiement simplifié, pour une expérience utilisateur optimale
– La conception de bornes plus compactes et esthétiques, s’intégrant harmonieusement dans le paysage urbain
Ces innovations permettent aux fabricants français de maintenir leur avance technologique et de proposer des produits à forte valeur ajoutée sur un marché de plus en plus concurrentiel.
Le développement rapide des infrastructures de recharge en France et en Europe s’appuie sur un cadre réglementaire favorable et des mécanismes de soutien public efficaces.
Au niveau européen, le pacte vert constitue une étape décisive, offrant une orientation claire à l’industrie automobile et établissant une trajectoire pour la décarbonation de l’économie européenne. Deux réglementations traitent spécifiquement de la question de la recharge : l’AFIR pour la recharge publique et l’EPBD (directive sur la performance énergétique des bâtiments) dont une partie concerne le déploiement d’infrastructures de recharge dans les copropriétés.
En France, la loi Transition Énergétique pour la Croissance Verte (LTECV) a fixé des objectifs ambitieux de 7 millions de points de charge privés et publics à l’horizon 2030. Le cadre réglementaire s’est également renforcé avec l’adoption de la Directive 2014/94/UE du Parlement européen sur le déploiement d’une infrastructure pour carburants alternatifs.
Plusieurs dispositifs de soutien financier ont été mis en place pour accélérer le déploiement des infrastructures de recharge :
Le Programme Advenir finance l’installation de bornes de recharge dans différents contextes (résidentiel collectif, entreprises, collectivités). Il a joué un rôle déterminant dans l’atteinte de l’objectif des 100 000 bornes publiques.
Le plan France Relance comprend également un volet dédié au développement des infrastructures de recharge, avec des subventions spécifiques pour l’équipement des autoroutes et des zones rurales.
Ces mécanismes de soutien bénéficient indirectement aux fabricants français en stimulant la demande pour leurs produits et en favorisant l’émergence d’un marché domestique dynamique.
Le développement massif des infrastructures de recharge pour véhicules électriques soulève des questions quant à son impact sur le réseau électrique et aux adaptations nécessaires pour absorber cette nouvelle demande.
D’ici à 2030, le nombre de véhicules électriques circulant sur les routes de l’Union européenne devrait croître significativement. Cette augmentation du parc automobile électrique entraînera une hausse de la consommation d’électricité, estimée à environ 4% de l’approvisionnement annuel en électricité de l’UE.
Cette nouvelle demande pose des défis pour le réseau de distribution, notamment en termes de capacité et de gestion des pics de consommation. Les gestionnaires de réseau doivent anticiper ces évolutions et adapter leurs infrastructures en conséquence.
Pour relever ces défis, les fabricants français de bornes de recharge électrique développent des solutions de recharge intelligente, capables de moduler la puissance en fonction de l’état du réseau et de privilégier les périodes de faible demande ou de forte production d’énergies renouvelables.
Le développement des technologies V2G (Vehicle-to-Grid) offre également des opportunités sur le marché de la flexibilité énergétique. En permettant aux véhicules électriques de réinjecter de l’électricité dans le réseau lors des pics de demande, ces technologies transforment le parc automobile électrique en une gigantesque batterie distribuée, contribuant à la stabilité du réseau.
Ces innovations, portées notamment par les acteurs français du secteur, illustrent la convergence croissante entre mobilité électrique et transition énergétique, deux piliers de la décarbonation de nos économies.
Les fabricants français de bornes de recharge électrique occupent une position stratégique dans l’écosystème européen de la mobilité électrique. Leur expertise technologique, leur capacité d’innovation et leur ancrage territorial en font des acteurs incontournables de la transition énergétique.
Face aux objectifs ambitieux de déploiement d’infrastructures de recharge à l’horizon 2030, ces entreprises disposent d’un potentiel de croissance considérable, tant sur le marché domestique qu’à l’international. Leur contribution sera déterminante pour permettre à l’Europe d’atteindre ses objectifs climatiques et de réussir sa transition vers une mobilité plus durable.
Les défis restent nombreux, notamment en termes de rentabilité des infrastructures, d’amélioration de l’expérience utilisateur et d’intégration au réseau électrique. Mais les solutions innovantes développées par les acteurs français, soutenues par des politiques publiques ambitieuses, laissent entrevoir un avenir prometteur pour cette filière industrielle d’excellence.
Dans cette course à l’électrification des transports, la France peut s’appuyer sur ses champions nationaux pour consolider sa position parmi les leaders européens et contribuer activement à la construction d’un réseau de recharge dense, fiable et accessible à tous les citoyens européens.
Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.