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    Nrmagazine » Le Diable s’habille en Prada 2 : Miranda perd son trône, Emily prend le défilé, et franchement, on ne s’y attendait pas du tout
    Blog Entertainment 28 avril 20269 Minutes de Lecture

    Le Diable s’habille en Prada 2 : Miranda perd son trône, Emily prend le défilé, et franchement, on ne s’y attendait pas du tout

    Vingt ans. C'est le temps qu'il a fallu à Aline Brosh McKenna pour trouver la bonne suite et la bonne trahison. Le Diable s'habille en Prada 2, en salles en France ce 29 avril 2026, ne joue pas la carte de la nostalgie facile. Il retourne le rapport de force d'origine, met Miranda Priestly à genoux devant son ancien bourreau reconverti en patronne du luxe mondial, et transforme la comédie de mode des années 2000 en satire acide sur l'effondrement de la presse papier. Que du bonheur.
    Le Diable s'habille en Prada 2
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    Gird Your Loins, Miranda

    Pour rappel, le premier Le Diable s’habille en Prada (David Frankel, 2006, budget de production : 35 millions de dollars, box-office mondial : 326,5 millions de dollars) était une comédie de graduation déguisée en film de mode. Anne Hathaway y jouait Andy Sachs, jeune journaliste idéaliste dévorée tout cru par une rédactrice en chef monstrueuse, mythique, incarnée par une Meryl Streep au sommet de sa maîtrise du genre. On en sortait à la fois épuisé, habillé et vaguement coupable d’avoir trouvé Miranda Priestly aussi séduisante dans son sadisme. La formule était simple, efficace, et résumait en 1h49 tout ce que le monde du travail féminin des années 2000 avait d’inhumain et de franchement glamour à la fois.

    Sauf que vingt ans ont passé. Dans ces vingt ans, Condé Nast a restructuré plusieurs fois, Vogue a licencié à tours de bras, et la presse mode papier a pris le même virage que les disquettes ZIP : elle existe encore, mais plus personne n’ose vraiment y croire. C’est là que Frankel replante son décor, un choix qui d’emblée change tout. Runway est en difficulté. Miranda a besoin d’argent. Et la seule personne qui peut sauver le magazine s’appelle Emily Charlton.

    À lire aussi : Oscar de la meilleure actrice : 97 ans d’émotions, de records et de scandales, et Meryl Streep qui gagne encore

    La Revanche est un Plat qui se Porte en Dior

    C’est le cœur battant du film, son péché originel renversé : Emily Charlton, l’assistante snob, mesquine, obsessionnelle et délicieusement haïssable du premier opus, est devenue haute cadre chez Christian Dior. Elle contrôle les budgets publicitaires dont Runway a désespérément besoin. Elle porte du Jonathan Anderson de la tête aux pieds. Et elle déteste toujours autant Miranda Priestly. Puck avait révélé en exclusivité les premiers détails scénaristiques : « Emily Charlton conspire avec son petit ami milliardaire, inspiré en partie de Jeff Bezos, paraît-il, pour racheter Runway purement et simplement. » On a rarement vu une revanche aussi bien habillée.

    Le retournement est savamment orchestré par Emily Blunt, qui réinvente ici un personnage qu’on pensait condamné à n’être qu’une caricature. Dans le premier film, Emily était la gardienne zélée du temple Miranda, l’ardente servante qui repoussait les impudents à la porte. Ici, c’est Miranda qui gratte à la porte d’Emily. La scène n’a pas besoin d’être expliquée pour être jouissive : il suffit d’avoir vu les deux films pour sentir les vingt ans de rancœur accumulés dans chaque échange de regards entre Streep et Blunt. Ce n’est plus une comédie de bureau. C’est une partie d’échecs en manteaux Dior.

    Andy Sachs, de son côté, revient à Runway comme features editor pour couvrir un scandale interne, un prétexte narratif que le scénario assume avec une désinvolture bienvenue. The Hollywood Reporter décrit le film comme « une satire des médias mordante enveloppée dans la haute couture. Tout journaliste qui le verra aura un frisson de reconnaissance. » Ce n’est pas un compliment anodin. C’est presque une mise en garde.

    Runway contre le Mur

    Le vrai sujet du film, celui qu’on n’attendait pas dans la suite d’une comédie feelgood, c’est l’agonie du magazine papier. Runway coule. Les annonceurs fuient. Les clics ne paient pas les couvertures glacées. Et Miranda Priestly, trois décennies de règne absolu sur le monde de la mode, se retrouve dans la position du dinosaure qui regarde l’astéroïde approcher sans vouloir bouger. Meryl Streep elle-même l’a dit lors du press tour américain : l’avenir des médias est « incertain », et le film aborde une question « urgente ». Pour quelqu’un qui murmure plus qu’il ne parle dans ses interviews, c’est l’équivalent d’un coup de gueule.

    Variety a donné le ton dans ses premières réactions à la première new-yorkaise du 20 avril 2026 : « Gird your loins, the devil is back in all her glory! [Préparez-vous, le diable est de retour dans toute sa splendeur !] Le scénario d’Aline Brosh McKenna est acéré et plein d’esprit. » Maxwell Losgar pour Cosmopolitan conclut sobrement : « This was more than worth the twenty-year wait [Ça valait largement les vingt ans d’attente]. » Seul Salon tire dans l’autre sens, estimant que le film « ressemble plus à un produit qu’à un film » (attention euphémisme). On voudra bien noter que cette critique a probablement été rédigée dans un bureau qui n’a jamais vu l’intérieur d’un défilé.

    Ce qui est remarquable, c’est que la métaphore économique du film fonctionne pour de vrai, pas comme gadget thématique, mais comme moteur dramatique. Le rapport de force entre Miranda et Emily ne tient pas seulement à une vieille rancœur personnelle : il est structurel, économique, générationnel. La vieille garde dépend de la nouvelle. Et la nouvelle le sait.

    150 Millions pour du Papier Glacé

    Disney et 20th Century Studios ont visiblement compris que cette franchise avait dormi vingt ans et qu’il fallait la réveiller avec fracas. Le budget de production estimé tourne autour de 150 millions de dollars, soit plus de quatre fois celui du premier film (35 millions en 2006). À titre de comparaison, le Barbie de Greta Gerwig a été produit pour environ 145 millions. On est dans le même registre : une comédie portée par des femmes, à laquelle les studios ont finalement consenti à mettre les moyens. La productrice Wendy Finerman l’a dit sans ménagements : « On a dû se battre pour notre budget sur le premier film. Greta [Gerwig] peut vous dire la même chose pour Barbie. Celui-là, chérie, ils ont sorti le chéquier. »

    Les projections de box-office avant sortie américaine (prévue le 1er mai 2026) oscillaient entre 66 et 95 millions de dollars d’ouverture domestique selon les cabinets de tracking, soit deux à trois fois l’opening du film original. Deadline tablait sur 66 millions en fourchette basse, Box Office Pro montait jusqu’à 95 millions en fourchette haute. Quelle que soit la vérité, c’est le plus gros pari féministe de l’été 2026 au box-office, et le seul coté en Dior.

    À lire aussi : Edge of Tomorrow 2 : Emily Blunt et Tom Cruise, la suite que personne n’osait faire

    Streep–Hathaway–Blunt : le Triptyque du Diable

    Ce qui sauve le film de la commémoration bêtasse, c’est la dynamique triangulaire : trois femmes, trois trajectoires, trois façons radicalement différentes d’avoir survécu à Miranda Priestly. Meryl Streep dans la vulnérabilité (une image nouvelle, presque inconfortable, et précisément pour ça précieuse), Anne Hathaway en ancienne traumatisée qui revient sur le lieu du crime avec vingt ans de thérapie derrière elle, et Emily Blunt, qui nous avait déjà soufflé dans Sicario et dans Oppenheimer, en grande méchante tardive enfin révélée à sa juste place au générique. Elle vole chaque scène qu’elle touche, et elle en est parfaitement consciente.

    Stanley Tucci, dans le rôle de Nigel, assure la continuité avec une classe désarmante. Kenneth Branagh joue le mari de Miranda (oui, Miranda a un mari, et oui, ça change quelque chose à sa mythologie). Justin Theroux est le boyfriend milliardaire d’Emily, version Bezos-en-mocassins. Pauline Chalamet est là (oui, la sœur de). B.J. Novak aussi. Simone Ashley, Lucy Liu, Conrad Ricamora. C’est un peu le who’s who de Hollywood 2026, et ça n’écrase pas le film. Presque. Le casting pléthorique a ses limites : certaines têtes passent si vite à l’écran qu’on pourrait les confondre avec des extras bien habillés.

    Côté bande-son, Lady Gaga et Doechii ont signé « Runway », un titre sorti le 10 avril 2026 qui fait exactement ce qu’on attend d’une chanson de générique : il ouvre les séances avec l’arrogance calme de quelqu’un qui sait exactement dans quelle pièce entrer. « Walk, I’m feeling fab / I’m feeling free, I feel exceptionally me. » Ce n’est pas de la poésie, mais c’est parfaitement taillé pour l’ouverture d’un film sur des femmes en guerre dans des vêtements hors de prix.

    Le Diable est dans les Détails (et Aussi dans le Dior)

    Ce qui rend ce deuxième opus plus intéressant qu’attendu, c’est la lecture méta qu’il offre malgré lui. Miranda Priestly face à l’extinction du papier, c’est Anna Wintour face au numérique. Emily Charlton chez Dior, c’est la génération qui a appris à ses dépens les règles du jeu et qui s’en sert maintenant pour les réécrire. Andy qui revient comme reporter ayant gardé sa conscience intacte, c’est le fantasme de tout journaliste qui n’a pas encore vendu son âme. Le film ne dit rien d’original sur l’industrie des médias, mais il le dit avec les bons costumes, les bons acteurs et la bonne ironie.

    La suite romanesque de Lauren Weisberger (Revenge Wears Prada, 2013) avait posé les bases d’un scénario possible ; Aline Brosh McKenna a choisi de s’en inspirer librement plutôt que de l’adapter à la lettre. C’était la bonne décision. Son retour, qui aurait selon plusieurs sources dont Variety constitué la condition sine qua non pour convaincre Meryl Streep de rempiler, garantit la cohérence stylistique avec le premier film. On reconnaît la même densité de dialogue, la même façon de faire dire aux vêtements ce que les personnages ne diront jamais à voix haute.

    Il reste un bémol, et Salon n’avait pas complètement tort : la machinerie marketing de Disney autour de ce film est tellement bien huilée, tellement omniprésente, qu’elle finit par coloniser la conversation avant même que le film n’existe dans les salles. Le teaser était une blague interne (« A sequel? For spring? Groundbreaking », reprise directe de la réplique culte d’Andy dans le premier film), le trailer final avait Lady Gaga, l’affiche est un tableau mode impeccable. Tout ça est trop parfait pour être tout à fait innocent. Mais bon : on est en salles aujourd’hui, et ce n’est pas l’attaché de presse qui décide si on sort les mouchoirs.

    Miranda Priestly a survécu à vingt ans de streaming, de TikTok et de mort annoncée du papier glacé. La question, maintenant, c’est de savoir si son empire papier survivra à Emily Charlton et à son petit ami milliardaire avec ses carnets de chèques. On n’a pas la réponse. Mais on a les talons pour rester jusqu’au générique.

    La bande-annonce officielle en français. « A sequel? For spring? Groundbreaking. » Traduction libre : oui, vous pouvez partir en pleurant.


    Le Diable s’habille en Prada 2 — réalisation : David Frankel — scénario : Aline Brosh McKenna — production : Wendy Finerman — studio : 20th Century Studios / Disney — avec : Meryl Streep, Anne Hathaway, Emily Blunt, Stanley Tucci, Kenneth Branagh, Justin Theroux, Lucy Liu, Simone Ashley, Pauline Chalamet, B.J. Novak — durée : non communiquée officiellement — sortie France : 29 avril 2026 — sortie US : 1er mai 2026 — budget estimé : 150 M$

     

    nrmagazine
    Vincent Bazire

    Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.

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