À Hollywood, il suffit parfois d’un premier lot de réactions pour relancer la machine à fantasmes. Avec Spider-Man: Brand New Day, Marvel et Sony tiennent peut-être leur nouveau fer de lance au box-office, et ça tombe bien : le public n’avait pas signé pour un énième brouillard multiversel.
Le film de Destin Daniel Cretton, qui reprend le flambeau après la trilogie de Jon Watts, arrive avec un petit parfum de remise à zéro sans table rase. On repart de la fin de Spider-Man: No Way Home, ce moment où Peter Parker a vu son identité effacée des mémoires de tous, y compris celles de Ned et MJ. Une idée simple, presque cruelle, qui a offert à la saga une vraie cassure dramatique au lieu de l’énième pirouette cosmique. Et sur le papier, c’est déjà plus excitant que la moitié des blockbusters qui empilent les portails, les variantes et les caméos comme d’autres alignent des boîtes de conserve. Le pari est limpide : redonner du poids à Peter Parker en le ramenant dans la rue, là où Spider-Man a toujours été le plus fort.
Ce qui remonte des premières projections critiques va d’ailleurs dans ce sens. Jeremy Mathai, de l’équipe de /Film, parle d’un vrai film, au sens presque provocateur du terme, et le place au sommet des aventures MCU de Spider-Man. Bill Bria, toujours chez /Film, insiste sur le fait que le long métrage ne cherche pas à renverser la table, mais qu’il gagne justement là-dessus : une continuité solide, sincère, émotionnelle. Sur les réseaux, Mike Ryan, Germain Lussier, Anthony Gagliardi ou encore Peter Howell convergent vers la même idée : Tom Holland livre sa meilleure incarnation de Peter Parker, Cretton signe un récit plus ancré, et l’ensemble respire enfin un peu moins la mécanique de franchise sous perfusion. Bon, il y a bien une voix plus réservée, celle de Kaitlyn Booth, qui pointe une structure parfois bancale et un effet de transition post-Endgame. Mais même là, pas de drame : on parle d’un film qui tangue, pas d’un naufrage. En gros, Brand New Day semble avoir compris qu’un Spider-Man convaincant n’a pas besoin de faire le tour du multivers pour mordre.
Retour au bitume, et tant pis pour les portails
Ce retour à une échelle plus humaine n’a rien d’anodin. Depuis l’explosion de la phase multiverselle, Marvel a souvent donné l’impression de courir après sa propre mythologie, comme si chaque opus devait justifier le précédent et préparer le suivant dans la même respiration essoufflée. Là, au contraire, les premières réactions saluent un récit plus resserré, plus émotionnel, presque plus classique dans sa grammaire. Et c’est précisément ce qui peut faire mouche : Spider-Man n’a jamais été aussi intéressant que lorsqu’il se cogne à des problèmes concrets, des loyers, des pertes, des choix moraux qui collent aux semelles. Pas besoin de faire péter l’Olympe pour raconter un garçon qui encaisse les dégâts. Le vrai luxe, ici, c’est la simplicité.

Tom Holland, lui, semble profiter de ce recentrage pour sortir de l’image du gamin propulsé dans une machine trop grande pour lui. Depuis Spider-Man: Homecoming en 2017, puis Far From Home en 2019 et No Way Home en 2021, son Peter Parker a grandi à coups de traumatismes, de pertes et de responsabilités. Si les réactions disent vrai, Brand New Day lui offre enfin un espace où jouer la fatigue, la tendresse, la colère et cette forme de solitude qui fait tout le sel du personnage. On n’est pas loin du parallèle biographique que le cinéma adore : un acteur devenu star mondiale en costume qui tente, film après film, de redevenir un interprète de chair et de nerfs. Et quand ça marche, ça change tout. Le masque, ici, ne cache plus Holland : il le révèle.
Le Cretton de la toile
Destin Daniel Cretton n’est pas un inconnu pour les studios qui aiment les récits de transmission et les héros cabossés. Avec Shang-Chi and the Legend of the Ten Rings en 2021, il avait déjà montré qu’il savait injecter de la chaleur dans une machine industrielle sans la faire dérailler. Les premières réactions de Spider-Man: Brand New Day semblent confirmer ce tropisme : action lisible, production design soigné, sincérité assumée, et une mise en scène qui ne se contente pas d’aligner les figures imposées. Ça peut paraître banal, mais dans le paysage actuel des franchises, faire un film qui tient debout, qui a une tonalité, une respiration, presque une âme, c’est déjà un petit exploit. Oui, on en est là. Et franchement, ça fait du bien.
Reste la question qui fâche à moitié : ce Spider-Man-là peut-il vraiment devenir le grand film que tout le monde annonce déjà à demi-mot ? Les réactions enthousiastes ont souvent ce petit goût de sucre d’avance, surtout quand les studios ont besoin d’un carton pour remettre la machine en marche. Mais il y a une différence entre le discours promotionnel et ce qui remonte ici : plusieurs critiques évoquent un film sincère, émotionnel, parfois dense au point de frôler l’excès, mais jamais cynique. Ce n’est pas rien. Dans une époque où tant de blockbusters se contentent d’être des produits de circulation, un film qui ose encore paraître habité, ça attire l’attention. Si Brand New Day tient ses promesses, Marvel ne signe pas seulement un retour, il se rappelle à quel point Spider-Man peut encore être son personnage le plus vivant.
Sortie en salles annoncée pour le 31 juillet 2026. D’ici là, on peut toujours faire semblant de rester prudents. Mais entre nous, quand autant de monde s’accorde à dire qu’un Spider-Man est enfin redevenu un film et pas juste une étape de plus, il y a de quoi tendre l’oreille. Après tout, la toile, c’est aussi fait pour attraper les bonnes surprises.
Bande-annonce VF de Spider-Man : Brand New Day
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




