HBO ne laisse pas Pennywise dormir tranquille dans les égouts : It: Welcome to Derry repart pour une saison 2, et le clown de Stephen King va encore faire de la ville un vrai coupe-gorge. Après une première saison pensée comme une préquelle, la série confirme qu’elle n’était pas juste un petit bonus de luxe autour du diptyque de films de Andy Muschietti.

Pour situer le bazar : It de Stephen King paraît en 1986, devient un monstre de la pop culture, puis alimente deux longs métrages signés Andy Muschietti, It en 2017 et It Chapter Two en 2019. Le premier a encaissé plus de 700 millions de dollars dans le monde pour un budget de production d’environ 35 millions, ce qui, dans le langage des studios, s’appelle une poule aux œufs d’or. Le second a aussi très bien tourné au box-office, même si l’enthousiasme critique a été plus tiède. Avec It: Welcome to Derry, HBO a donc récupéré la machine à fantasmes et l’a étirée sur le petit écran, avec Bill Skarsgård de retour dans le costume de Pennywise, Andy Muschietti, Barbara Muschietti et Jason Fuchs à la manœuvre, et Brad Kane en showrunner. Bref, on n’est pas sur un bricolage de fan, mais sur une extension industrielle très assumée, calibrée pour faire durer la terreur et le rendement.

Et maintenant, la série passe la seconde : la saison 2 est officiellement lancée, avec un saut en 1935, en pleine Grande Dépression, pour replonger dans les violences de Derry et dans le massacre du Bradley Gang.

Le clown, le cambriolage et la vieille Amérique qui saigne

Le choix de 1935 n’a rien d’un caprice décoratif. On est en pleine Amérique des braquages, des routes poussiéreuses, des mythologies de gangsters et d’une violence sociale qui déborde de partout. Dans ce cadre, le Bradley Gang, groupe de braqueurs de banque, devient un point d’entrée idéal pour faire cohabiter le fait divers, l’horreur cosmique et la mémoire d’une ville qui pourrit de l’intérieur. Chez Stephen King, Derry n’est jamais juste un décor : c’est un organisme malade, une bouche qui avale les enfants, les secrets et les lâchetés collectives. HBO a bien compris le truc, et ça, au moins, c’est propre.

La série promet donc de continuer à explorer les cycles de Pennywise, cette idée très kingienne d’un mal ancien qui ne disparaît jamais, il se contente de se planquer en attendant son heure. Le personnage n’est pas seulement un monstre de cirque, c’est aussi une horloge démoniaque qui revient tous les 27 ans, comme une mauvaise habitude que la ville n’arrive pas à casser. Et puis il y a cette idée, déjà amorcée en saison 1, que le temps dans Welcome to Derry n’est pas une ligne droite mais un terrain de jeu tordu. Autrement dit : la série ne raconte pas seulement l’origine d’un clown, elle démonte la mécanique d’une malédiction qui traverse les générations.

Les Muschietti au volant, le Kingverse au rétroviseur

Andy Muschietti connaît son affaire. Son It de 2017 avait déjà prouvé qu’il savait tenir l’équilibre entre le spectacle grand public et la sale petite fièvre du roman. Avec Welcome to Derry, il ne s’agit plus de condenser la peur en deux films, mais de l’étaler, de la faire suinter, de la faire redescendre dans les couches profondes de l’histoire américaine. C’est là que la série devient plus intéressante qu’un simple préquel de franchise : elle a la possibilité d’aller chercher des zones du livre que le cinéma avait laissées de côté, d’ouvrir des tiroirs, de remonter des fantômes, de faire parler les parents avant les enfants. Pas bête.

La source évoque aussi un plan de long terme avec au moins trois saisons envisagées à un moment donné, même si ce cap a pu bouger entre-temps. Ce qui compte, c’est la logique : HBO ne construit pas une mini-série, mais un univers étendu qui veut tenir la distance, avec ses époques, ses visages, ses massacres et ses retours de flamme. On est en plein dans cette époque où les studios et les plateformes préfèrent passer le flambeau à des récits sériels plutôt que de tout miser sur un seul film événement. Le calcul est limpide : étirer la peur, fidéliser le public, rentabiliser le mythe. Le clown, ici, n’est pas seulement un monstre : c’est un modèle économique avec du maquillage.

Le vrai frisson, c’est le hors-champ

Pour l’instant, aucun calendrier de diffusion n’a été annoncé pour cette saison 2, et le nouveau casting reste encore dans le brouillard. Mais ce flou fait presque partie du plaisir : Welcome to Derry joue précisément sur ce qu’on ne voit pas encore, sur les strates de mémoire, sur les visages qui reviennent et sur les générations qui se croisent sans le savoir. Si la saison 1 a servi d’installation, la suite peut enfin entrer dans le dur, là où la série cesse d’être un simple appendice des films pour devenir sa propre bête.

Et puis, soyons honnêtes : voir Pennywise sortir encore une fois de sa nappe phréatique narrative, ça a quelque chose de rassurant dans sa perversité. On sait à peu près ce qu’on vient chercher, mais la série a encore de quoi nous surprendre en allant fouiller plus loin dans les entrailles de Derry. Le vrai luxe, ici, ce n’est pas le sang : c’est le temps qu’on prend pour le faire remonter à la surface.

Part.
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