Avant de devenir un petit carrefour du DCU, Sweet Girl a surtout servi de terrain de jeu à Jason Momoa, Isabela Merced et Adria Arjona, bien avant que les capes, les casques et les rumeurs ne viennent tout repeindre en bleu et rouge. Le film de Brian Andrew Mendoza, sorti en 2021 sur Netflix, n’a pas laissé une trace indélébile dans l’histoire du cinéma d’action, mais il a ce charme très particulier des œuvres qui, rétrospectivement, prennent une autre couleur : sur le moment, on le regarde comme un thriller de vengeance un peu cabossé ; cinq ans plus tard, on y voit presque une photo de famille avant la grande migration vers les franchises.

Pour situer le décor, Jason Momoa sortait alors de sa période Aquaman dans l’ancien DCEU, Isabela Merced n’avait pas encore enfilé le costume de Hawkgirl dans Superman, et Adria Arjona n’était pas encore associée au prochain Man of Tomorrow. Le long métrage, lui, repose sur un ressort classique à la corde raide : un mari, une fille, une maladie, une multinationale pharmaceutique, puis la vengeance qui déborde. Pas besoin d’un doctorat pour sentir le parfum du déjà-vu. Mais le vrai intérêt, ici, c’est moins le scénario que l’étrange collision entre un récit de colère très terre-à-terre et un casting qui, avec le recul, ressemble à un brouillon du futur DCU. Le film n’a pas gagné sa bataille critique, mais il a gagné une petite place dans la géographie des passerelles hollywoodiennes.

Et c’est là que Sweet Girl devient plus intéressant que sa réputation ne le laisse croire : un thriller de plateforme qui, sans le vouloir, documente la manière dont les studios recyclent leurs têtes d’affiche avant de les rebrancher sur une machine à fantasmes plus rentable.

Le coup de poing avant le costume

En apparence, Sweet Girl coche toutes les cases du revenge movie de service. Ray Cooper, joué par Momoa, n’a ni super-pouvoirs ni royaume sous-marin à défendre ; juste des poings, un sens de la survie et une rage qui cherche une cible. Sa femme Amanda, incarnée par Adria Arjona, tombe malade. Le traitement qui pourrait la sauver disparaît du marché. Après le drame, le père et la fille, interprétée par Isabela Merced, se lancent dans une vendetta contre BioPrime, avant que le récit ne glisse vers une conspiration plus vaste. Sur le papier, ça sent le film d’exploitation musclé, le genre de série B qui veut faire croire qu’elle a du cœur sous les côtes.

Sauf que le film, d’après l’accueil critique de l’époque, se prend les pieds dans son propre dispositif. Son twist a été jugé trop appuyé, son écriture trop mécanique, son émotion trop fabriquée. Sur Rotten Tomatoes, Sweet Girl affiche 24 % d’avis favorables côté critiques, sur 59 évaluations. Ce n’est pas exactement la standing ovation, on va pas se mentir. Et pourtant, il y a quelque chose d’assez révélateur dans cette réception : Hollywood adore les récits de vengeance quand ils sont emballés comme des produits de consommation, mais il pardonne rarement à un film de plateforme de vouloir jouer la carte du drame sérieux sans avoir l’ossature pour tenir la route. Le problème n’est pas l’idée ; c’est la manière dont elle se cogne au mur.

Le trio avant la grande parade

Autre valeur du film : son casting, qui prend aujourd’hui une saveur presque méta. Isabela Merced, désormais Hawkgirl dans le nouvel échafaudage DC, y joue la fille de Momoa. Adria Arjona, annoncée sur la trajectoire de Man of Tomorrow, y incarne sa compagne. On a donc, dans un même thriller Netflix de 2021, deux futures figures du DCU réunies autour de l’acteur qui a longtemps porté Aquaman sur ses épaules. Le hasard fait parfois bien les choses, mais Hollywood adore surtout les coïncidences qui peuvent se relire après coup comme des indices. C’est sa petite drogue dure à lui.

Affiche de Sweet Girl
Affiche de Sweet Girl

Le film est réalisé par Brian Andrew Mendoza, proche de Momoa depuis des années. Les deux hommes ont cofondé la société On The Roam en 2018, et Mendoza avait déjà filmé l’acteur dans Canvas of My Life en 2016, puis travaillé sur Chief of War. Autrement dit, on n’est pas dans la rencontre opportuniste entre un star system et un artisan de passage, mais dans une collaboration de longue haleine, presque familiale. Ce lien explique sans doute pourquoi Sweet Girl cherche à faire cohabiter brutalité physique et mélodrame intime. Il y a là une volonté de fabriquer un film de genre avec des sentiments à l’ancienne, comme si le cinéma d’action pouvait encore se payer le luxe d’avoir les yeux humides entre deux coups de genou. Le souci, c’est qu’à force de vouloir tout faire tenir, le film finit par ressembler à un meuble Ikea monté sans la notice.

Netflix, la poule aux œufs d’or et les seconds couteaux de luxe

Ce qui rend Sweet Girl intéressant, au fond, c’est aussi sa place dans l’écosystème Netflix. En 2021, la plateforme avale des tonnes de films originaux, souvent calibrés pour exister une semaine dans l’algorithme avant de disparaître dans le grand brouillard du catalogue. Le modèle repose sur une logique simple : attirer des stars, promettre du genre, livrer vite. Le budget de production n’est pas toujours le sujet central ; la circulation, elle, l’est beaucoup plus. Dans ce contexte, un thriller avec Jason Momoa, Adria Arjona et Isabela Merced avait tout pour fonctionner comme produit d’appel, même si le film n’a pas transformé l’essai critique.

Mais voilà : cinq ans plus tard, le long métrage se retrouve relu à travers la carrière de ses interprètes. Ce n’est plus seulement un film de vengeance contre une entreprise pharmaceutique ; c’est aussi une archive involontaire du moment où trois trajectoires se croisent avant de filer vers le blockbuster et l’univers partagé. On tient là une petite mécanique hollywoodienne très propre sur elle : le film moyen d’aujourd’hui devient le préambule chic du mastodonte de demain. Le cinéma de plateforme adore ça : il ne construit pas toujours des monuments, mais il fabrique des ponts.

Reste qu’on peut aussi regarder Sweet Girl comme un objet symptomatique d’une époque où l’action se veut plus grave, plus sociale, plus ancrée dans le réel, sans toujours trouver le ton juste. Le film veut parler de deuil, de corruption, de rage légitime, tout en distribuant des mandales et des poursuites. Il y a une ambition sincère derrière le vernis, et c’est précisément ce qui le rend plus intéressant qu’un simple mauvais élève. Pas un chef-d’œuvre caché, non. Plutôt un caillou dans la chaussure du récit industriel, un film qui se souvient qu’un thriller peut encore sentir la sueur, la colère et la tristesse. Pas mal pour un opus que beaucoup ont rangé trop vite dans la case des produits Netflix à consommer puis oublier.

Et puis, soyons francs : revoir Momoa, Merced et Arjona dans le même cadre avant leurs retrouvailles au sein du DCU, ça donne à Sweet Girl un petit parfum de photo jaunie qu’on ressort du tiroir. On ne la brandit pas comme un trophée, on la regarde en coin, avec un sourire en biais. Parfois, les films les plus bancals sont aussi les meilleurs témoins d’un Hollywood qui prépare déjà le coup d’après.

Bande-annonce VF de Sweet Girl

Part.
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