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    Nrmagazine » George MacKay : pêche, voyage temporel et rêve de Bond en mode méchant
    Blog Entertainment 20 juin 20267 Minutes de Lecture

    George MacKay : pêche, voyage temporel et rêve de Bond en mode méchant

    Avec Rose of Nevada, l’acteur embarque Callum Turner dans un drôle de trip, et rêve surtout de mourir vite chez 007
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    George MacKay a trouvé le plan de carrière le plus honnête de sa génération : un film de voyage temporel, un apprentissage de la pêche et, surtout, l’envie très saine de se faire exploser en beauté dans un Bond. Le genre de programme qui dit beaucoup sur l’état du cinéma britannique actuel : un pied dans l’artisanat, l’autre dans le fantasme de franchise, et la tête déjà tournée vers le prochain casse-couilles de l’Olympe hollywoodien.

    Pour rappel, George MacKay n’est pas un petit nouveau qu’on découvre entre deux festivals de province. Révélé enfant dans Peter Pan (2003), puis installé comme valeur solide avec Captain Fantastic (2016), 1917 (2019) ou The Beast (2023), il a construit une carrière à contre-courant des têtes d’affiche formatées. Callum Turner, lui, a pris sa place dans la machine à fantasme via Fantastic Beasts, Masters of the Air et une filmographie qui flirte volontiers avec le prestige et le grand public. Les deux se retrouvent dans Rose of Nevada, long-métrage britannique de science-fiction signé Mark Jenkin, cinéaste de l’âpreté, du grain et des corps fatigués, loin des vernis numériques qui font la loi sur les gros budgets. Le film, présenté comme un récit de voyage temporel, s’inscrit dans une économie de production plus modeste que les mastodontes de studio : pas de budget pharaonique annoncé, pas de campagne marketing à neuf chiffres, mais une promesse de cinéma qui préfère la texture au clinquant. Et franchement, ça fait du bien.

    Le vrai sujet, ici, ce n’est pas seulement le film : c’est la manière dont MacKay parle de son métier comme d’un sport de contact, entre apprentissage concret, désir de risque et fantasme de franchise.

    À la ligne, pas à la ligne d’arrivée

    Dans l’entretien relayé par Variety, George MacKay revient sur l’expérience du tournage de Rose of Nevada comme sur une affaire de gestes, de patience et de petites humiliations utiles. Apprendre à pêcher avec Callum Turner n’a rien d’un détail décoratif : chez Jenkin, le rapport au réel compte autant que le concept. On n’est pas dans le voyage temporel de salle de réunion, avec ses explications en trois tableaux et ses paradoxes de powerpoint. On est dans un cinéma qui veut sentir le sel, le vent, la fatigue – bref, un cinéma qui accepte de se salir les mains.

    Cette dimension physique dit beaucoup de MacKay. Il a toujours eu ce profil d’acteur qui préfère l’engagement au verbiage, le corps au discours, le trouble au prestige. Dans 1917, il avançait comme un fantôme lancé dans l’Histoire ; dans The Beast, il se frottait à une matière plus abstraite, presque mentale. Ici, le geste de pêche devient presque une métaphore de sa méthode : attendre, guetter, tirer au bon moment. Pas de grand numéro. Pas de pose. Juste une précision d’horloger, ou de braconnier élégant. MacKay joue les rôles comme on remonte un filet : avec patience, avec méthode, et avec l’idée qu’un faux mouvement peut tout foutre en l’air.

    Bond, baby : le méchant a toujours la meilleure table

    Sauf que le morceau le plus savoureux de l’entretien, c’est évidemment sa confession sur James Bond. MacKay dit préférer jouer un méchant plutôt que 007 lui-même, et on comprend pourquoi. Dans la logique de la franchise, le héros porte la charge, la continuité, le costume trop bien repassé. Le méchant, lui, a les meilleures répliques, les meilleurs plans, les meilleures morts. Il a le luxe du feu d’artifice avant la chute. Il a le droit de faire peur, de séduire, de mordre. En gros : il a le meilleur dîner, puis il se prend la balle.

    Variety rapporte que l’acteur a résumé l’idée avec une franchise délicieuse : « You get the best scenes and then get killed! » Voilà. Tout est là. Le cynisme du système, le plaisir du second rôle bien écrit, et cette vérité que les fans de Bond connaissent depuis toujours : les antagonistes sont souvent les vrais rois du bal. Le héros sauve le monde ; le méchant, lui, laisse une trace. Et dans une saga qui a toujours fonctionné comme une poule aux œufs d’or britannique, le vilain est souvent le seul à avoir un peu de style. Le reste, c’est du service après-vente.

    Rose de néon, rose de charbon

    Autre valeur : Rose of Nevada arrive dans un moment où le cinéma britannique indépendant doit sans cesse négocier avec la domination des franchises et la raréfaction des paris moyens. Les films de genre à budget contenu, portés par des acteurs identifiables mais pas encore satellisés par le MCU, deviennent presque des objets politiques. Ils rappellent qu’on peut encore faire exister une star sans la transformer en logo. Mark Jenkin, avec son approche rugueuse, s’inscrit dans cette lignée de cinéastes qui préfèrent la friction à la fluidité. Pas de table rase numérique. Pas de polissage. Du frottement, du grain, de la matière. Du cinéma qui gratte.

    Le casting MacKay-Turner joue alors comme un joli contrepoids : deux visages très photogéniques, mais utilisés ici contre leur propre image. L’un comme l’autre ont ce potentiel de premier plan, ce petit air de garçons trop bien éclairés pour la boue. Et pourtant, le film semble précisément vouloir les ramener à une forme de vulnérabilité primitive. C’est là que ça devient intéressant. Le voyage temporel n’est plus un gadget narratif ; il devient un test de résistance. Qui tient ? Qui dérive ? Qui accepte de se perdre ? Le cinéma de Jenkin pose la question sans faire le malin.

    Ce que raconte MacKay, au fond, c’est moins son envie de Bond que son refus d’être réduit à une case : il veut le risque, le relief, le sale boulot, pas juste la lumière du générique.

    Le fantôme de 007, toujours en embuscade

    Dans la plus pure tradition hollywoodienne, Bond reste cette machine à fantasmes qui aspire les ambitions des acteurs comme un trou noir chic. On peut faire tout le cinéma du monde, finir dans des films d’auteur, des drames historiques, des récits sensoriels ; la question revient toujours, un peu comme une vieille dette : et Bond, alors ? MacKay n’échappe pas à la mécanique. Mais sa réponse a le mérite d’être plus maligne que la moyenne. Il ne rêve pas du trône, il veut la meilleure sortie. C’est plus drôle, plus lucide, et franchement plus rock’n’roll.

    Et puis il y a cette petite ironie de fond : jouer le méchant de Bond, c’est peut-être le seul moyen d’entrer dans la franchise sans se faire avaler tout entier. On prend les scènes, on prend le panache, on prend la mort spectaculaire. Puis rideau. Pas de décennies à porter la montre, la voiture, la formule, le poids du mythe. Pas de prison dorée. Juste un bon rôle, un bon costume, et une disparition bien sentie. Le rêve ultime du second couteau ? Peut-être bien.

    Au fond, George MacKay semble avoir compris la règle d’or du cinéma de franchise : mieux vaut briller cinq minutes en méchant que vingt ans en statue de cire. Et si un jour il finit dans un Bond, on sait déjà ce qu’on espère. Pas le smoking. Pas l’Aston Martin. La chute, évidemment. La belle, la sale, la définitive. Celle qui laisse le public sourire en coin. Et qui, accessoirement, rapporte toujours plus de classe qu’un salut au soleil.

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    Vincent Bazire

    Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.

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