
Plonger dans un master recherche, c’est accepter de ne jamais cesser de questionner ce que l’on apprend. Les cours deviennent vite des terrains d’expérimentation, où l’initiative compte autant que la méthodologie. Que se passe-t-il une fois lancé sur cette piste exigeante ?

On ne s’inscrit pas en master recherche comme on entrerait dans une salle de sport sur un coup de tête. L’ambiance, tout de suite, n’a rien de lisse ni de purement académique : devant, l’horizon s’ouvre. Mais il faut aussi aimer marcher sans toujours voir le prochain panneau indicateur. Encore aujourd’hui, je repense à ces couloirs d’université, parfois silencieux, parfois agités de discussions qui vrillent sur des sujets pointus : archéologie, histoire de l’art, géographie, ou même littérature. Cet air de début de parcours, où le mot « spécialisation » fait peur, excite, lance des défis.
Françoise, rencontrée un matin à la bibliothèque, referme son épais volume sur la communication politique : « Ici, on attend qu’on prenne des risques, pas qu’on récite. » Le master recherche a cette réputation d’atelier où on forge la curiosité, où la matière première, c’est l’esprit critique. On y croise des profils déjà marqués par une licence exigeante – la sélection peut être féroce, d’ailleurs, cette transition entre la L3 et le M1 se rit des bulletins moyens. Rien n’est automatique ici : chaque note, chaque commentaire de prof compte comme une pièce dans le puzzle du dossier.
L’idée reçue persiste : le master recherche ne servirait qu’à fabriquer des chercheurs en laboratoire ou des futurs professeurs d’université. C’est partiellement vrai, mais la diversité des débouchés surprend. On finit biologiste, ingénieur agronome, sociologue parfois – d’autres filent vers l’étranger, le privé, ou le public comme le CNRS. Les langues, l’environnement, la musique… Tous les horizons sont possibles. C’est trop vaste pour rentrer dans une case.
Plus d’un s’imagine, à tort, que tout se joue dès la première année, que la couleuvre des choix à avaler s’enroule tout de suite autour du cou. En réalité, l’entrée dans la vraie recherche, celle qui fait suer sur les articles et les mémoires, arrive parfois seulement en M2, après un tronc commun où l’on s’approprie enfin ses outils, ses méthodes, ses obsessions.
Ce que peu de gens voient, ce sont les heures à scruter le vide, les conversations nocturnes devant la cafétéria, les doutes partagés quand un sujet de mémoire déraille. J’ai croisé Céline, une future géographe. « J’avais peur d’être perchée avec mes cartes et mes hypothèses, mais on apprend surtout à ne pas se perdre dans les détails. Le master, c’est l’art fréquent de rater, de raturer, de recommencer. »
Là où ça devient intéressant, c’est quand arrive la question des portes de sortie. On croit souvent que le doctorat est le seul chemin royal après ces deux ans. Mais une partie de la promo quitte le navire juste après le M2, parfois frustrée, parfois simplement pressée de travailler. D’autres, subitement amoureux du doute, s’engagent dans la thèse, ce fameux Bac +8 qui impressionne plus sur le papier que dans la vraie vie…
Le vrai piège, c’est de croire que tout est tracé après le master recherche. Ni stage obligatoire, ni embauche automatique… Ceux qui s’en sortent sont souvent ceux qui acceptent d’affiner leur projet en route, d’élargir : tester, sortir des chemins balisés, fouiner sur la rubrique fiches métiers, examiner les secteurs, s’ouvrir sur l’international. Parfois, une hésitation devant un métier, un passage sur des séries incontournables ou un éclair à la fraise suffisent à se réconcilier avec l’incertitude.
On le sent tout de suite : il n’y a pas de master recherche type. Certains s’enflamment pour la cinématographie, d’autres se passionnent pour la data, quand d’autres encore s’interrogent sur l’usage des images et la vie privée sur les sites. La mosaïque de parcours, c’est ça, aussi, la richesse — et l’angoisse – du master recherche.
Sur une étagère, quelques mémoires qui prennent la poussière. Mais dans la tête, la conviction étrange que rien n’est jamais fini. Un master recherche, c’est peut-être apprendre à ne jamais cesser de chercher – surtout quand on croit avoir trouvé.
Forte d’une expérience de plus de 20 ans en journalisme citoyen, je m’engage à explorer et à transmettre les enjeux liés à l’emploi et à l’économie avec rigueur et passion, pour informer et mobiliser les citoyens.