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    Nrmagazine » [Critique] Sous ses yeux (Netflix) : The Witness, la douleur d’un père
    Blog Entertainment 31 mai 20267 Minutes de Lecture

    [Critique] Sous ses yeux (Netflix) : The Witness, la douleur d’un père

    Netflix dépose le 4 juin 2026 l'une des mini-séries britanniques les plus intenses de l'année, trois épisodes sur l'assassinat de Rachel Nickell en 1992, racontés du seul point de vue qui compte vraiment : celui du père et du fils qui ont survécu.
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    Le 15 juillet 1992, Rachel Nickell est poignardée 49 fois sur Wimbledon Common, en plein jour, devant son fils de deux ans, Alexander. Le gamin s’appelle Alex. Il sera retrouvé accroché au corps ensanglanté de sa mère, répétant en boucle : « Wake up, Mummy. » Ce détail, on le sait depuis des décennies, il a saturé les journaux britanniques, il a nourri des documentaires, des livres, une série (Deceit, Channel 4, 2021), ce détail-là ne perd pas un gramme de son poids. Et c’est précisément pour ça que Rob Williams, le scénariste à qui Netflix a confié l’affaire, a eu la bonne idée de ne surtout pas en faire le cœur de sa série.

    Sous ses yeux, titre français de The Witness, trois épisodes disponibles le 4 juin 2026, ne s’intéresse pas au meurtre. Il s’intéresse à ce qui reste une fois que le meurtre est commis.

    Deux Hanscombe valent mieux qu’une

    L’angle choisi par Rob Williams, créateur de la série, connu pour ses travaux sur Killing Eve, est presque radical dans le paysage actuel du true crime : pas de salle d’interrogatoire comme axe central, pas de reconstruction des dernières heures de la victime, pas de profiler génial qui finit en héros. André Hanscombe (Jordan Bolger) devient père célibataire du jour au lendemain à 28 ans, avec un enfant traumatisé de 2 ans sur les bras et une meute de journalistes aux trousses. C’est ça, le film. Le reste, l’enquête bâclée, le piège à con monté contre Colin Stagg, le vrai tueur qui se balade en liberté, tout ça tourne autour de ces deux-là comme un bruit de fond menaçant.

    Jordan Bolger porte le rôle avec une retenue qui aurait pu virer au manque, mais qui s’avère être exactement le bon choix. André ne s’effondre pas, ou du moins, il ne s’effondre qu’à l’abri des regards. Max Fincham, qui joue Alex adolescent, assure la continuité d’un personnage dont on ne connaît qu’une image : un enfant qui n’a pas de mots pour dire ce qu’il a vu.

    L’opération Piège à con (ou presque)

    Parce que la série n’évite pas les faits, on se retrouve à traverser l’une des séquences les plus aberrantes de l’histoire judiciaire britannique. L’inspecteur Keith Pedder (Neil Maskell, impeccable comme toujours) s’accroche à Colin Stagg, un chômeur du coin qui promène son chien sur Wimbledon Common. Pas de preuve ADN, pas de témoin. Alors le Metropolitan Police monte l’opération Edzell : une policière en civil séduit Stagg pendant cinq mois, lui soutire des fantasmes censés le faire « s’auto-incriminer », et finit par lui susurrer « If only you had done the Wimbledon Common murder, if only you had killed her, it would be all right. » Sa réponse ? « I’m terribly sorry, but I haven’t. »

    Stagg est quand même arrêté et jugé. L’affaire s’effondre à l’Old Bailey en septembre 1994 quand le juge Ognall parle de « conduite trompeuse de la pire espèce ». Pendant ce temps, le vrai meurtrier, Robert Napper, paranoïaque schizophrène déjà fiché pour une série de viols, continue de vivre sa vie. Il ne sera confondu et condamné (pour homicide involontaire, motif : responsabilité atténuée) qu’en décembre 2008, soit seize ans après les faits. Seize ans. Deux victimes supplémentaires entre-temps, Samantha Bisset et sa fille de quatre ans, Jazmine, tuées en 1993.

    La commission indépendante sur les plaintes contre la police conclura en 2010 à un « catalogue de mauvaises décisions et d’erreurs » qui auraient pu être évitées, notamment si le Metropolitan Police avait daigné écouter la mère de Napper, qui avait pourtant signalé son fils. Pedder, lui, continue pendant des années à clamer la culpabilité de Stagg sur des documentaires ITV. On donne ça à Maskell à jouer, et on comprend pourquoi la série lui a confié le rôle.

    Un true crime qui ne se prend pas pour un true crime

    Ce qui distingue The Witness du flux habituel de mini-séries judiciaires qui encombrent Netflix depuis Making a Murderer, c’est que le dossier pénal n’est jamais le propos. Il est le décor. La vraie matière, Williams l’a puisée dans deux sources de première main : le livre The Last Thursday in July d’André Hanscombe (1996) et le mémoire d’Alex, Letting Go : a true story of murder, loss and survival (2017), les deux hommes ont participé à la production de la série. Ce détail change tout. On ne regarde pas une reconstitution. On regarde deux personnes qui ont, à un moment donné, décidé qu’il était temps de raconter leur histoire eux-mêmes, sans passer par le filtre de la presse ou des experts en criminologie à micro.

    En 1996, André prend son fils et s’exile en France pour fuir la presse britannique. C’est ça que la série a à raconter, cette fuite, cette tentative de construire une vie normale après l’inimaginable. Pas de spectacularisation, pas de twist révélateur en fin d’épisode. Juste la chronique d’une survie.

    Deux pour le prix d’un (le documentaire offert avec)

    Le 4 juin 2026, Netflix dépose simultanément The Murder of Rachel Nickell, un documentaire de la réalisatrice Lucy Bowden, qui aborde les mêmes événements par le biais d’archives et d’inédits. L’initiative est honnête : la fiction d’un côté, les faits bruts de l’autre, le spectateur fait le montage dans sa tête. C’est aussi une façon élégante d’éviter le reproche classique fait aux dramas fondés sur des faits réels, celui de romancer, d’embellir, de mettre de la musique là où il ne devrait y avoir que du silence.

    La distribution qui fait le boulot

    Le casting d’ensemble mérite une mention. Kerry Godliman (After Life) en June, Neil Maskell dans sa grande période de rôles-limite, Kerry Godliman qui trouve une fois de plus le registre exactement entre la fragilité et la résistance tranquille. La série produite par STV Studios pour Netflix UK s’est offert neuf semaines de tournage à partir de septembre 2024. Pour trois épisodes, c’est un investissement en temps qui se ressent dans la texture visuelle, pas la série Netflix fatiguée aux éclairages bleutés systématiques.

    Rob Williams signe là une écriture plus resserrée, plus intime que ce que permettait l’espace d’une série longue. Chaque épisode avance sans rembourrage, sans la digression explicative ad nauseam qu’on est en droit de redouter quand Netflix colle « Inspiré de faits réels » dans le générique.

    Verdict

    Sous ses yeux est une de ces séries qui auraient eu toutes les raisons d’être ratées, le sujet écrasant, le risque de voyeurisme, le piège du true crime spectaculaire, et qui s’en sortent précisément parce qu’elles refusent d’être ce qu’on attendait d’elles. Trois épisodes, un père, un fils, une enquête qui part en vrille, et au bout : pas de catharsis propre ni de justice satisfaisante, parce que seize ans de vie perdue pour Colin Stagg et deux victimes supplémentaires, ça ne se résout pas en fondu au noir.

    André Hanscombe a mis 25 ans à écrire son histoire. Netflix la diffuse en 180 minutes. On espère que les deux formats font à peu près le même travail.


    Sous ses yeux (titre original : The Witness), disponible sur Netflix le 4 juin 2026. 3 épisodes. Créé par Rob Williams. Avec Jordan Bolger, Max Fincham, Neil Maskell, Kerry Godliman. Production : STV Studios. Pays d’origine : Royaume-Uni.

    Vincent
    Vincent

    Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.

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