Trois ans. Trois années d’attente, d’espoir, de silence radio. Depuis avril 2022 et la sortie des Secrets de Dumbledore, les fans scrutent le moindre indice, la moindre déclaration qui pourrait ranimer la flamme. Mais la réalité frappe comme un sortilège impardonnable : Animaux Fantastiques 4 n’existera probablement jamais. Cette saga qui devait compter cinq films s’arrête brutalement à trois épisodes, laissant derrière elle un goût d’inachevé et des millions de spectateurs orphelins d’un univers qu’ils ont appris à aimer malgré ses failles.
Ce qu’il faut retenir
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Eddie Redmayne a confirmé en octobre 2024 qu’on avait « probablement vu Newt pour la dernière fois » -
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Le réalisateur David Yates a déclaré fin 2023 que tout était « au point mort » -
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Le troisième film n’a rapporté que 405 millions de dollars, soit moitié moins que le premier volet -
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Warner Bros mise désormais tout sur la série HBO Harry Potter prévue pour 2027
L’aveu déchirant d’Eddie Redmayne
Octobre 2024. Eddie Redmayne brise le silence lors d’une interview qui restera gravée dans les mémoires. Quand on lui demande si les fans reverront Norbert Dragonneau, sa réponse tombe comme un couperet : « Je pense qu’ils ont probablement vu Newt pour la dernière fois. C’est une réponse très franche, mais oui. »
L’acteur britannique, Oscar pour Une merveilleuse histoire du temps, semble résigné. Il précise qu’il faudrait s’adresser à Warner Bros et à J.K. Rowling, mais que selon ses informations, c’est terminé. Cette déclaration fait l’effet d’une bombe dans la communauté. Redmayne, qui incarnait avec tant de justesse ce magizoologiste introverti et attachant, tire lui-même le rideau sur son personnage.
Une façon élégante de dire adieu à un univers qu’il ne revisite apparemment plus que dans les parcs Universal Studios de Floride. Là-bas, au moins, Norbert Dragonneau continue d’exister, figé dans une attraction pour touristes nostalgiques.
Quand David Yates confirme l’impensable
Si les mots d’Eddie Redmayne ont fait mal, ceux du réalisateur David Yates achèvent définitivement les espoirs. Fin 2023, lors d’un entretien avec Total Film, il lâche sans détour : « Tout est au point mort aujourd’hui ». Le cinéaste, qui avait orchestré les quatre derniers films Harry Potter avant de prendre les rênes des Animaux Fantastiques, explique que personne ne s’attendait à ce que J.K. Rowling annonce cinq films d’un coup.
« On était en train de montrer un premier jet des Animaux Fantastiques 1, et J a pris la parole et a lancé ‘oh et d’ailleurs, il y en aura 5’. On s’est tous regardés, interloqués, parce que personne n’avait jamais entendu parler d’un projet de 5 films », raconte-t-il. La fatigue est palpable dans ses propos. Il évoque les difficultés du tournage du troisième volet en pleine pandémie, les protocoles sanitaires drastiques, l’épuisement de toute l’équipe. « Nous avions tous besoin de faire une pause », confie-t-il.
Cette pause qui devait être temporaire semble désormais définitive. Trois ans plus tard, aucun projet concret n’a émergé des studios Warner Bros.
Le naufrage financier qui a tout changé
Derrière les déclarations diplomatiques se cache une réalité économique implacable. Les Animaux Fantastiques ont connu une chute libre au box-office qui a refroidi les ardeurs de Warner Bros.
Le premier film, sorti en 2016, avait rapporté 814 millions de dollars dans le monde. Un succès honorable qui justifiait la suite. Mais Les Crimes de Grindelwald n’a généré que 654 millions en 2018. Le troisième volet s’est carrément effondré à 405 millions de dollars en 2022, réalisant le pire démarrage de la franchise aux États-Unis.
Cette dégringolade ne ment pas. Quand un studio voit les recettes divisées par deux en l’espace de six ans, les calculs sont vite faits. Avec un budget de 200 millions de dollars hors frais marketing pour le troisième film, l’équation financière devient même problématique.
La série HBO, fossoyeuse des Animaux Fantastiques
Pendant que les fans espéraient encore un miracle, Warner Bros préparait déjà sa stratégie de reconquête. L’annonce en avril 2023 d’une série télévisée Harry Potter pour HBO a sonné le glas définitif des ambitions cinématographiques autour de Norbert Dragonneau.
Pourquoi investir des centaines de millions dans une franchise en perte de vitesse quand on peut revenir aux sources avec le vrai Harry Potter ? Cette série, dont le tournage a débuté en juillet 2025 dans les studios Warner Bros de Leavesden, mobilise toutes les énergies créatives et financières du studio.
Avec un casting entièrement renouvelé — Dominic McLaughlin incarnera Harry, Arabella Stanton Hermione et Alastair Stout Ron — Warner Bros mise sur une adaptation plus fidèle aux livres de J.K. Rowling, étalée sur dix saisons jusqu’en 2037.
« Je pense que maintenant qu’ils font d’Harry Potter une série télévisée, ils vont probablement y consacrer toute leur énergie », résume avec justesse Jude Law, l’interprète de Dumbledore dans la saga des Animaux Fantastiques. Le message est clair : il n’y a de la place que pour un seul projet magique dans les priorités de Warner.
Les blessures encore béantes d’une saga inachevée
C’est bien là que le bât blesse pour les millions de spectateurs qui s’étaient attachés à Norbert, Jacob, Tina et toute la galerie de personnages. Les Secrets de Dumbledore se terminait sur un cliffhanger évident, avec Grindelwald en fuite et Dumbledore enfin libre de l’affronter directement.
L’affrontement final entre les deux anciens amants était promis, attendu, mérité après trois films de montée en tension. Cette frustration narrative touche particulièrement les fans qui avaient appris à apprécier la singularité de cette saga.
Moins spectaculaire qu’Harry Potter, plus introspective, Les Animaux Fantastiques proposait un autre rapport à la magie. Norbert Dragonneau n’était pas un héros traditionnel : maladroit socialement, passionné par ses créatures, profondément humain dans ses failles. Eddie Redmayne avait réussi à créer un personnage attachant, loin des codes du héros tout-puissant.
Les créatures elles-mêmes, véritables stars de la franchise, ne reverront jamais la lumière des projecteurs. Ces Niffleurs, ces Bowtruckles, ces Thestrals magnifiquement animés qui faisaient la richesse visuelle des films resteront dans leurs valises, figés dans un univers qui ne s’ouvrira plus.
J.K. Rowling, l’architecte d’un empire qui s’effrite
Au cœur de cette débâcle, une question lancinante : où est J.K. Rowling ? L’autrice, qui avait écrit elle-même les scénarios des trois films, semble avoir tourné la page. Occupée par la supervision de la série HBO Harry Potter en tant que productrice exécutive, elle n’a donné aucun signe public concernant l’avenir des Animaux Fantastiques.
Cette discrétion contraste avec l’enthousiasme qu’elle avait montré en 2016, quand elle évoquait une saga de cinq films pour explorer soixante-dix ans d’histoire magique. Rowling, qui maîtrise pourtant son univers mieux que quiconque, semble avoir accepté que certaines histoires restent inachevées.
Ses prises de position controversées sur les questions de genre ont également terni son image publique ces dernières années, créant une distance avec une partie de sa fanbase. Un élément supplémentaire dans l’équation complexe de l’abandon du projet.
Warner Bros face à ses responsabilités
Le studio n’est pas exempt de reproches dans cet échec cuisant. Warner Bros avait annoncé cinq films sans avoir de vision claire de l’arc narratif global. David Yates le reconnaît lui-même : « La plupart d’entre nous étaient surpris quand nous avons entendu qu’il y aurait cinq films ».
Cette précipitation s’est payée cash. Les deux derniers films souffrent d’une construction narrative bancale, d’une surcharge de personnages et d’intrigues secondaires qui diluent l’impact émotionnel. Le public l’a ressenti et sanctionné par son absence dans les salles.
Le remplacement controversé de Johnny Depp par Mads Mikkelsen dans le rôle de Grindelwald, bien que justifié par les polémiques entourant l’acteur américain, a perturbé la cohérence de la saga. Un changement de casting majeur au milieu d’une trilogie reste toujours un pari risqué.
Les déboires judiciaires d’Ezra Miller, l’interprète de Croyance Barebone, ont enfoncé le clou. Agressions, cambriolages, corruption de mineur : la franchise accumulait les scandales comme d’autres accumulent les récompenses.
L’héritage paradoxal d’une saga avortée
Malgré son arrêt prématuré, Les Animaux Fantastiques laisse derrière elle un héritage complexe. La saga aura permis d’explorer l’Amérique magique des années 1920, un territoire encore vierge dans l’univers de Rowling. Elle aura donné vie à des créatures fantastiques d’une beauté saisissante, repoussant les limites des effets spéciaux au cinéma.
Eddie Redmayne restera comme l’un des interprètes les plus justes d’un personnage de l’univers étendu Harry Potter. Son Norbert Dragonneau, avec sa gestuelle particulière et son amour sincère pour les créatures, a marqué une génération de spectateurs.
Les parcs Universal conserveront cette mémoire vivante. En Floride, les visiteurs peuvent encore croiser la route de Norbert dans l’attraction dédiée, dernière trace tangible d’un univers qui ne s’étendra plus.
Que reste-t-il de la magie ?
Pour Warner Bros, l’avenir se conjugue désormais exclusivement au présent d’Harry Potter. La série HBO représente un investissement colossal — plusieurs milliards de dollars selon les estimations — qui mobilisera le studio pendant plus d’une décennie. Difficile d’imaginer qu’il reste de la place pour d’autres projets dans cet univers.
Le changement de stratégie est radical : exit les spin-offs et les extensions hasardeuses, retour aux fondamentaux avec l’histoire originale d’Harry Potter décortiquée saison après saison. Une approche plus prudente, moins ambitieuse peut-être, mais probablement plus rentable.
Les fans des Animaux Fantastiques devront se contenter des trois films existants et de leurs propres imaginations pour combler les blancs narratifs. Une frustration durable pour une communauté qui avait appris à aimer cette saga imparfaite mais sincère.
Les Animaux Fantastiques 4 restera comme le film fantôme de l’univers Harry Potter, celui qui aurait pu être mais qui ne sera jamais. Dans les archives de Warner Bros dorment peut-être des notes, des ébauches, des idées pour cette suite qui ne verra jamais le jour. Un testament inachevé d’une saga qui aura marqué son époque avant de s’éteindre prématurément, laissant derrière elle plus de questions que de réponses.
