La saison 3 de Lioness adore les faux-semblants, mais elle vient surtout de faire un truc bien plus vicieux : retourner la table deux fois de suite, au point de transformer une opération de sauvetage en piège à retardement. On croyait tenir le coupable, puis le vrai, puis un autre encore. À ce rythme, la série de Taylor Sheridan ne joue plus seulement avec nos nerfs, elle les passe à la moulinette.
Diffusée sur Paramount+, Lioness s’est installée comme l’un des fers de lance du petit empire Sheridan, avec sa mécanique habituelle : renseignement, guerre sale, loyautés poreuses, patriotes fatigués et diplomatie en mode couteau entre les dents. La saison 3, lancée en 2026, a encore musclé la formule en plaçant Joe McNamara, incarnée par Zoe Saldaña, au centre d’un engrenage où chaque allié peut devenir un problème, chaque piste un leurre, chaque mission un retour de bâton. Et comme la série a gagné en audience par rapport à la saison précédente, selon Variety, on comprend pourquoi Paramount+ la serre contre elle comme une poule aux œufs d’or. On ne lâche pas un tel machin quand il commence à faire tourner les compteurs.
Le vrai sujet, pourtant, n’est pas seulement l’identité du coupable : c’est la façon dont Lioness fabrique de la paranoïa comme d’autres fabriquent des cliffhangers.
Le faux Russe, le faux méchant, la fausse sortie
Au départ, la série nous fait croire à une vengeance russe. Classique, efficace, presque trop propre. Puis elle dégaine Babat, opératif iranien joué par Kamyar Jahan, comme si elle voulait nous dire : « Vous voyez, vous étiez à côté de la plaque. » Sauf que Babat ne tient pas longtemps debout. Joe le descend d’une balle dans la tête, et le supposé grand méchant s’effondre en cinq minutes chrono. Voilà le genre de pirouette qui sent la diversion à plein nez. Sheridan adore ces fausses pistes, mais ici, il pousse le vice plus loin : le premier twist n’était qu’un rideau de fumée.
La série bascule alors vers une hypothèse autrement plus sale. Selon les éléments exposés dans l’épisode 7, l’architecte probable de l’enlèvement de Joe serait Oleksandra Balakin, agent de la FISU interprétée par Elizaveta Neretin. Et là, on change de braquet. Parce qu’Oleksandra n’est pas une inconnue surgie du néant : elle a déjà approché Joe et son équipe en saison 3, fourni des renseignements sur un membre des services spéciaux russes, puis aidé la CIA à nettoyer plusieurs dossiers compromettants. En clair, elle avait l’air utile, presque fiable. C’est précisément ce genre de personnage qui fait les meilleurs traîtres.
La taupe en costume de bonne foi
Le plus malin, dans cette révélation, c’est qu’elle ne sort pas d’un chapeau. La série a semé ses cailloux depuis le début : comportement fuyant, zones d’ombre, opportunisme diplomatique, et cette impression tenace qu’Oleksandra jouait sur deux tableaux. Même lorsque Kyle et l’équipe l’avaient passée au crible, elle semblait blanchie. Mais voilà, Lioness aime les dossiers qui se rouvrent quand on pensait les avoir classés. Le coup de grâce vient d’une conversation entre Kaitlyn Meade et son mari Errol, qui a mené une analyse financière et stratégique pour déterminer qui avait les moyens et le mobile de faire disparaître un officier de la CIA sur le sol américain. Leur conclusion pointe vers l’Ukraine. Pas très rassurant, surtout quand la personne la plus proche du dossier est justement une agente ukrainienne.
On touche ici à ce que Sheridan fait de mieux quand il ne se contente pas de faire du bruit : il met en scène la contamination des institutions. La CIA n’est pas seulement infiltrée par des ennemis extérieurs, elle se laisse aussi manipuler par ses propres alliés, ses partenaires, ses zones grises. Le danger n’est pas l’ennemi déclaré, c’est l’ami stratégique qui vous sourit en vous plantant un couteau dans le dos. Et franchement, ça a plus de tenue dramatique qu’un simple méchant de service.
Joe revient, et ça sent la poudre
Le retour de Joe aurait dû fonctionner comme une respiration. Au lieu de ça, il agit comme un détonateur. Elle rentre enfin chez elle, après une semaine de cauchemar, retrouve la lisière de sa maison, puis ordonne à Bobby de continuer à rouler. Pas de retrouvailles larmoyantes, pas de pause, pas de paix. Elle veut comprendre, puis tuer. Voilà une sortie de route qui en dit long sur l’état psychologique du personnage : Joe n’est plus seulement une opératrice, elle devient une machine de représailles. Et dans une série aussi obsédée par le prix humain des opérations clandestines, ce genre de bascule n’a rien d’anodin.
Le problème, c’est que cette colère peut très vite se retourner contre elle. Le final de saison, prévu pour le 20 septembre 2026, arrive avec une menace très simple : Joe survivra-t-elle à sa propre vengeance ? Paramount+ n’a pas encore confirmé de saison 4, même si la série continue de bien performer sur la plateforme. Et dans l’écosystème Sheridan, on sait comment ça marche : quand un projet garde son rendement et que son créateur commence à regarder ailleurs, la tentation de boucler les choses avant la fuite en avant devient forte. Taylor Sheridan doit quitter Paramount pour NBCUniversal en 2029, ce qui donne à Lioness une drôle d’odeur de compte à rebours. On n’est peut-être pas face à une simple fin de saison, mais à une possible fin de règne.
Alors oui, Joe a survécu à son enlèvement. Mais dans Lioness, survivre n’a jamais voulu dire sortir vivant du champ de bataille. Et quand la série commence à aligner les doubles fonds avec une telle gourmandise, on se dit qu’elle prépare sans doute un dernier coup de massue. Le genre de final qui ne referme pas une porte, mais en claque trois au passage. Charmant, non ?
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




