Husky Kihal n’était pas une tête d’affiche, et c’est précisément pour ça qu’on le remarquait. Dans Astrid et Raphaëlle, il incarnait ce genre de présence qui tient une série debout sans jamais réclamer la lumière, la vraie, celle qui fait le boulot et qui ne fanfaronne pas.

Le comédien est mort à 64 ans, a annoncé son agente à l’AFP le vendredi 4 septembre 2026, sans que les causes du décès soient connues à ce stade. Une disparition qui touche d’autant plus que Kihal appartenait à cette famille d’acteurs qu’on croise partout sans toujours prendre le temps de les nommer : ceux qui traversent les fictions françaises, de la comédie grand public au polar de prime time, avec une régularité presque rassurante. Dans une industrie qui adore les monstres sacrés et oublie trop vite les artisans, lui faisait partie des seconds rôles qui donnent de l’épaisseur, du grain, du concret. Le genre de comédien qu’on croit secondaire jusqu’au jour où il manque.

Créée en 2019, Astrid et Raphaëlle s’est imposée comme l’un des piliers de France 2 en jouant une partition très bien huilée : duo contrasté, mécanique d’enquête, attachement progressif aux personnages, et ce petit supplément d’âme qui permet à la machine de ne pas tourner à vide. La sixième saison, diffusée fin 2025, a dépassé les 4 millions de téléspectateurs par épisode. Pas mal pour une série policière qui, sur le papier, aurait pu n’être qu’un énième produit de flux. Sauf que la série a compris un truc simple : le public aime les enquêtes, oui, mais il aime surtout les visages qui reviennent, les silhouettes qui installent un monde. Kihal, en médecin légiste Henri Fournier, faisait partie de cette charpente invisible.

Le coin des habitués, pas des figurants

Dans le paysage des séries françaises, le médecin légiste est souvent un rôle fonctionnel, presque utilitaire : il apporte l’info, il ferme la scène, il relance l’enquête. Chez Kihal, ce type de personnage prenait une autre couleur. Il y avait dans sa manière d’occuper l’espace une sobriété qui évitait le cliché du technicien froid ou du savant excentrique. Pas besoin d’en faire des caisses. Il suffisait d’être là, avec la bonne mesure, le bon tempo, la bonne respiration. Et ça, mine de rien, c’est un art. Le second rôle n’est pas un sous-rôle ; c’est souvent la colonne vertébrale du récit.

On retrouve d’ailleurs cette logique dans sa trajectoire télévisuelle. Kihal est aussi apparu dans HPI et Alice Nevers, deux séries qui, chacune à leur manière, ont fait du duo, du rythme et du personnage récurrent leur moteur principal. Ce n’est pas un hasard si les fictions policières françaises aiment tant ces comédiens de continuité : ils créent une familiarité, une mémoire, un tissu. Le spectateur ne vient pas seulement pour l’intrigue, il vient pour retrouver un petit monde. Et quand ce petit monde perd l’un de ses piliers, la série garde sa mécanique, bien sûr, mais elle perd un peu de sa chaleur. Voilà, c’est dit sans violons, mais avec un peu de cœur quand même.

Du petit écran au grand, sans faire de cinéma

Au cinéma, Husky Kihal est notamment apparu dans Les Tuche 4 en 2021. Là encore, on est dans une autre logique industrielle : la comédie populaire comme machine à box-office, la franchise comme poule aux œufs d’or, le retour des têtes connues comme garantie de circulation. Dans ce type de production, chaque présence compte, même quand elle ne prend pas toute la place. Les films de saga fonctionnent à l’accumulation de repères, de visages, de micro-gestes. Kihal s’y inscrivait sans forcer le trait, avec cette élégance un peu discrète qui évite de transformer un rôle en numéro. Il savait visiblement qu’un bon acteur n’a pas besoin de voler la scène pour la marquer.

Sa disparition a provoqué plusieurs hommages de partenaires de jeu. Lola Dewaere, sa partenaire dans Astrid et Raphaëlle, lui a adressé un message affectueux sur Instagram, tandis que Sara Mortensen a salué sa mémoire en story. Ces gestes disent quelque chose d’important : au-delà de la diffusion, des audiences et des grilles de programmes, le métier reste une affaire de troupe, de confiance, de présence partagée. Le public voit le résultat ; les acteurs, eux, savent très bien qui tient la baraque entre deux prises.

Une place modeste, mais pas du tout mineure

Ce qui frappe, au fond, c’est la cohérence d’une carrière qui n’a jamais cherché à se déguiser en destin flamboyant. Pas de grand récit d’ascension, pas de mythe fabriqué à la va-vite, pas de passage obligé par la case star-system. Husky Kihal appartenait à cette génération de comédiens qui nourrissent la fiction française de l’intérieur, en passant du polar au divertissement familial, du rôle bref au personnage récurrent, du plateau de télévision au tournage de cinéma. Et c’est précisément ce maillage-là qui fait tenir un paysage audiovisuel. Sans lui, on aurait des vedettes. Avec lui, on a des mondes. Et les mondes, au cinéma comme à la télé, ne se construisent jamais tout seuls.

Alors oui, son nom n’était peut-être pas celui qu’on affichait en gros sur les affiches. Mais dans les séries qui durent et les films qui rassemblent, ce sont aussi ces trajectoires-là qui comptent, celles des acteurs qu’on reconnaît avant même de se souvenir de leur prénom. Husky Kihal laisse cette empreinte-là : discrète, solide, nécessaire. Pas mal pour quelqu’un que la fiction avait choisi de placer, souvent, juste à la bonne distance de la lumière.

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