Tom Holland a beau revenir en Spider-Man pour faire trembler le box-office, c’est un autre de ses rôles qui refait surface sur Prime Video : Nathan Drake, version Uncharted, le blockbuster de 2022 qui n’avait pas convaincu tout le monde mais qui, visiblement, a encore de beaux restes dans la poche des abonnés.
À l’échelle d’Hollywood, le cas Uncharted raconte une petite histoire très contemporaine : celle d’un film d’action-adventure tiré d’un jeu vidéo, accueilli avec des sourcils levés par la critique, mais porté par un public beaucoup plus conciliant. Sorti en 2022, le long métrage de Ruben Fleischer a coûté 120 millions de dollars et a rapporté 407,1 millions au box-office mondial. Pas de quoi le ranger dans la case des naufrages, loin de là. Dans un marché où les adaptations de jeux vidéo ont longtemps traîné une réputation de catastrophe industrielle depuis le vieux traumatisme Super Mario Bros. de 1993, ce score a quelque chose de presque rassurant. Surtout quand on se souvient que 2024 a aussi offert son lot de gadins, Borderlands en tête, comme un rappel que la poule aux œufs d’or n’est pas toujours très coopérative.
En réalité, Uncharted arrive à un moment charnière pour Tom Holland. L’acteur britannique, que beaucoup ont d’abord associé à l’armure rouge et bleue de Spider-Man, cherche depuis plusieurs années à élargir son terrain de jeu. Ici, il incarne Nathan Drake, voleur de bar recruté par Victor “Sully” Sullivan, joué par Mark Wahlberg, pour une chasse au trésor qui convoque Ferdinand Magellan, des héritages familiaux et une bonne vieille course au butin façon cinéma d’aventure à l’ancienne. Antonio Banderas complète le tableau en adversaire prêt à tout. Le film a beau avoir divisé, il a trouvé son public, ce qui n’est déjà pas rien dans un système où l’on confond trop souvent succès critique et succès tout court. Le vrai trésor de Uncharted, c’est d’avoir survécu au verdict des critiques sans perdre les spectateurs en route.
Le coffre, la carte et le malentendu
Le problème, ou plutôt le malentendu, tient à la nature même du projet. Ruben Fleischer a expliqué que beaucoup d’adaptations se plantent en voulant singer le jeu d’origine ; son film, lui, a été reproché de vouloir ressusciter le grand cinéma d’aventure des décennies passées sans retrouver sa sève. Résultat : un objet hybride, parfois trop sage, parfois trop mécanique, qui donne l’impression de cocher des cases plutôt que de risquer la casse. Mais on ne va pas faire semblant de découvrir que Hollywood adore les machines à fantasmes un peu trop bien huilées. C’est même son péché originel.
Et pourtant, il y a dans Uncharted quelque chose qui fonctionne mieux à froid qu’à chaud. Les spectateurs, eux, semblent avoir davantage goûté le mélange d’énigmes, de cascades et de duo starisé que les critiques, avec un score public bien plus flatteur que son accueil presse. Ce décalage n’a rien d’un accident : il dit aussi la manière dont certains blockbusters vivent une deuxième carrière une fois sortis de la pression de la sortie en salles. Sur Prime Video, le film grimpe à nouveau dans les classements américains, repéré à la neuvième place par FlixPatrol le 29 juillet 2026. Pas un raz-de-marée, non. Mais assez pour rappeler qu’un film peut changer de statut sans changer d’image. Le streaming adore recycler les demi-échecs en petits succès de rattrapage.

Holland, le passe-partout et le passe-flambeau
Il faut aussi regarder Uncharted comme une étape dans la trajectoire de Tom Holland. En 2022, l’acteur voulait prouver qu’il pouvait porter une franchise sans le costume de Spider-Man. Ce n’était pas une idée absurde, juste un pari très hollywoodien : passer le flambeau tout en gardant le feu sacré, ce qui est plus facile à vendre dans une conférence de presse qu’à faire exister à l’écran. Aujourd’hui, avec Spider-Man: Brand New Day annoncé comme l’un des gros morceaux de 2026, et The Odyssey dans la foulée, Holland se retrouve dans une position assez rare : celle d’un acteur encore jeune mais déjà au centre de plusieurs locomotives commerciales.
Ce retour de Uncharted sur Prime Video n’est donc pas seulement une anecdote de plateforme. C’est aussi la preuve qu’un film peut servir de sas entre deux régimes de starification. Holland y teste une image de héros d’action plus terre-à-terre, plus roublard, moins super-héroïque. Wahlberg, lui, joue les vieux briscards avec ce qu’il faut de décontraction pour ne pas faire semblant d’y croire plus que le film lui-même. Et au milieu, il y a cette idée très simple : le public aime qu’on lui raconte encore des histoires de cartes, de reliques et de frères disparus, à condition qu’on ne lui prenne pas trop la tête. On n’a pas besoin d’un chef-d’œuvre pour relancer une franchise ; parfois, un bon vieux coffre bien placé suffit.
Le trésor caché des plateformes
Prime Video ne fabrique pas seulement des succès, elle fabrique des deuxièmes vies. C’est même devenu l’un des grands moteurs du streaming : récupérer des films qui n’ont pas forcément laissé une trace critique indélébile, mais qui disposent d’un capital de curiosité, d’une tête d’affiche identifiable et d’un genre immédiatement lisible. Uncharted coche toutes les cases. Le film n’a pas été un triomphe de la mise en scène, ni un monument de réinvention du récit d’aventure. Mais il a suffisamment de rythme, de stars et de promesse de divertissement pour redevenir fréquentable une fois débarrassé du stress de la sortie en salles.
Et c’est là que le cas devient intéressant pour on ne sait plus trop quelle génération de spectateurs, celle qui a grandi avec les jeux vidéo, les franchises et les univers étendus, et qui accepte beaucoup plus volontiers qu’un film soit un produit de circulation plutôt qu’un objet sacré. Uncharted n’est peut-être pas le grand film d’aventure que certains espéraient. Mais il est exactement le genre de blockbuster qui, à défaut d’avoir marqué son époque, sait très bien se faufiler dans la suivante. Le trésor, au fond, n’était pas dans le coffre de Magellan. Il était dans la fenêtre de diffusion.
Alors oui, on peut toujours préférer les grands classiques du genre, les vrais, ceux qui avaient du sable dans les bottes et du panache dans le cadre. Mais pendant que Uncharted remonte tranquillement les charts, Hollywood retient surtout une leçon très simple : même un film jugé tiède peut revenir vous faire un clin d’œil, des années plus tard, avec l’air de dire qu’il n’avait pas dit son dernier mot. Et ça, franchement, c’est presque plus malin qu’un trésor en or massif.
Bande-annonce VF de Uncharted
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




