La saison 4 de Star Trek: Strange New Worlds ne cherche pas à plaire à tout le monde : elle le fait quand même, avec l’aplomb d’une série qui sait très bien que le chaos est aussi une tradition Trek. Et franchement, c’est presque sa meilleure idée. Là où tant de franchises se contentent d’aligner les cases du cahier des charges, cette série de Paramount+ continue de faire ce que l’univers de Gene Roddenberry a toujours permis de plus jouissif : mélanger l’aventure pulp, la réflexion politique, la comédie absurde et le vertige cosmique sans demander la permission à personne.
Pour situer un peu le terrain, Star Trek débarque en 1966 sur NBC, se transforme en mythe télévisuel après une première vie compliquée, puis devient au fil des décennies une machine à fantasmes, à séries dérivées, à films, à reboots et à débats de comptoir entre fans qui peuvent disserter trois heures sur la meilleure incarnation de Spock sans cligner des yeux. Strange New Worlds, lancé en 2022, s’inscrit dans cette lignée avec une idée simple et maligne : revenir à l’esprit d’exploration de l’Enterprise de Christopher Pike, tout en assumant les mutations du format télé actuel. Saison 4 arrive le 23 juillet 2026 sur Paramount+, après une saison 3 qui avait laissé un léger goût de flottement, et cette nouvelle salve de six épisodes envoyés à la presse semble vouloir remettre les pendules à l’heure. Pas en lissant le truc. En le laissant partir dans tous les sens. Et c’est précisément là que la série retrouve son carburant.
Le vrai sujet, au fond, ce n’est pas de savoir si la saison est homogène. C’est de voir à quel point elle accepte d’être un buffet interstellaire, avec le meilleur et le plus bizarre servis dans la même assiette.
Le vaisseau, les idées, le grand n’importe quoi maîtrisé
Ce qui frappe d’abord, c’est la liberté de ton. La saison aligne des épisodes qui vont du thriller noir en noir et blanc à la comédie défoncée par un Spock sous influence, en passant par un récit plus frontalement politique, jusqu’à des morceaux de bravoure flirtant avec l’horreur spatiale la plus sale. Oui, on parle bien d’une série qui peut, dans le même mouvement, jouer la carte du sérieux le plus tendu et celle du gag conceptuel qui sent la salle de rédaction qui a trop ri à 2 h du matin. Et le plus beau, c’est que ça tient debout parce que l’Enterprise et son équipage ont désormais assez de vécu pour encaisser ces virages sans perdre leur crédibilité. Anson Mount, en Christopher Pike, continue d’incarner un capitaine à la fois solide, chaleureux et jamais écrasant. Pas un demi-dieu de marbre. Plutôt un chef d’orchestre qui sait quand laisser la fanfare partir en vrille.
La série joue aussi sur un principe très simple, presque old school : chaque épisode doit proposer une idée forte, un problème spatial, une situation à haut potentiel de dérapage, puis trouver une résolution qui ne ressemble pas à un simple bouton rouge pressé au bon moment. C’est du télévisuel à l’ancienne dans sa logique d’épisode autonome, mais avec une conscience très moderne du rythme, du ton et de la circulation des personnages. On n’est pas face à une fresque continue qui s’écoute parler ; on est face à une machine à variations.

Le format court, ce petit poignard dans le dos
Sauf que voilà, la série bute sur son propre appétit. Dix épisodes, puis ici seulement six communiqués à la presse, ça fait peu pour une franchise qui voudrait tout embrasser. On sent bien que Strange New Worlds pourrait déployer davantage ses idées si elle n’était pas tenue en laisse par la logique des saisons raccourcies, devenue la norme dans le streaming. Depuis que les plateformes ont transformé la fenêtre de diffusion en variable d’ajustement, les séries de prestige vivent souvent sur un régime sec : moins d’épisodes, plus de densité, et parfois une frustration qui colle aux doigts. Ici, cette frustration est presque constitutive du plaisir. On en veut plus, tout le temps, et c’est à la fois grisant et un peu rageant. Bref, la série vous sert un festin, puis vous retire l’assiette avant le dessert. Sympa, mais pas totalement charitable.
Ce qui rend cette limite intéressante, c’est qu’elle révèle la nature même de Star Trek à l’ère du streaming : une saga qui a besoin d’espace pour respirer, pour laisser cohabiter les épisodes “sérieux”, les parenthèses délirantes et les détours de caractère. À force de vouloir être la série Trek de tout le monde, Strange New Worlds se condamne à n’être jamais assez de chaque chose. Mais c’est aussi ce qui la rend vivante. Elle ne se contente pas d’appliquer une formule ; elle la secoue, la tord, la repeint en rouge et la renvoie dans le sas. Le défaut devient le style, et le style finit par faire foi.
Le fan service, oui, mais avec des idées derrière
Dans une époque où tant de franchises confondent hommage et paresse, Strange New Worlds a le bon goût de ne pas se contenter de caresser le fan dans le sens du poil. Oui, il y a des clins d’œil, des échos à l’histoire de Star Trek, des variations sur les codes de la saga, des passages qui font mouche parce qu’ils savent exactement où appuyer. Mais la série ne se réduit pas à un musée du souvenir. Elle ose des formes, des ruptures, des écarts de ton qui rappellent que la science-fiction télé peut encore surprendre quand elle ne se prend pas pour un monument en granit. Et c’est là qu’elle touche juste : dans sa capacité à être à la fois familière et imprévisible, confortable et un peu casse-gueule.
On comprend alors pourquoi cette saison peut laisser certains spectateurs sur le bord de la route tout en enflammant les autres. Les épisodes ne jouent pas tous dans la même catégorie, et tant mieux. La série préfère le risque à la tiédeur, le grand écart à la ligne droite. Dans un paysage saturé de produits calibrés, cette inconsistance-là a presque des airs de luxe.
Au bout du compte, Star Trek: Strange New Worlds saison 4 ressemble à ce que la franchise a toujours été dans ses meilleurs jours : une promesse de découverte, de débat et de plaisir, avec parfois un faux pas, parfois un coup de génie, souvent les deux dans la même heure. Et si ça agace un peu, c’est peut-être parce que la série refuse de devenir une simple machine à consommer. Elle préfère rester un objet qui discute avec ses fans, les contredit parfois, les régale souvent, et les laisse avec cette question très Trek, très humaine, très agaçante aussi : qu’est-ce qu’on attend exactement d’une bonne série de science-fiction, au juste ?
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




