Marvel a toujours aimé faire s’entrechoquer ses jouets les plus clinquants, mais là, on tient un croisement qui sent la bonne vieille machine à fantasmes : Gambit contre Shang-Chi dans Avengers: Doomsday. Un duel absurde sur le papier, délicieux dans l’idée, et parfaitement révélateur de ce que le MCU est devenu : un immense bac à sable où les personnages se croisent avant même d’avoir eu le temps d’exister pleinement.
Le premier trailer du film, dévoilé en 2026, remet Robert Downey Jr. au centre du jeu vocalement en Doctor Doom, montre un premier contact entre les Fantastic Four et les Avengers, et confirme surtout que le cinquième opus de la saga s’oriente vers une logique de guerre ouverte entre héros et mutants. On y aperçoit notamment Mystique, Cyclope, et la possibilité d’un affrontement entre Magneto et Thor, soit le genre de collision qui fait tourner la tête des spectateurs depuis des années. Le film sort en salles le 18 décembre 2026, dans une phase où Marvel doit encore prouver qu’il sait fabriquer autre chose qu’un empilement de promesses. Et quand le studio sort les X-Men du placard, on comprend vite qu’il ne joue plus petit bras.
Le vrai coup de poker, pourtant, n’est pas le gros morceau attendu, mais ce petit choc latéral entre deux personnages que personne n’avait mis sur sa carte de bingo.
Le bazar organisé, ou l’art Marvel de faire du neuf avec du déjà-vu
À ce stade, on ne va pas se raconter d’histoires : le MCU fonctionne depuis longtemps comme une foire aux rencontres, aux croisements et aux clins d’œil, avec plus ou moins de grâce selon les films. Mais il y a des associations qui ont du sens parce qu’elles reposent sur une vraie friction de ton. Bucky et Rocket dans Avengers: Infinity War, par exemple, c’était déjà une idée de scénariste un peu tordue et donc plutôt saine : un soldat de plomb face à une créature de cartoon, ça produit une étincelle. Ici, Gambit et Shang-Chi rejouent ce principe en version plus improbable encore. D’un côté, Channing Tatum, enfin libéré du fantôme de son film solo resté coincé dans l’enfer du développement pendant plus d’une décennie ; de l’autre, Simu Liu, héros d’un Shang-Chi and the Legend of the Ten Rings (2021) qui a bien marché malgré un contexte d’exploitation en salles encore bancal après les confinements. Deux personnages sous-employés, deux trajectoires cabossées, et soudain le film les fait se cogner l’un à l’autre : c’est presque trop logique pour être honnête.
Ce qui amuse, c’est que ce duel dit quelque chose de l’état du studio. Marvel ne vend plus seulement des combats de fin du monde, il vend des retrouvailles de fans, des collisions de sous-cultures internes, des mini-récits de réparation. Gambit a enfin trouvé une forme de reconnaissance populaire grâce à Deadpool & Wolverine en 2024 ; Shang-Chi, lui, a été lancé comme un fer de lance puis laissé en attente, avec une suite qui reste dans le flou. Alors on les met face à face, et on espère que l’alchimie fera le boulot. C’est malin, oui. C’est aussi un peu désespéré. Mais après tout, le MCU a toujours avancé comme ça : en transformant ses trous de mémoire en événements.

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En réalité, la vraie promesse de Avengers: Doomsday tient moins au seul combat Gambit-Shang-Chi qu’à la manière dont le film semble vouloir ouvrir grand les vannes du crossover total. Les mutants débarquent, les Fantastic Four s’invitent, les Avengers reprennent la pose, et Doctor Doom plane comme une menace de monstre sacré avant même d’avoir vraiment frappé. Le studio retrouve là sa vieille recette : faire croire que chaque rencontre est un séisme. Et parfois, ça marche. Parce qu’au fond, voir Cyclope tirer son rayon optique sur des héros du MCU ou imaginer Magneto discuter avec Thor, c’est le genre de délire qui rappelle pourquoi les franchises existent : pour fabriquer des chocs de mythologies, pas seulement des produits dérivés.
Le problème, c’est que plus la machine grossit, plus elle doit se justifier. Depuis Avengers: Endgame, Marvel cherche son nouveau sommet, son nouveau point de bascule, son nouveau grand récit fédérateur. Doomsday tente visiblement de rejouer la carte du rassemblement maximal, avec une distribution pensée comme un tableau d’honneur géant. Mais la vraie question reste la même : est-ce qu’on assiste à une montée en puissance ou à une gestion de stock très coûteuse ? Parce qu’à force de faire se rencontrer tout le monde, on finit aussi par diluer la surprise. Le fan-service, c’est délicieux quand il a du nerf ; sans ça, c’est juste un buffet à volonté.
Le coup de théâtre qui n’en est pas un
Ce qui rend le face-à-face Gambit contre Shang-Chi si séduisant, c’est qu’il n’a rien d’évident, donc tout d’un bon gag de blockbuster. Aucun des deux n’a encore eu le traitement royal que Marvel réserve à ses demi-dieux les plus rentables. Aucun n’est installé comme une tête d’affiche indiscutable. Et pourtant, les voilà propulsés dans une arène où leur simple confrontation devient un argument de vente. C’est très Marvel, ça : prendre des personnages à moitié fantômes, les faire exister à coups de spectacle, puis espérer que le public s’attache au passage. Parfois, ça donne des merveilles. Parfois, ça donne un bruit de bottes dans une pièce vide. On verra bien de quel côté penchera Avengers: Doomsday.
En attendant, le film a déjà réussi son premier tour de passe-passe : faire parler d’un combat que personne n’avait demandé, mais que tout le monde veut maintenant voir. C’est peut-être ça, la vraie force du MCU en 2026. Pas la cohérence. Pas même la nostalgie. Juste cette vieille capacité à transformer le plus improbable des duels en rendez-vous de fin du monde.
Bande-annonce VF de Avengers: Doomsday
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




