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    Nrmagazine » Pourquoi Catwoman n’a pas pu s’appeler Selina Kyle : le casse-tête Halle Berry, Warner et Michelle Pfeiffer
    Blog Entertainment 14 juillet 20265 Minutes de Lecture

    Pourquoi Catwoman n’a pas pu s’appeler Selina Kyle : le casse-tête Halle Berry, Warner et Michelle Pfeiffer

    Quand un contrat d’actrice pèse plus lourd que la continuité DC, on obtient un super-héros bancal et un nom bricolé
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    En 2004, Catwoman n’a pas seulement raté sa cible : le film de Pitof a aussi dû contourner un obstacle juridique digne d’un mauvais tour de passe-passe hollywoodien. Derrière Patience Phillips, il y a moins une idée de scénario qu’un contrat trop bien ficelé pour Michelle Pfeiffer.

    À l’époque, Warner Bros. veut capitaliser sur une figure DC déjà bien identifiée, mais le studio se retrouve coincé entre les droits du personnage et un accord passé avec Michelle Pfeiffer, qui avait incarné Selina Kyle dans Batman Returns en 1992. Résultat : impossible de reprendre le nom historique sans rouvrir le portefeuille. Et à Hollywood, quand le chéquier tousse, le lore prend souvent un coup de pelle. Le film de Pitof, sorti en 2004, affiche pourtant un budget de production d’environ 100 millions de dollars, ce qui n’est pas exactement le tarif d’un bricolage de fin d’après-midi. Le problème, c’est qu’on a mis une armure de blockbuster sur une base déjà fissurée.

    Et c’est là que Catwoman devient moins un film de super-héroïne qu’un cas d’école sur la manière dont les studios tordent la mythologie à coups de clauses contractuelles.

    Selina Kyle, ou la porte fermée à double tour

    Pour rappel, dans les comics DC, Catwoman naît en 1940 sous le nom de Selina Kyle, voleuse élégante, ennemie intermittente de Batman, longtemps dépourvue de pouvoirs. Le film de Pitof, lui, choisit une tout autre voie : Patience Phillips, employée effacée d’une grande entreprise de cosmétiques, meurt, revient à la vie grâce à un chat magique et se découvre des capacités félines. On n’est plus dans l’adaptation, on est dans la greffe sauvage. Ce n’est pas un détail de surface : c’est une réécriture forcée par les conditions de production.

    Le scénariste John Rogers, crédité avec Michael Ferris et John Brancato, a expliqué plus tard que le studio ne pouvait pas utiliser Selina Kyle sans remettre Michelle Pfeiffer dans l’équation. Or Warner Bros. ne voulait pas payer ce que l’actrice demandait à ce moment-là. D’où Patience Phillips. Simple, sec, presque administratif. Le cinéma de franchise adore les grandes mythologies ; il obéit surtout à la comptabilité.

    Affiche de Catwoman
    Affiche de Catwoman

    Le chat dans la machine

    Ce qui rend l’affaire savoureuse, c’est que Catwoman essaie malgré tout de se donner des airs de continuité DC. Une scène évoque l’histoire des “catwomen” dans cet univers, avec une photo de Michelle Pfeiffer en clin d’œil. On sent la rustine, le pansement, la tentative de faire croire qu’on maîtrise le chaos alors qu’on essaie surtout d’éviter un procès ou une facture trop salée. Le film se fabrique donc dans une zone grise : assez proche pour profiter de la marque, assez différent pour contourner l’obstacle. Jolie gymnastique. Pas très élégante, mais très studio.

    Le plus drôle, si l’on peut dire, c’est que cette stratégie n’a pas sauvé le film de sa réputation calamiteuse. Catwoman a été éreinté à sa sortie, a récolté sept nominations aux Razzie Awards et a remporté celles du pire film et de la pire actrice. Halle Berry a joué le jeu en personne, Oscar sous le bras, pour recevoir son prix avec un sens de l’autodérision qui sauve l’honneur là où le long métrage, lui, s’écroule. Quand le film part en vrille, il reste parfois la classe de l’interprète pour ramasser les morceaux.

    Le studio, le script et le grand n’importe quoi organisé

    John Rogers n’a jamais caché son mépris pour le projet. Il a expliqué avoir quitté le navire très tôt, agacé par des notes de studio qu’il jugeait absurdes. Là encore, rien d’exceptionnel à Hollywood, sauf que Catwoman semble avoir poussé la logique jusqu’au grotesque. Le film sort au moment où la mode des adaptations de comics cherche encore sa formule rentable, avant l’explosion des univers partagés et des machines Marvelisées qui vont standardiser le game. En 2004, on est encore dans cette période de flottement où les studios veulent un héros, un logo, une licence, mais pas forcément une idée ferme derrière. Le résultat, on le connaît : un objet bancal, trop cher pour son propre bien, trop contraint pour être libre.

    Et puis il y a ce détail qui résume tout : le film a coûté cher, Halle Berry a gagné plus qu’avec ses rôles précédents, mais l’argent n’a pas acheté l’adhésion, ni la cohérence, ni l’âme. Le vrai sujet n’est donc pas seulement pourquoi Catwoman ne pouvait pas s’appeler Selina Kyle. Le vrai sujet, c’est qu’Hollywood préfère parfois inventer un nom neuf plutôt que d’assumer le prix d’un nom ancien. Patience Phillips n’est pas un personnage : c’est un compromis qui marche sur des talons trop hauts.

    Au fond, Catwoman raconte peut-être mieux que bien des films de super-héros la part la plus triviale du mythe : derrière les capes, les griffes et les poses, il y a souvent un contrat, un cachet et un studio qui compte ses pièces. Et ça, mine de rien, c’est presque plus félin que le reste.

    Bande-annonce VF de Catwoman

    nrmagazine
    Vincent Bazire

    Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.

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