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    Nrmagazine » Sam Neill dans Possession : le cauchemar culte qui a tout retourné
    Blog Entertainment 14 juillet 20265 Minutes de Lecture

    Sam Neill dans Possession : le cauchemar culte qui a tout retourné

    Le film d’Andrzej Żuławski où Neill se fait avaler par un divorce qui tourne au délire cosmique
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    Sam Neill n’a jamais été qu’un visage rassurant de blockbuster : avant Jurassic Park, il a aussi traversé des zones bien plus tordues, et Possession en est le grand vertige. Le film d’Andrzej Żuławski, sorti en 1981, reste l’un de ces objets impossibles qu’on ne classe ni proprement en horreur ni sagement en drame conjugal. On y entre pour un divorce, on en ressort avec les nerfs en vrac. Charmant programme.

    Pour remettre les choses dans leur jus, Possession arrive au début des années 1980, à un moment où le cinéma d’horreur se cherche entre le choc viscéral, le fantastique psychologique et les dérives plus commerciales. Le film de Żuławski, lui, refuse gentiment tout ce qui ressemble à une ligne droite. Tourné en Europe, porté par Sam Neill et Isabelle Adjani, il a longtemps circulé dans des versions amputées, notamment aux États-Unis où sa durée a été sévèrement rabotée par la distribution. Résultat : un film déjà instable à l’origine s’est retrouvé encore plus bancal dans sa diffusion, comme si on avait décidé de présenter un incendie avec un seau d’eau. Autant dire que le mal était fait, mais le mythe, lui, s’est installé.

    Et c’est là que Sam Neill devient fascinant : pas en héros, pas en vedette lisse, mais en homme qui se fissure sous nos yeux.

    Un mari, un espion, un pion : Neill dans la zone grise

    Dans Possession, Sam Neill joue un mari en pleine implosion affective, un type qui tente de garder une façade rationnelle alors que tout, autour de lui, part en bouillie. Ce qui frappe, c’est la manière dont Żuławski se sert de lui comme d’un point d’ancrage trompeur. Neill a cette élégance froide, ce contrôle presque britannique, puis le film lui arrache progressivement le tapis sous les pieds. On connaît l’acteur pour sa prestance, pour sa capacité à incarner l’autorité sans la rendre raide ; ici, cette autorité devient une faiblesse. Il n’est pas le centre du film, il en est la prise électrique.

    Le plus malin, c’est que le récit ne repose pas sur un simple duel conjugal. Żuławski filme la séparation comme une contamination : la cellule familiale devient laboratoire de possession, au sens le plus large du terme. Le titre n’est pas décoratif, il dit la guerre totale entre les corps, les désirs et les identités. Sam Neill, face à Isabelle Adjani, joue donc moins un personnage qu’un homme en train de perdre la maîtrise du réel. Et dans un film pareil, perdre la maîtrise, c’est déjà être condamné.

    Affiche de Possession
    Affiche de Possession

    Adjani en furie, Neill en contrechamp : le couple qui brûle tout

    On ne va pas tourner autour du pot : Possession appartient aussi à Isabelle Adjani, dont la performance a marqué Cannes 1981 au point de lui valoir le prix d’interprétation féminine. Mais si son jeu prend toute la lumière, Sam Neill lui sert de contrepoids indispensable. Sans lui, pas de tension stable. Sans son calme apparent, pas d’explosion aussi violente. Le duo fonctionne parce que Żuławski filme deux corps qui cessent de communiquer avant même de se séparer. Ce n’est plus un couple, c’est un champ de ruines en temps réel.

    Le film a souvent été résumé comme un délire d’horreur psychologique, et ce n’est pas faux, mais c’est un peu court. Il y a aussi là une lecture politique et métaphysique : l’Europe de la guerre froide, les identités éclatées, la famille comme structure en décomposition, le double comme maladie. Żuławski filme tout ça avec une fièvre qui ne se calme jamais. Ce n’est pas un film qui explique, c’est un film qui contamine.

    Le culte, ou comment un film mutilé devient plus grand que sa version

    L’histoire de Possession est aussi celle d’un film longtemps maltraité par sa circulation. Les coupes imposées dans certains territoires ont contribué à fabriquer un objet encore plus insaisissable : on parlait d’horreur, on découvrait une tragédie hallucinée, un mélodrame mutant, une expérience de mise en scène qui refuse la bienséance. C’est souvent comme ça que naissent les cultes, d’ailleurs : pas dans le confort, mais dans le frottement, la résistance, la mauvaise réputation. Le film de Żuławski n’a jamais cherché à plaire. Il a préféré laisser des cicatrices.

    Et Sam Neill, dans tout ça ? Il y gagne un statut très particulier. Avant d’être l’homme des dinosaures et des franchises géantes, il a été capable d’habiter des zones autrement plus dangereuses, plus ambiguës, plus folles. Possession rappelle qu’un acteur peut exister à la fois dans le grand spectacle et dans le cinéma de déraillement. C’est même souvent là qu’on mesure la vraie amplitude d’un interprète. Chez Neill, la classe ne vient pas du contrôle absolu, mais de la façon dont il accepte d’être emporté.

    Alors oui, si on veut comprendre pourquoi tant de cinéphiles continuent de défendre Possession comme un objet à part, il faut regarder du côté de cette alliance entre un cinéaste en état de crise et un acteur capable d’encaisser le choc sans se dissoudre complètement. Le film laisse des traces, et c’est précisément pour ça qu’on y revient. Pas pour se faire du bien. Pour vérifier qu’un long métrage peut encore mordre. Et ça, franchement, ça ne court pas les couloirs de multiplexe tous les jours.

    Bande-annonce VF de Possession

    nrmagazine
    Vincent Bazire

    Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.

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