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    Nrmagazine » Avant Le Seigneur des anneaux, Peter Jackson signait déjà The Frighteners avec Michael J. Fox
    Blog Entertainment 13 juillet 20265 Minutes de Lecture

    Avant Le Seigneur des anneaux, Peter Jackson signait déjà The Frighteners avec Michael J. Fox

    Le film fantôme qui a préparé Wētā, le chaos numérique et la mue du Kiwi en géant d’Hollywood
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    Avant de devenir le monsieur effets spéciaux de la Terre du Milieu, Peter Jackson bricolait déjà un drôle de cinéma de fantômes, de gags gras et de cauchemars en CGI. The Frighteners a l’air d’un petit détour dans sa filmographie ; en réalité, c’est une répétition générale pour le grand cirque de The Lord of the Rings.

    Au milieu des années 1990, Peter Jackson n’est pas encore ce demi-dieu des Oscars qu’Hollywood mettra ensuite sur un piédestal. On le connaît surtout comme le Kiwi déchaîné derrière Bad Taste (1987) et Meet the Feebles (1989), deux objets de cinéma qui sentent la colle, le mauvais goût assumé et la liberté totale. Puis vient Heavenly Creatures en 1994, drame criminel inspiré d’un fait divers néo-zélandais, qui lui ouvre une porte plus prestigieuse. Mais c’est bien The Frighteners (1996), comédie horrifique surnaturelle portée par Michael J. Fox, qui fait le pont entre le Jackson artisan et le Jackson architecte de blockbusters. Le film sort dans un contexte où le numérique commence à sortir de son statut de gadget pour devenir un outil de mise en scène à part entière. Et là, on parle d’un long métrage à budget intermédiaire qui exige déjà une armée de techniciens, d’animateurs et de cerveaux en surchauffe. Le film n’est pas un simple galop d’essai : c’est la maquette grandeur nature d’un futur empire visuel.

    Ce qui se joue dans The Frighteners, ce n’est pas seulement une histoire de revenants ; c’est la naissance d’une méthode.

    Fantômes en cavale, studio en alerte

    Le point de départ est assez malin pour tenir debout sans franchise, sans reboot et sans mascotte à vendre en peluche : Frank Bannister, architecte devenu arnaqueur, voit les morts et les utilise pour escroquer les vivants. Michael J. Fox, déjà star mondiale depuis Back to the Future et Spin City n’existe pas encore, apporte ici une fatigue nerveuse, une humanité un peu cabossée, parfaite pour un personnage qui joue au malin tout en essayant de survivre à son propre deuil. C’est là que le film devient plus intéressant qu’un simple divertissement de saison. Jackson y mélange la comédie de mauvais goût, l’horreur de série B et un vrai chagrin en sous-texte. Le résultat tient du carnaval macabre, avec une énergie qui ne lâche jamais la rampe.

    Le détail qui change tout, c’est l’usage du CGI. En 1996, faire apparaître des spectres numériques avec une telle ampleur n’a rien d’anodin. Wētā Workshop, encore loin de sa légende planétaire, se teste ici sur des effets qui annoncent clairement les armées, les créatures et les environnements de la trilogie The Lord of the Rings. On comprend mieux pourquoi Jackson a pu ensuite passer à l’échelle industrielle sans perdre complètement sa folie visuelle. Sans The Frighteners, la route vers la Terre du Milieu aurait eu un sale goût de table rase improvisée.

    Affiche de Fantômes contre fantômes
    Affiche de Fantômes contre fantômes

    Le rire, la peur et la petite musique du chaos

    Dans la plus pure tradition jacksonienne, le film refuse de choisir entre le burlesque et le macabre. Les gags sont souvent appuyés, parfois franchement lourds, mais ils tombent assez juste pour maintenir cette sensation de fête foraine hantée. En face, le méchant n’a rien d’un fantôme de pacotille : il est sale, inquiétant, presque malsain dans sa manière de se glisser dans le récit. Et puis il y a Danny Elfman, qui signe une partition nerveuse, grinçante, presque trop joyeuse pour ce qu’elle accompagne. Le tout file à un rythme qui ne laisse pas le temps de respirer. Jackson filme déjà comme s’il voulait faire courir la caméra avant même d’avoir posé les murs.

    Le film a pourtant payé son absence de pedigree “prestige” au box office. Succès critique relatif, échec commercial : la formule est connue, et elle colle ici comme un vieux chewing-gum sous une semelle. Roger Ebert, à l’époque, a même dégainé une critique assassine, lui reprochant en substance son vide dramatique. Bon, on peut discuter la formule, mais elle dit quelque chose de juste sur l’objet : The Frighteners privilégie l’élan, la texture, le mouvement, pas la profondeur psychologique à la cuillère. C’est un film qui préfère courir après ses propres fantômes plutôt que de s’asseoir pour méditer dessus.

    Michael J. Fox, ou l’élégance de l’homme qui tient encore debout

    Autre valeur du film : Michael J. Fox. À ce moment-là, l’acteur n’est pas encore relégué au statut de souvenir pop, il reste un visage de cinéma immédiatement lisible, capable de faire passer l’ironie, la vulnérabilité et l’urgence dans un même regard. Son Frank Bannister fonctionne parce qu’il n’est jamais totalement sympathique ni totalement roublard. Il a cette manière très foxienne de se débattre avec le monde, comme si le personnage avançait toujours d’un demi-pas de travers. Et ça, pour une comédie horrifique, c’est de l’or en barre.

    Le film parle aussi, en creux, de deuil et de culpabilité. Pas de façon lourdingue, non : Jackson n’est pas là pour faire la leçon, il préfère laisser le chaos visuel et les fantômes de pacotille révéler ce qui ne va pas chez les vivants. On retrouve déjà cette obsession pour les mondes en ruine, les familles bancales, les héros qui bricolent du sens dans un décor qui part en vrille. C’est moins une parenthèse qu’un laboratoire. En 1996, Jackson ne signe pas seulement un film de fantômes ; il apprend à dompter un imaginaire colossal sans le vider de sa saleté joyeuse.

    Et c’est peut-être pour ça que The Frighteners mérite mieux que son statut de curiosité culte. Il a beau ne pas avoir la densité d’un futur mastodonte, il a déjà l’ossature, la pulsation et la folie méthodique d’un cinéaste qui sait où il va. Avant les anneaux, avant les armées, avant les Oscars et les discours de remise de prix, il y avait ce drôle de film hanté. Pas le plus célèbre. Pas le plus rentable. Mais sacrément révélateur. Le vrai fantôme, au fond, c’est peut-être celui des films qu’Hollywood a failli ne jamais laisser exister.

    Bande-annonce VF de Fantômes contre fantômes

    nrmagazine
    Vincent Bazire

    Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.

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