Le nouveau DC Universe de James Gunn vient de prendre un coup de frein avec Supergirl, et le parallèle avec le MCU n’a rien d’un caprice de comptable. Entre promesse de grand relaunch et réalité du box-office, on regarde surtout un studio qui découvre qu’un univers partagé, ça ne se pilote pas à coups de slogans.
Pour remettre les choses à plat, Supergirl de Craig Gillespie arrive après Superman de James Gunn, sorti en 2025 et crédité d’environ 618 millions de dollars de recettes mondiales. Côté Marvel, le démarrage historique du MCU a commencé avec Iron Man de Jon Favreau en 2008, un succès surprise à 585 millions de dollars dans le monde, avant de se cogner à The Incredible Hulk de Louis Leterrier la même année, limité à 265 millions pour un budget annoncé de 150 millions. Le texte source rappelle aussi que le MCU a ensuite dépassé les 32 milliards de dollars cumulés au box-office, ce qui donne une idée du gouffre entre un faux pas et une faillite. Chez DC, Supergirl affiche un budget de 170 millions de dollars et, selon la source, s’oriente vers un résultat bien en dessous des attentes. Autrement dit, on n’est pas dans le petit accroc de route de campagne : c’est un virage pris un peu trop vite, et ça frotte.
Ce qui rend l’affaire intéressante, ce n’est pas seulement le flop, c’est la manière dont il rejoue, presque plan par plan, la vieille mécanique des franchises super-héroïques : un gros pari, une réception tiède, puis la question qui tue, à savoir si la machine peut encaisser sans partir en vrille.
Le péché originel des univers partagés
En apparence, comparer Supergirl à The Incredible Hulk peut sembler un peu forcé. Sauf que le parallèle tient mieux qu’on ne le croit. Dans les deux cas, on a un deuxième film censé consolider un nouvel édifice narratif, et dans les deux cas, le résultat commercial refroidit brutalement l’enthousiasme. Marvel, en 2008, a eu l’intelligence de ne pas confondre accident industriel et catastrophe systémique. Le studio a continué à bâtir, à corriger, à densifier. DC, aujourd’hui, se retrouve exactement face au même dilemme : laisser Supergirl devenir un cas isolé ou transformer ce faux départ en symptôme de panique.
La différence, évidemment, c’est que Superman n’avait rien d’un outsider façon Iron Man. Le personnage est une valeur refuge, un fer de lance historique, presque un demi-dieu de la pop culture. Du coup, la pression était énorme dès le départ. Supergirl, elle, n’a pas ce statut de poule aux œufs d’or automatique. Elle reste un personnage fort, oui, mais pas un monstre sacré du box-office mondial. Et quand on lui colle 170 millions de budget sur le dos, on ne lui laisse pas vraiment le droit à l’erreur. Le problème n’est pas le flop en soi, c’est le niveau de mise qui transforme la moindre sortie de route en alarme incendie.

Budget serré, nerfs lâchés
Autre valeur à surveiller : la stratégie économique. Warner Bros. et DC Studios semblent avoir compris qu’il faut désormais baisser la garde sur les coûts, surtout pour les personnages dont la traction commerciale n’est pas prouvée à l’échelle planétaire. C’est précisément là que le prochain Clayface entre en scène avec son budget annoncé autour de 40 millions de dollars. On change de braquet, et pas qu’un peu. Le film d’horreur classé R, adossé à l’orbite de Batman, a au moins un avantage : le seuil de rentabilité est moins délirant, et le genre reste plus souple que le blockbuster super-héroïque gonflé aux effets numériques.
Dans le même temps, James Gunn revient derrière la caméra pour Man of Tomorrow, suite de Superman attendue l’an prochain, avec David Corenswet et Nicholas Hoult. Là encore, le studio joue une carte plus lisible : capitaliser sur un personnage installé, resserrer le récit, éviter la fuite en avant. C’est presque du bon sens, ce qui à Hollywood tient déjà du miracle administratif. Quand les budgets redescendent sur terre, les studios arrêtent au moins de confondre ambition et inflation.
Le super-héros n’est plus ce qu’il était
Sauf que le contexte global a changé, et ça, personne ne peut le maquiller avec un joli logo. Le texte source le dit sans détour : les films de super-héros traversent une vraie baisse de régime, en particulier à l’international. Même le MCU, jadis machine à fantasmes infaillible, a connu des retours moins éclatants avec Thunderbolts et Captain America: Brave New World. On n’est plus dans l’ère où chaque cape imprimait de l’or. Le public a vu passer trop de suites, trop de reboots, trop de promesses d’univers étendu pour avaler ça les yeux fermés. La lassitude a gagné du terrain, et elle ne fait pas de cadeau.
Alors oui, Supergirl peut être lu comme un accident de parcours. Mais il peut aussi servir de test grandeur nature : est-ce que DC sait encore écouter le marché sans se renier ? Est-ce que James Gunn peut garder sa patte, son sens du rythme et sa culture pop, tout en évitant le piège du gigantisme ? On sait déjà qu’il a un vrai savoir-faire, hérité de sa trilogie Guardians of the Galaxy. Reste à voir si ce talent suffit quand la poule aux œufs d’or a perdu quelques plumes et que le public, lui, a cessé de faire la queue par réflexe. Le vrai enjeu n’est pas de battre Marvel à son propre jeu, mais d’arrêter de jouer avec des budgets qui donnent le tournis pour des résultats qui ne suivent pas.
Au fond, le DC Universe n’a pas besoin d’un miracle, juste d’un peu d’humilité industrielle. Ce qui, à Hollywood, est souvent le premier super-pouvoir qu’on sacrifie. Et ça, on le sait depuis longtemps : les franchises adorent parler de destin, mais ce sont les tableurs qui décident de la suite.
Bande-annonce VF de Supergirl
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




