Spielberg is back (again)
On attendait ça depuis un moment. Vingt et un ans après La Guerre des Mondes (2005), Steven Spielberg replonge dans la science-fiction avec Disclosure Day, 811 séances programmées en France dès la semaine d’ouverture, ce qui donne une idée du poids de l’événement. Le pitch, ambitieux : le jour où l’humanité apprend officiellement qu’elle n’est pas seule dans l’univers. Scénario signé David Koepp, musique de John Williams (oui, encore lui, oui, toujours), avec Emily Blunt et Josh O’Connor en têtes d’affiche, flanqués de Colin Firth. La bande-annonce joue la carte du thriller paranoïaque plutôt que du spectacle bruyant, ce qui, venant de Spielberg, est soit une excellente nouvelle, soit un piège. On mise sur la première option, mais on garde un œil sur la deuxième.
Ce qui rend l’affaire intéressante, c’est moins le sujet que la trajectoire. Depuis West Side Story (2021) et The Fabelmans (2022), Spielberg semblait en mode testament autobiographique, comme si la grosse machine hollywoodienne ne l’intéressait plus vraiment. Revenir sur un terrain aussi balisé, les extraterrestres, la peur collective, la vérité cachée, avec ce casting et ce budget (les chiffres exacts restent confidentiels, mais on parle d’une production à plusieurs centaines de millions de dollars), c’est un pari. Pas désagréable à observer.
Dupieux pète les plombs (en animation, cette fois)
Quentin Dupieux a déjà fait parler un pneu (Rubber), une veste en daim (Mandibules), une mouche géante (Incroyable mais vrai), des oreilles coupées (Fumer fait tousser). Alors logiquement, l’animation était la suite naturelle. Le Vertige sort mercredi avec les voix d’Alain Chabat, Jonathan Cohen et Anaïs Demoustier, et raconte l’histoire de Jacques qui va chez son ami Bruno pour lui balancer une info un brin existentielle : l’humanité vit dans une simulation. Présenté en clôture de la Quinzaine des Cinéastes à Cannes, le film joue avec les codes visuels du jeu vidéo pour explorer une thèse aussi vieille que Matrix (1999), mais avec le filtre absurde-désinvolte qui fait la marque de Dupieux. 404 séances au compteur, confortable, pas stratosphérique. C’est exactement là où Dupieux se sent bien : entre les deux, dans un inconfort parfaitement calculé.
La vraie question, et on se la pose sans honte, c’est de savoir si la forme animation ajoute quelque chose à la démarche ou si c’est juste la prochaine case à cocher dans le bingo Dupieux. Rubber avait besoin du réel pour fonctionner. Est-ce que le délire méta-filmique tient quand tout est dessiné ? Réponse mercredi soir. On y va.
Le Vertige des poings : The Furious arrive

Coréalisé par Kenji Tanigaki et Kensuke Sonomura, deux noms qui sonnent comme une promesse pour quiconque suit le cinéma d’action hongkongais et japonais de près,, The Furious (titre original : Huo zhe yan) porte en lui tout ce que le sous-genre peut faire de mieux et de pire. Un père dont la fille est kidnappée par un réseau criminel. Un journaliste allié en la personne de Joe Taslim, vu dans The Raid (2011) et dans Mortal Kombat (2021). Des chorégraphies de combat que les festivals ont déjà saluées avant même la sortie en salle. Le film débarque avec 156 séances, peu, ce qui suggère une sortie confidentielle, mais une réputation qui le précède. Pour les amateurs du genre, c’est le rendez-vous de la semaine.
Surtout, The Furious s’inscrit dans une tendance lourde : le renouveau du film d’action chorégraphié asiatique en salles françaises, après The Raid, SPL et tous leurs descendants. Brian Le complète un casting qui mêle générations et nationalités, et ça, sur le papier, c’est exactement le genre de pari qu’on aime voir. Kidnapping de fille, réseau criminel, vengeance, le pitch ressemble à du Liam Neeson en moins somnolent. Mais les poings, eux, ont l’air autrement plus réveillés.
Soderbergh fausse et gagne : The Christophers

Steven Soderbergh ne s’arrête jamais (on le dit à chaque fois, il repart à chaque fois). The Christophers réunit Ian McKellen en peintre pop art misanthrope, Michaela Coel en restauratrice-faussaire, et James Corden en fils avide d’héritage, un casting qui aurait tout d’une blague si Soderbergh n’avait pas la réputation de tirer le meilleur de ses acteurs même dans les projets les plus improbables. L’histoire : des toiles inachevées, un stratagème familial sordide, une assistante infiltrée pour terminer l’œuvre en secret. C’est Velvet Buzzsaw (2019) en moins gore et sans doute en plus malin, quelque part entre satire du marché de l’art et comédie de mœurs anglaises. 200 séances, public art et essai, cible large mais pas pressée.
Romain Duris, père malgré tout
Fils de personne de Safy Nebbou embarque Romain Duris dans un drame de l’adoption et du deuil, entre la France et la Thaïlande. Un enfant de quatre ans perd sa mère adoptive dans un accident ; le père repart en Thaïlande pour rendre l’enfant à sa famille biologique, et se retrouve à remettre en question tout ce qu’il croyait sur la parentalité, la perte, la reconstruction. 304 séances, ce qui en fait l’un des drames français les mieux dotés de la semaine. Safy Nebbou n’a pas toujours convaincu (Dans ses yeux, 2021, était une belle idée à moitié réalisée), mais il a l’intelligence de ne jamais chercher le confort. Duris en père effondré, c’est une valeur sûre, à condition que le scénario tienne.
Et tout le reste (qui vaut quand même le coup d’œil)

Une année italienne de Laura Samani adapte Giani Stuparich pour raconter septembre 2007 à Trieste, une lycéenne suédoise, seule fille de sa classe, sous le regard d’un trio de garçons. 129 séances, sortie confidentielle, mais le nom Samani est une garantie de soin formel. À côté, D’un monde à l’autre, documentaire de Jérémie Renier sur le deuil et l’amitié, 85 séances, un projet personnel qui sort du cadre de la fiction. Et Ma famille chérie d’Isild Le Besco avec Élodie Bouchez, Marisa Berenson et Jeanne Balibar autour d’une réunion de famille sous tension, 20 séances seulement, ce qui dit tout sur la visibilité accordée aux projets de ce type en 2026. Injuste ? Probablement. Surprenant ? Pas vraiment.
Mention spéciale à Le Dernier vrai samouraï (A Samurai in Time), comédie fantastique japonaise où un guerrier de l’époque d’Edo se réveille sur le tournage d’une série historique contemporaine, 26 séances, mais le concept est assez dingo pour mériter le déplacement.
Le chiffre de la semaine
811 séances pour Disclosure Day contre 20 pour Ma famille chérie. Pas besoin d’un doctorat en économie du cinéma pour comprendre où va l’argent. La concentration des moyens sur une poignée de titres, le film Spielberg écrase tout, littéralement, laisse les autres se battre pour les miettes. Ce n’est pas nouveau, mais ça reste une putain de réalité à avaler chaque mercredi. La prochaine fois qu’on vous dit que le cinéma d’auteur se porte bien en France, montrez ce tableau.
Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.




