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    Nrmagazine » James Cameron et Spider-Man : le film perdu qui aurait pu changer les super-héros
    Blog Entertainment 7 juillet 20267 Minutes de Lecture

    James Cameron et Spider-Man : le film perdu qui aurait pu changer les super-héros

    Retour sur un projet maudit, trop moqué, et peut-être bien plus visionnaire qu’on ne l’a raconté
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    Avant que Sam Raimi ne plante ses toiles en 2002, James Cameron avait déjà tenté de faire de Spider-Man autre chose qu’un simple divertissement à costumes : un film de chair, de classe et de pulsions. Le résultat n’a jamais dépassé le stade du projet, mais le mythe, lui, a pris une ampleur de monstre sacré raté.

    Pour comprendre pourquoi cette version fantôme continue de faire parler, il faut revenir au début des années 1990, quand Hollywood tâtonne encore avec les super-héros comme avec une bête un peu flippante qu’on ne sait pas très bien nourrir. Batman de Tim Burton a déjà montré qu’un comic book pouvait devenir un événement mondial, mais le genre reste fragile, bancal, souvent ringardisé par des adaptations fauchées ou mal calibrées. Marvel, à l’époque, n’est pas encore la machine à cash qu’on connaît aujourd’hui ; la maison traverse une zone de turbulences financières, et ses personnages circulent comme des cartes de poker qu’on essaie de refourguer au bon joueur. Cameron, lui, sort de Terminator 2 : Judgment Day (1991) et prépare True Lies (1994) : autant dire qu’il n’est pas exactement en train de bricoler dans son garage. Il a déjà prouvé qu’il pouvait marier spectacle industriel, tension physique et sous-texte politique sans perdre le public en route. Bref, quand il s’intéresse à Spider-Man, ce n’est pas pour faire un gadget de plus, c’est pour redessiner la carte du genre.

    Le plus drôle, c’est que le projet a longtemps été résumé par Internet à deux ou trois détails qui font lever un sourcil : des dialogues crus, une scène de sexe jugée embarrassante, un ton soi-disant trop adulte. Comme si un scriptment de Cameron pouvait se réduire à une poignée de fantasmes mal digérés. On a vu des threads entiers traiter ce Spider-Man avorté comme une faute de goût, alors qu’il s’agissait surtout d’un essai de gravité. Le vrai sujet, ce n’est pas “est-ce que c’était choquant ?”, c’est “et si Hollywood avait pris les super-héros au sérieux dix ans plus tôt ?”

    Toile de fond, toile de classe

    Dans cette version, Peter Parker n’est pas seulement un ado un peu gauche qui apprend à grimper aux murs. Il devient un gamin de milieu modeste coincé dans un environnement social qui le regarde de haut, et Cameron insiste là-dessus avec une obstination presque politique. Peter vit du mauvais côté des lignes de classe, fréquente une école plus huppée, encaisse le mépris, puis transforme cette humiliation en énergie. Voilà le cœur du truc : chez Cameron, le super-pouvoir n’est pas une coquetterie visuelle, c’est une réponse à la violence sociale. On n’est pas loin de la logique de Aliens ou de The Terminator : un corps menacé, un système hostile, et un personnage qui doit inventer sa propre survie. Le film aurait été moins “comic book” que “cinéma de lutte”, et ça, mine de rien, ça change tout.

    Le fameux “scriptment” de Cameron, ce document hybride entre traitement et scénario, pousse même cette logique jusqu’à des gestes presque absurdes, mais révélateurs. Peter découvre de l’argent chez un dealer, vacille au bord du passage à l’acte, puis jette les billets au-dessus d’un quartier populaire. Plus tard, il largue encore plus d’argent sur Manhattan, transformant la ville en carnaval de billets volants. C’est un geste de héros, oui, mais aussi une image de redistribution sauvage, presque de sabotage du capital. On comprend mieux pourquoi ce projet fascinait autant qu’il agaçait : Cameron ne voulait pas juste filmer un adolescent masqué, il voulait faire du mythe un instrument de classe. Et franchement, il y avait là de quoi faire grincer les dents de pas mal de producteurs en costard. Le costume n’était qu’un prétexte ; le vrai combat se jouait dans la rue.

    Affiche de Spider-Man
    Affiche de Spider-Man

    Le péché originel en collants

    Évidemment, Internet a surtout retenu les éléments les plus voyants, et parfois les plus gênants : une métaphore sexuelle un peu trop appuyée, une romance qui frôle le malaise, un ton plus R-rated que ce que le public associe spontanément à Spider-Man. Sauf que cette gêne dit aussi quelque chose de notre rapport aux super-héros. On adore les voir souffrir, on aime qu’ils portent le poids du monde, mais on se crispe dès qu’un cinéaste ose faire remonter tout ça à la surface du désir, du corps, de la puberté. Cameron, lui, n’avait pas peur de relier la toile à l’organique. Il voyait dans la transformation de Peter une métaphore de l’adolescence, des bouleversements du corps, des pulsions qu’on ne maîtrise pas. C’est moins élégant sur le papier que chez certains scénaristes plus sages, mais c’est aussi plus frontal. Le problème n’était pas qu’il en faisait trop ; c’est qu’il prenait le matériau au sérieux, ce qui est souvent le meilleur moyen de fâcher les gardiens du temple.

    Et puis il y a le nerf du film d’action. Là, Cameron n’était pas en terrain glissant, il était chez lui. Le projet imaginait un affrontement final au sommet du World Trade Center, avec une brutalité mécanique, des corps qui s’entrechoquent, des vitres qui volent, des tours qui deviennent des arènes. On peut discuter du goût, du symbole, de la charge rétrospective de ce décor, mais sur le plan cinématographique, l’idée a la gueule d’un set-piece à l’ancienne : lisible, massif, presque mythologique. Cameron sait filmer la matière, la hauteur, le vertige. Il sait faire d’un combat une architecture. Autrement dit : il aurait probablement livré du grand spectacle, pas un brouillon de cosplay.

    Le casting fantôme et les fantômes du genre

    Dans les marges du projet, on croise des noms qui donnent à ce Spider-Man une allure de film parallèle. Leonardo DiCaprio a été évoqué pour le rôle principal, même s’il a ensuite minimisé la chose, comme souvent quand Hollywood ressort de vieux dossiers un peu poussiéreux. Lance Henriksen et Michael Biehn ont aussi circulé pour les rôles de Carlton Strand et Boyd. Rien d’officiel, rien de gravé dans le marbre, mais assez pour nourrir la machine à fantasmes. Et puis il y a ce détail délicieux : les lanceurs de toile organiques, que Sam Raimi reprendra en 2002, venaient déjà de Cameron. Comme quoi Internet adore parfois attribuer aux mauvaises personnes les bonnes idées. Le futur Spider-Man de Raimi portait déjà une petite cicatrice Cameron, et ça, c’est le genre de filiation que la pop culture oublie trop vite.

    Ce qui rend le projet si intéressant, au fond, c’est qu’il annonce une mutation majeure du cinéma de super-héros avant que celle-ci ne devienne la norme. Quand Christopher Nolan sort Batman Begins en 2005, il impose l’idée qu’un héros de comics peut être traité dans une réalité “cinématographique” crédible, lourde, presque tactile. Cameron, lui, y pensait déjà plus d’une décennie plus tôt. Il ne s’agit pas de dire qu’il avait tout inventé, ce serait grotesque, mais de reconnaître qu’il avait flairé le mouvement avant les autres. Dans la grande histoire du blockbuster, ça compte. Beaucoup. Le film n’a pas existé, mais sa logique a contaminé le genre.

    Alors oui, on peut continuer à sourire devant l’idée d’un Spider-Man plus sale, plus nerveux, plus adulte, avec ses excès et ses métaphores qui débordent. Mais si on gratte un peu, on voit surtout un cinéaste qui comprenait que les super-héros n’étaient pas seulement des produits dérivés à aligner sur une étagère, mais des machines à raconter l’angoisse moderne. Et ça, franchement, ce n’est pas rien. Le vrai miracle n’est peut-être pas que ce film ait été abandonné. C’est qu’il continue, trente ans plus tard, à faire trembler le décor. Comme quoi, même un film jamais tourné peut laisser plus de traces qu’un paquet de suites bien propres.

    Bande-annonce VF de Spider-Man

    nrmagazine
    Vincent Bazire

    Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.

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