Ice Cube et Nia Long remettent le couvert pour Are They Gone Yet?, troisième virage d’une franchise familiale qui n’a jamais vraiment eu honte de son ADN : faire du chaos domestique un produit calibré pour le box-office. Oui, encore une suite. Oui, encore des enfants. Et oui, Hollywood continue de croire qu’un titre avec un point d’interrogation suffit à faire redémarrer le moteur.
Pour rappel, Are We There Yet? débarque en 2005 sous la bannière de Revolution Studios, réalisé par Brian Levant, avec Ice Cube en tête d’affiche aux côtés de Nia Long, John C. McGinley et Aleisha Allen. Le film, vendu comme une comédie familiale à petit budget et à gros rendement, s’en tire avec environ 97 millions de dollars de box-office mondial pour un budget de production estimé à 32 millions. Pas un monstre sacré, mais une jolie poule aux œufs d’or pour un studio qui cherchait surtout à faire tourner la machine sans trop se fouler les lombaires.
La suite, Are We Done Yet? (2007), change de réalisateur – Steve Carr prend le relais – et pousse le curseur vers la sitcom de luxe avec déménagement, rénovation et crise de nerfs en prime. Le film reste dans la même logique industrielle : peu de risques, beaucoup de familiarité, une exploitation en salles pensée comme un sas avant la vie longue en vidéo puis en télévision. Le budget tourne autour de 40 millions de dollars, pour un résultat commercial plus tiède que le premier opus. La franchise, déjà, montrait son péché originel : elle sait tenir une promesse de confort, pas de surprise.
Et c’est précisément là que Are They Gone Yet? devient intéressant : ce n’est pas seulement une suite, c’est un test de survie pour une comédie de studio née à l’époque où les têtes d’affiche pouvaient encore porter une machine entière sur leurs épaules.
Le retour du cube dans la boîte
En apparence, le projet ressemble à une simple réunion de famille. En réalité, il dit beaucoup de la manière dont Hollywood recycle ses marques quand les idées neuves coûtent trop cher et rapportent trop peu. Ice Cube, qui a longtemps navigué entre rap, comédie populaire et cinéma de genre, rejoue ici son vieux numéro : le type dur qui se retrouve coincé dans un dispositif domestique absurde. Sauf que le gag n’est plus seulement narratif ; il est industriel.
Skydance Sports, qui a racheté le projet, ajoute une couche de lecture presque comique. Le label n’est pas connu pour ses comédies familiales, mais pour ses ambitions de contenus à fort potentiel de marque, capables de circuler entre cinéma, plateformes et exploitation secondaire. Autrement dit : on ne parle pas juste d’un film, on parle d’un actif. Un produit. Une petite machine à fantasme avec option franchise. Hollywood adore faire passer la nostalgie pour une stratégie de croissance.
Nia Long, l’arme discrète
Le retour de Nia Long compte plus qu’il n’en a l’air. Dans la première salve, elle incarnait l’ancrage, la stabilité, la contre-force face au chaos de Nick. C’est souvent le sort des actrices dans ce type de franchise : elles tiennent la ligne, absorbent les dégâts, donnent au film sa tenue morale pendant que les hommes s’agitent comme des gamins en goguette. Long, elle, a toujours eu ce mélange de classe et de sécheresse qui évite à ses rôles de se dissoudre dans le sucre.
Son retour peut aussi se lire comme un geste de continuité plus malin qu’il n’y paraît. Dans une époque où les suites aiment recycler les visages plus que les idées, retrouver le duo Ice Cube / Nia Long permet de rebrancher la saga sur sa mémoire affective. Ce n’est pas du fan service au sens vulgaire ; c’est du capital émotionnel. Et à Hollywood, le capital émotionnel, c’est souvent le seul qui ne demande pas un budget marketing à neuf chiffres pour exister.
Skydance au volant, la route reste cabossée
Autre valeur : le passage sous pavillon Skydance raconte la mutation d’un certain cinéma de studio. On n’est plus dans la comédie familiale de l’ère DVD, où l’on pouvait amortir un film sur plusieurs fenêtres de diffusion et quelques passages télé bien placés. On est dans une logique de portefeuille, de synergie, de circulation des marques. Le studio ne rachète pas seulement un titre, il récupère une mécanique déjà connue du public. Le genre de raccourci qui fait gagner du temps en réunion et perdre un peu d’âme au passage.
Reste la question que tout le monde se pose sans trop oser la formuler : comment relancer une franchise dont le moteur reposait déjà sur une idée simple, presque bête, mais efficace – un adulte coincé avec des enfants, et la certitude que tout va partir en vrille ? La réponse, si elle existe, passera sans doute par le dosage. Garder la mécanique. Changer le carburant. Ou, plus probablement, refaire le plein avec la même vieille essence en espérant que ça tienne encore un tour.
Are They Gone Yet? n’a pas besoin d’être génial pour exister ; il lui suffit d’être assez rentable pour justifier qu’on remette les clés dans le contact.
Et si le film finit par marcher, on aura droit à quoi ensuite ? Are We Back Yet? ? Are They Still Here Yet? ? À ce stade, la franchise a surtout l’air d’un GPS qui perd le signal mais insiste pour recalculer l’itinéraire. Ce qui, pour une comédie de famille, n’est pas si mal. Pour le reste, on verra bien qui a été “gone” en premier : les personnages, ou l’idée même de surprise.
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




