Première destination mondiale, et cette fois les chiffres suivent
Pour rappel, « première destination touristique mondiale » était longtemps un titre honorifique un peu creux : beaucoup de visiteurs, recettes moins reluisantes qu’en Espagne ou aux États-Unis. Cette époque est révolue. En 2025, la France a accueilli 102 millions de visiteurs internationaux, soit 2 millions de plus qu’en 2024, et surtout +13 % par rapport au niveau d’avant-pandémie de 2019 . Atout France et Bercy ont publié leurs bilans conjointement en février 2026 , et les deux instances sont d’accord sur un point : on est sur une trajectoire record. Nul doute que le gouvernement, qui s’est fixé l’objectif de 100 milliards d’euros de recettes d’ici 2030 , a coché une case plus tôt que prévu.
Les recettes touristiques internationales ont atteint 77,5 milliards d’euros en 2025, en hausse de 9 % sur un an . La dépense moyenne par touriste étranger a, elle, grimpé de 7 % pour s’établir à 760 euros par séjour . Ce qui veut dire que la France ne se contente plus d’attirer massivement : elle commence à attirer mieux, plus longtemps, plus cher. La balance des paiements touristique affiche un solde positif de 20,1 milliards d’euros . En économie, on appelle ça une bonne nouvelle. Dans la vraie vie, on appelle ça un putain de bon résultat.
8 % du PIB, 2 millions d’emplois : le secteur qui n’a pas peur du chômage
Le tourisme représente aujourd’hui 8 % du produit intérieur brut français et génère 2 millions d’emplois directs et indirects, dont plus de 300 000 emplois saisonniers . C’est le troisième secteur exportateur du pays, derrière l’aéronautique et les produits de luxe, deux industries qui, ironiquement, contribuent elles-mêmes à drainer les visiteurs vers Paris et les régions. En janvier 2026, le chiffre d’affaires des hébergeurs français progressait encore de +2,7 %, avec un tarif moyen par chambre disponible (RevPAR) à 61,9 euros, porté notamment par l’Île-de-France à +7,8 % et par les stations de montagne . La mécanique tourne. Et la consommation touristique intérieure totale, résidents inclus, a dépassé 222 milliards d’euros en 2025 . À ce stade, parler de « levier de croissance » relève presque de l’euphémisme poli.
Quatre Français sur dix ne partent toutefois jamais en vacances . Un chiffre qui tranche avec les récits de records et d’abondance, et que le gouvernement tente d’adresser via l’Agence nationale pour les chèques-vacances : un portail unique recense désormais 22 aides au départ accessibles à 300 000 familles . Serge Papin, ministre du Tourisme, a fait de ce dossier l’une de ses priorités annoncées en février 2026 lors de la présentation du bilan annuel . Reste à voir si ça dépassera le stade du portail web bien fait.
« La France confirme sa place de première destination mondiale », Bercy, bilan 2025, comme tous les ans depuis un moment (oui encore).
L’été 2025, ou quand la montagne et la mer ont dit merci
La saison estivale 2025 a enregistré une fréquentation en hausse de 3,7 % par rapport à l’été 2024, selon l’INSEE . Plus de 290 millions de nuitées ont été comptabilisées sur la seule période estivale, avec des recettes internationales qui dépassaient déjà 37 milliards d’euros au premier semestre . Le camping, grand absent des discours chics sur le tourisme haut de gamme, s’est révélé l’une des vitrines les plus solides du secteur : la France est officiellement leader mondial du camping . Ce n’est pas anodin. Le camping représente une masse de nuitées, de recettes et d’emplois que personne n’ose vraiment chiffrer dans les grandes conférences de presse ministérielles, et pourtant.
Le tourisme domestique reste massif : près de sept séjours sur dix effectués par des Français se font sur le territoire national, avec un repli notable des départs à l’étranger . La France se vend aux étrangers, et les Français se vendent la France à eux-mêmes. On a connu des cercles vertueux moins bien ficelés.

Surtourisme, durabilité : le revers de la médaille qu’on préfère mettre dans le tiroir
Sauf que 102 millions de visiteurs, ça s’accumule quelque part. Le surtourisme, ce mot que les offices de tourisme prononcent à mi-voix, commence à peser sur certaines destinations emblématiques, des ruelles du Mont-Saint-Michel aux plages de Bretagne, des sommets alpins aux places du Marais. Le gouvernement a officiellement inscrit la durabilité comme avantage compétitif stratégique , et un comité interministériel du tourisme réuni à Angers en juillet 2025 a fixé un cap : la France veut devenir première nation mondiale en tourisme durable d’ici 2030 . L’objectif est beau. Le chemin est long. Et les résidences secondaires ne vont pas se déplacer toutes seules.
En 2026, les tendances lourdes identifiées par les opérateurs du secteur conjuguent intelligence artificielle, personnalisation de l’expérience, mobilité douce et flux touristiques mieux régulés . Autrement dit : les touristes veulent payer moins, voyager mieux, empreindre moins, et les acteurs du secteur cherchent comment leur facturer tout ça quand même. C’est le marché, bébé.
Cap 2030 : 100 milliards, ou comment la France joue son propre blockbuster
L’objectif officiel est 100 milliards d’euros de recettes touristiques internationales d’ici 2030 , posé par le gouvernement comme une ligne d’arrivée. Avec 77,5 milliards déjà encaissés en 2025 et une croissance annuelle à +9 %, le calcul n’est pas insensé. Atout France reste confiant sur la fréquentation 2026, même en contexte géopolitique incertain, les zones de conflit ne représentent, selon l’agence, « que » 200 000 visiteurs par an parmi les flux entrants . Une goutte dans l’océan des 102 millions.
La vraie inconnue, c’est la durée des séjours. La France attire massivement mais peine à retenir : allonger la durée moyenne des séjours étrangers reste le défi structurel que personne ne sait encore vraiment résoudre . L’Espagne l’a compris avant nous. Et pendant ce temps, le voyageur international moyen arrive à Paris le jeudi, prend une photo devant la Tour Eiffel le vendredi, repart le dimanche et dépense ses 760 euros en deux jours chrono. On a les records, il nous manque encore la profondeur.
Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.



