Chan-wook, le président qu’on méritait
Commençons par là, parce que c’est la meilleure nouvelle de l’année : Park Chan-wook préside le jury. Le réalisateur d’Aucun autre choix, de Old Boy (Grand Prix 2004), de Thirst (Prix du jury 2009) et de Decision to Leave (Prix de la mise en scène 2022) connaît la maison comme sa poche, sauf qu’il en tient les clés pour la première fois. Il devient au passage le premier cinéaste de Corée du Sud à occuper ce fauteuil, succédant à Juliette Binoche et sa Palme iranienne de 2025. Autour de lui, un jury de neuf membres sans un seul Français (oui, vraiment) : Demi Moore, Ruth Negga, Chloé Zhao, Laura Wandel, Stellan Skarsgård, Isaach De Bankolé, Paul Laverty et Diego Céspedes. Jacob Elordi devait en faire partie, il a été remplacé suite à une blessure.
Ce jury dira donc le 23 mai au soir, en direct sur France 2, qui succède à Un simple accident de Jafar Panahi. On a hâte. On a peur. Les deux simultanément.
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La compétition, ou : comment mettre Hamaguchi, Almodóvar et Zviaguintsev dans le même couloir
Thierry Frémaux a sorti le grand jeu. Vingt-deux films en compétition officielle, une liste qui ressemble moins à une sélection qu’à un hall of fame en activité. Ryusuke Hamaguchi présente Soudain, son premier long-métrage en langue française avec Virginie Efira, deux ans après son Evil Does Not Exist (Lion d’argent à Venise 2023). Hirokazu Kore-eda, Palme d’or 2018 pour Une affaire de famille, revient avec Sheep in the Box, une anticipation sur un couple en deuil qui adopte un garçon humanoïde, Kore-eda en mode SF, ce n’est pas tous les jours. Andreï Zviaguintsev, exilé, signe Minotaure, une co-production franco-germano-lettone qui marque son grand retour après Faute d’amour (2017). Et pour couronner le tout, Pedro Almodóvar arrive avec Amarga Navidad, réunion de famille artistique avec Bárbara Lennie et Rossy de Palma, pendant que les Javis (Javier Calvo et Javier Ambrossi) lui volent une case de la sélection avec La bola negra, deux films espagnols, deux visions radicalement différentes, et la péninsule ibérique qui rappelle au monde qu’elle n’est pas là pour faire de la figuration.
Côté franco-français, la compétition compte Léa Mysius (Histoires de la nuit, avec Monica Bellucci et Benoît Magimel), Jeanne Herry (Garance, avec Adèle Exarchopoulos), Arthur Harari (L’Inconnue, avec Léa Seydoux) et Emmanuel Marre (Notre salut). Mention spéciale à Asghar Farhadi qui revient avec Histoires parallèles et un casting hallucinant : Isabelle Huppert, Virginie Efira, Vincent Cassel, Pierre Niney, Catherine Deneuve, le film se concentre sur les attentats du 13 novembre 2015 à Paris. Si ce film ne gagne rien, c’est que le jury aura pris une mauvaise décision, ou une très bonne.
On note aussi Pawel Pawlikowski et son Fatherland, drame de Guerre froide avec Sandra Hüller, l’actrice la plus Cannes-compatible de la décennie, et Lukas Dhont (Coward), qui revient quatre ans après Close (Grand Prix 2022) et ses pleurs d’adolescents. James Gray débarque avec Paper Tiger, réunissant Adam Driver, Miles Teller et Scarlett Johansson, un casting qui sent les ambitions hollywoodiennes d’un film qui n’en a probablement pas besoin. Gray est aimé ici : Armageddon Time, The Immigrant, Two Lovers, We Own the Night, cinq films présentés sur la Croisette, il connaît l’adresse.
Na Hong-jin, Mungiu et les autres, la carte du monde en 22 cases
La géographie de cette compétition est vertigineuse. Na Hong-jin (The Wailing, 2016) présente enfin son Hope, attendu depuis des années, avec Hwang Jeong-min, Jo In-sung, Jung Ho-yeon, Michael Fassbender et Alicia Vikander. Dix ans qu’on attendait que le réalisateur coréen remette le couvert, visiblement, il a pris son temps pour s’assurer que ça ferait très mal. Dans un registre plus austère, Cristian Mungiu revient avec Fjord, co-production roumano-norvégienne avec Sebastian Stan et Renate Reinsve. 4 mois, 3 semaines, 2 jours (Palme d’or 2007), Au-delà des collines (Prix du scénario 2012), R.M.N. (2022), l’homme est un habitué de la cour, et chaque retour est un événement. László Nemes (Le Fils de Saul, Grand Prix du jury 2015) présente Moulin, avec Gilles Lellouche et Lars Eidinger dans ce qui s’annonce comme un objet formel pas franchement de tout repos.
Côté autrichien, Marie Kreutzer (Corsage) revient avec Gentle Monster, réunissant Léa Seydoux et Catherine Deneuve, qui apparaît donc également dans Histoires parallèles de Farhadi. La grande Deneuve, 82 ans, présente dans deux films en compétition la même année. Voilà une phrase qui n’a pas besoin de commentaire supplémentaire.
Hors-compétition, le grand n’importe quoi organisé
En marge de la compétition, Cannes a sorti quelques cartes de sa manche avec un art consommé du grand écart. Nicolas Winding Refn présente Her Private Hell, un thriller avec Sophie Thatcher et Charles Melton produit par Neon, son premier long-métrage depuis The Neon Demon (2016). Refn qui continue de faire exactement ce qu’il veut, et c’est très bien comme ça. Guillaume Canet est là avec Karma, Agnès Jaoui avec L’Objet du délit, et Quentin Dupieux joue sur les deux tableaux : Full Phil en séance de minuit et Le Vertige en clôture de la Quinzaine des cinéastes. Dupieux à Cannes, c’est désormais aussi régulier qu’une marée. En séances de minuit, Yeon Sang-ho, le réalisateur de Train to Busan, débarque avec Colony, en mode SF coréenne. Et il y a La Vénus électrique de Pierre Salvadori en film d’ouverture, hors-compétition, histoire de lancer la machine en douceur.
En séances spéciales, Steven Soderbergh présente John Lennon : The Last Interview, Ron Howard un documentaire sur le photographe Richard Avedon. En section Cannes Première, John Travolta débarque avec Vol de nuit pour Los Angeles, son premier long-métrage en tant que réalisateur (en lice pour la Caméra d’or, s’il vous plaît). La Caméra d’or, le prix du meilleur premier film, est décernée par un jury présidé par Monia Chokri. Daniel Auteuil présente également La Troisième nuit, et Christophe Honoré (Mariage au goût d’orange) continue son chemin de croix cannois annuel avec la régularité d’un fonctionnaire.
Streisand, Jackson et le Carrosse pour Claire Denis
Les Palmes d’honneur 2026 vont à Barbra Streisand et Peter Jackson, deux monstres sacrés de générations et de registres diamétralement opposés, réunis sur la même Croisette. Jackson recevra également une masterclass, aux côtés de Cate Blanchett et Tilda Swinton. Pendant ce temps, Claire Denis reçoit le Carrosse d’or de la Quinzaine des cinéastes, une reconnaissance tardive mais juste pour la réalisatrice de Beau Travail, Trouble Every Day et Stars at Noon. C’est le genre de décision qui redonne foi dans les institutions.
La maîtresse de cérémonie des soirées d’ouverture et de clôture est Eye Haïdara. L’affiche de cette 79e édition reprend une photographie de Thelma et Louise de Ridley Scott, le film avait fermé le festival en 1991. Un clin d’œil chargé de sens dans un contexte où la place des femmes dans le cinéma reste, disons, un chantier en cours (attention, euphémisme).
Un Certain Regard, ou le vrai festival sous le festival
Présidé par Leila Bekhti, le jury Un Certain Regard a fort à faire. La sélection s’ouvre avec Teenage Sex and Death at Camp Miasma de Jane Schoenbrun, réalisatrice de We’re All Going to the World’s Fair, avec Hannah Einbinder et Gillian Anderson, voix queer du cinéma américain indépendant. Judith Godrèche présente Mémoire de fille, après son irruption remarquée à la cérémonie des César 2024, cette fois, elle est derrière la caméra. La section accueille aussi Valentina Maurel (Ton animal maternel), un film palestinien de Rakan Mayasi et Ira Sachs en compétition principale avec The Man I Love, portrait du New York des années 1980 avec Rami Malek. Pour retrouver nos articles sur la sélection film par film, direction notre rubrique cinéma. Ce n’est pas pour rien que la Croisette intéresse encore le monde entier.
Le palmarès, c’est pour quand exactement ?
La cérémonie de clôture se tient le samedi 23 mai 2026, retransmise en direct sur France 2. Le jury d’Un Certain Regard rend son verdict le vendredi 22 mai, salle Debussy. L’Œil d’or (prix du documentaire) est décerné le même jour, par un jury présidé par le documentariste ukrainien Mstyslav Tchernov. La Cinef et les courts métrages : jeudi 21 mai.
Avec un jury présidé par l’homme qui a transformé la vengeance en art total et vingt-deux films dont au moins une dizaine méritent sérieusement d’être discutés, la cérémonie du 23 mai devrait être, au minimum, animée. Neon, distributeur derrière Fjord, Sheep in the Box et Soudain, vise un septième titre consécutif après la Palme de Panahi l’an dernier. Si ça continue comme ça, Neon va finir par avoir sa propre case à la Quinzaine.
Passionné de cinéma depuis toujours, je consacre une grande partie de mon temps libre à la réalisation de courts métrages. À 43 ans, cette passion est devenue une véritable source d’inspiration et de créativité dans ma vie.

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