Zendaya et Robert Pattinson qui se retrouvent dans une comédie noire A24, ça avait déjà des airs de petit piège à cinéphiles. Avec The Drama, on a surtout un film qui adore mettre les nerfs à vif, puis regarder le public se débrouiller avec ça.
Le long métrage de Kristoffer Borgli, déjà remarqué avec Dream Scenario en 2023, s’inscrit dans cette veine très A24 où l’on vend un objet presque romantique avant de le laisser virer au malaise organisé. La source de Slashfilm, signée Ryan Scott et publiée le 31 juillet 2026, rappelle que le film est désormais disponible sur HBO Max pour les abonnés. Et comme souvent avec cette maison de production devenue machine à fantasmes pour cinéphiles en manque de sueurs froides, le vrai sujet n’est pas seulement le film, mais la manière dont il a été fabriqué pour déjouer les attentes. On croit entrer dans une comédie sentimentale tordue, on se prend une lame de fond beaucoup plus noire.
Le contexte, lui, est presque trop beau pour être honnête. Zendaya enchaîne alors les gros morceaux avec Spider-Man: Brand New Day, The Odyssey et la saison 3 d’Euphoria derrière elle ; Pattinson, lui, navigue entre The Odyssey et Dune: Part Three. Bref, deux têtes d’affiche qui vivent dans la stratosphère des franchises et des grands récits industriels, avant de venir se frotter à un objet plus petit en apparence, plus vicieux en pratique. C’est là que le film devient intéressant : il ne cherche pas à concurrencer les mastodontes à coups de pyrotechnie, il préfère saboter la romance de l’intérieur. Et ça, chez A24, on sait faire avec un sourire en coin. Le film joue la carte du faux confort pour mieux planter son couteau.
Le principe narratif tient en une idée simple, presque cruelle : un couple fiancé voit sa semaine de mariage dérailler après une révélation inattendue. Pas besoin d’aller plus loin, et c’est bien le problème pour ceux qui veulent tout savoir avant d’appuyer sur lecture. The Drama repose sur un twist présenté comme décisif, au point que sa réception dépend beaucoup du goût de chacun pour les coups de théâtre qui reconfigurent tout le film. Certains y verront un coup de génie, d’autres une pirouette trop appuyée ; on est dans cette zone grise où la discussion compte presque autant que l’objet lui-même. Le film ne cherche pas l’unanimité, il cherche la friction.
Quand le malaise devient un argument de vente
Dans la plus pure tradition des sorties A24, The Drama a été vendu avec une prudence de comptable et une malice de prestidigitateur. Le studio a laissé croire à une dramedy indie de plus, alors que le film bifurque vers quelque chose de nettement plus sombre. Ce décalage n’est pas un accident de communication : c’est la stratégie. Depuis des années, A24 s’est taillé une réputation de label chic pour œuvres à haut potentiel de débat, de Hereditary à Everything Everywhere All at Once, en passant par des propositions plus abrasives comme Midsommar ou Uncut Gems. Ici, la logique est la même : faire du malaise un produit d’appel, presque une marque de fabrique. Le marketing ment un peu, le film beaucoup plus.

Et ça fonctionne d’autant mieux que le casting a de la gueule. Zendaya et Pattinson ne sont pas là pour faire joli sur l’affiche : selon le texte de Ryan Scott, ils livrent tous les deux une de leurs meilleures prestations. On veut bien le croire, d’autant que le duo a ce qu’il faut de présence, de froideur et de fragilité pour rendre crédible une relation qui se fissure à vue d’œil. Alana Haim et Mamoudou Athie complètent l’ensemble, histoire d’éviter que le film ne se réduise à un simple duel de stars. Dans ce genre d’opus, le casting n’est pas un bonus, c’est le moteur. Sans ça, tout s’écroule comme un château de cartes sous la pluie. Ici, les acteurs ne portent pas le film : ils en sont la matière explosive.
Le twist, ce vieux démon qui fait vendre
On a beau vivre à l’époque du spoil paniqué et du secret de polichinelle, le twist reste la poule aux œufs d’or du cinéma de genre et du cinéma d’auteur qui veut faire parler de lui. The Drama s’inscrit pile dans cette tradition : un retournement qui rebat toutes les cartes, et qui oblige le spectateur à reconsidérer ce qu’il vient de voir. La comparaison avec The Sixth Sense n’est pas absurde, même si elle dit surtout une chose : un twist n’a d’intérêt que s’il modifie la perception du film entier, pas s’il se contente de faire coucou depuis le fond du scénario. Ici, la source insiste sur le caractère clivant de cette révélation. Tant mieux. Les films trop sages laissent des traces de café ; les autres, parfois, laissent des cicatrices. Le twist n’est pas un gadget, c’est le péché originel du film.
Le succès commercial évoqué par la source n’est pas anodin non plus : avec 132 millions de dollars au box-office, The Drama s’est imposé comme l’un des plus gros coups de la maison A24, même si Backrooms a fait encore plus fort avec plus de 300 millions. Là encore, on voit bien la mutation du cinéma indépendant américain depuis une quinzaine d’années : les studios dits “indés” ne vivent plus seulement de prestige critique, ils savent aussi fabriquer des événements rentables, parfois à partir d’objets volontairement inconfortables. Le public n’achète plus seulement une histoire ; il achète une expérience, un choc, une conversation à tenir après la séance. Et franchement, on ne va pas faire les surpris. Le malaise, quand il est bien emballé, se vend très bien.
Pourquoi on a envie d’y revenir, même en grinçant des dents
Ce qui rend The Drama digne d’un vrai détour sur HBO Max, ce n’est pas son confort, c’est sa résistance. Le film semble avoir été pensé pour diviser sans se dissoudre, pour provoquer sans se contenter du scandale, pour laisser une empreinte même chez ceux qui le rejettent. C’est rare, et c’est précieux. Kristoffer Borgli a visiblement compris qu’un film trop lisse s’oublie aussitôt, alors qu’un film qui dérange un peu trop devient un sujet. Et dans le cinéma contemporain, le sujet vaut parfois plus que la morale. Un film qui fâche un peu vaut souvent mieux qu’un film qui ne dit rien.
Alors oui, on peut préférer les œuvres qui avancent sans faire de croche-pied à leur propre spectateur. Mais The Drama n’est pas là pour caresser qui que ce soit dans le sens du poil. Il s’inscrit dans cette famille de films qui testent notre tolérance à l’inconfort, notre goût pour les récits qui dérapent, notre capacité à accepter qu’une romance puisse virer au champ de ruines. Et avec Zendaya et Pattinson au centre du dispositif, le tout prend une allure de collision entre deux étoiles qui n’avaient rien à faire là, ce qui est précisément ce qui le rend intéressant. On n’en sort pas apaisé, mais on en sort avec quelque chose à dire. Et c’est déjà beaucoup.
Bande-annonce VF de The Drama
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




