Dernier arrêt pour Tim Curry en chair et en os : Burke & Hare n’est pas seulement une curiosité de cinéphiles, c’est aussi le point final d’une carrière qui a traversé la pop culture comme une lame bien affûtée. Et oui, on parle d’un film où l’horreur historique se déguise en farce noire, parce qu’à Hollywood, même les cadavres peuvent servir de carburant narratif.

Sorti en 2010, réalisé par John Landis et écrit par Piers Ashworth et Nick Moorcroft, Burke & Hare s’inspire des meurtres d’Édimbourg de 1828, quand William Burke et William Hare ont assassiné 16 personnes en dix mois pour revendre les corps au docteur Robert Knox. Rien que ça. Le matériau de départ sent déjà la morgue humide et la satire au vitriol, mais Landis choisit de le traiter comme une comédie macabre, avec Simon Pegg et Andy Serkis dans les rôles-titres, Tom Wilkinson en anatomiste avide et Tim Curry en rival scientifique, le professeur Alexander Monro. Le film marque aussi le retour de Landis derrière une caméra de long métrage après Susan’s Plan en 1998, soit douze ans de silence en salles. Une éternité à l’échelle d’un cinéaste autrefois fer de lance de la comédie horrifique américaine.

Et c’est là que l’affaire devient plus émouvante que son synopsis ne le laisse croire : Burke & Hare est le dernier film live-action de Tim Curry, ce qui lui donne aujourd’hui une valeur de relique, pas de simple curiosité de plateforme.

Le cadavre exquis du docteur Landis

À sa sortie, le film n’a pas fait l’unanimité, loin de là. Le score critique affiché par Rotten Tomatoes tourne autour de 33 %, avec des reproches récurrents sur l’équilibre bancal entre humour et terreur. Ty Burr, dans le Boston Globe, y voyait un écart abyssal entre le talent réuni et le résultat obtenu, tandis que Tom Huddleston, dans Time Out, a au contraire salué un ensemble souvent drôle et bien tenu. Bref, le genre de réception qui dit tout et son contraire, comme si le film lui-même hésitait entre le vaudeville de fosse commune et le pamphlet gothique. Landis ne cherche pas la reconstitution sage : il trafique l’histoire pour en faire une machine à sarcasmes, et ça ne plaît pas à tout le monde.

Mais on aurait tort de réduire Burke & Hare à son accueil tiède. Le film s’inscrit dans une tradition bien britannique de la farce noire, quelque part entre le goût des cadavres de The Ladykillers et l’absurde chirurgical d’un certain cinéma victorien revisité. Son sujet, lui, est d’une cruauté presque industrielle : la science réclame des corps, les corps se raréfient, les marges sociales deviennent un marché. Pas besoin d’en faire des tonnes pour sentir le malaise sous la plaisanterie. Le rire, ici, sert de couvercle à une histoire de prédation très sérieuse.

Affiche de Cadavres à la pelle
Affiche de Cadavres à la pelle

Tim Curry, l’ombre qui reste

Pour les fans de Tim Curry, le film a une saveur particulière. Après l’AVC de 2012, sa carrière live-action s’est arrêtée net, même s’il a continué à travailler sur scène et en voix. Quand on regarde Burke & Hare aujourd’hui, on ne cherche plus seulement un rôle : on cherche une présence, une dernière étincelle, un fragment de ce mélange unique de menace, d’élégance et de malice qui faisait de lui un cas à part. Curry n’y occupe pas l’écran autant qu’on pourrait l’espérer, mais chaque apparition rappelle pourquoi il a traversé The Rocky Horror Picture Show, la mini-série It ou Home Alone 2: Lost in New York comme un demi-dieu du bizarre.

Ce qui frappe, c’est que son personnage de rival académique fait écho à toute une partie de sa carrière : l’autorité piquée d’excentricité, la diction qui tranche, le plaisir manifeste de jouer les esprits supérieurs un peu toxiques. Chez lui, même le sérieux a toujours eu un léger rictus. Curry n’a jamais simplement interprété un rôle : il a contaminé le cadre.

Où le voir sans vendre un rein

Le film est accessible via des essais gratuits sur AMC+ et Sundance Now, chacun proposant en général une période de sept jours, avec aussi des options de location ou d’achat selon les plateformes habituelles. Il peut également apparaître sur Kanopy, selon les bibliothèques et les pays, ce qui en fait un petit objet de streaming à géométrie variable. Pas exactement le genre de disponibilité qui déclenche une ruée, mais assez pour que les curieux puissent aller vérifier par eux-mêmes si Landis a encore le sens du tempo, ou si le film reste coincé entre deux chaises. Pour les amateurs de Curry, la question n’est pas tant “faut-il le voir ?” que “pourquoi ne l’aurait-on pas déjà fait ?”

Au fond, Burke & Hare n’a pas besoin d’être un chef-d’œuvre pour compter. Il fonctionne comme une capsule terminale : un film imparfait, parfois boiteux, mais chargé d’un poids rétrospectif que ni son humour ni ses défauts ne peuvent dissoudre. Et c’est peut-être ça, la vraie ironie de l’histoire : un film sur des corps vendus à la découpe qui devient, des années plus tard, le dernier corps filmé d’un acteur inoubliable. Pas très joyeux, certes. Mais diablement cinématographique.

Bande-annonce VF de Cadavres à la pelle

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