On a parfois l’impression que le streaming avale les films d’action comme un tapis roulant de fast-food : vite servis, vite oubliés. Fight or Flight, lui, débarque avec assez de cran, de sang et de mauvaise foi pour mériter qu’on lui fasse une vraie place au menu.

Sorti initialement comme production originale Sky Cinema, ce long métrage signé James Madigan joue une carte simple et vacharde : un ancien agent du Secret Service, Lucas Reyes, embarque sur un vol Bangkok-San Francisco pour retrouver une hackeuse, sauf que l’avion est rempli de tueurs à gages venus du monde entier. Dit comme ça, on dirait un pitch écrit après trois cafés et un pari idiot. Sauf que le film tient debout, et même plutôt bien, parce qu’il comprend l’essentiel : dans le cinéma d’action, le concept compte autant que les coups de poing. Avec un box office mondial qui n’a pas dépassé les 4 millions de dollars, l’opus n’a pas eu la carrière qu’il méritait en salles ou presque, mais sa vie en streaming lui offre une seconde chance. Et franchement, il était temps.

Le vrai sujet, ici, c’est moins l’avion que le retour de Josh Hartnett dans la zone de turbulence où il est le plus intéressant.

Un avion, des tueurs et un sens du chaos très propre

James Madigan signe ici son premier long métrage après avoir roulé sa bosse en seconde équipe sur des machines comme Snake Eyes et The Meg. Ça se sent : il sait cadrer l’action, la rendre lisible, et surtout lui donner du nerf sans noyer l’image sous la bouillie numérique. Le film recycle le principe du huis clos mobile avec une efficacité presque insolente. On pense à Bullet Train, évidemment, mais en altitude, avec moins de politesse et davantage de membres qui volent. Le scénario de Brooks McLaren et D.J. Cotrona, passé par la Black List 2020 des scripts non produits les plus remarqués, a le bon goût de ne pas faire semblant d’être autre chose qu’un jouet nerveux. Chaque assassin a sa petite marotte, son arme signature, son gimmick de psychopathe de luxe. C’est idiot ? Oui. C’est précisément pour ça que ça fonctionne.

Le film ne cherche jamais à se faire passer pour un grand traité sur la violence contemporaine. Il préfère la mécanique du jeu vidéo, la progression par niveaux, le boss final qui débarque au mauvais moment, et le gag sanglant qui fait basculer une scène dans l’absurde. Le cinéma d’action de série B n’a pas besoin d’excuses quand il sait tenir son rythme.

Affiche de Fight or Flight
Affiche de Fight or Flight

Hartnett, ce demi-dieu cabossé qui joue les durs sans y croire tout à fait

Autre valeur du film : Josh Hartnett. L’acteur a toujours eu ce mélange bizarre de beauté trop lisse et de fragilité un peu bancale, ce qui le rend parfait pour jouer les types qui se rêvent plus solides qu’ils ne le sont. Lucas Reyes n’est pas un héros élégant ; il se prend pour un dur, il se rate parfois, il compense par l’instinct et l’énergie. Hartnett en fait un personnage à la fois drôle, nerveux et légèrement à côté de ses pompes. C’est là que Fight or Flight gagne ses galons : le film ne repose pas seulement sur ses cascades, mais sur le plaisir de voir un acteur revenir dans une zone où il n’a plus rien à prouver et où il peut enfin s’amuser sans se regarder le nombril.

On parle beaucoup du retour de Hartnett depuis Wrath of Man en 2021, puis Oppenheimer, Trap et même son passage remarqué dans The Bear. Ce qu’on appelle un peu vite la « Hartnettissance » a surtout un mérite : rappeler qu’un acteur peut disparaître des radars du grand public sans cesser d’exister, puis revenir avec une présence plus piquante qu’avant. Dans Fight or Flight, il fait lui-même ses cascades, et ça change tout. On sent le corps, le souffle, la fatigue, le petit grain de folie. Ce n’est pas un comeback en grande pompe, c’est un retour par la porte de service, et c’est bien plus chic.

Le plaisir coupable, mais sans la culpabilité

Le plus amusant dans cette affaire, c’est que le film assume son côté complètement détraqué. Il y a des tueurs venus de partout, un personnage obsédé par une chorégraphie de danse parfaite, des morceaux de bravoure qui virent au carnage, et une scène où Hartnett dégaine une tronçonneuse en plein vol. À ce stade, soit on adhère, soit on passe son chemin. L’équipe de la rédaction, elle, préfère largement les films qui osent être trop plutôt que pas assez. Parce qu’au fond, le vrai problème du streaming, ce n’est pas l’abondance : c’est l’effacement. Des films comme celui-ci existent, bricolent leur propre folie, puis se font avaler par le flux. Dommage, car Fight or Flight a précisément ce qu’il faut pour survivre à l’oubli : un concept net, une exécution propre, et un acteur qui joue le jeu jusqu’au bout.

Une suite est évoquée à la fin, mais avec un score mondial aussi maigre, il ne faut pas trop rêver au grand déploiement de franchise. Peu importe, au fond. Tout ce qu’on demande à ce genre de film, c’est de nous faire oublier l’heure pendant 90 minutes et de nous laisser avec une petite envie de recommencer. Et sur ce point, Fight or Flight fait le boulot sans trembler. Le reste, c’est du bonus. Ou du kérosène.

Part.
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