Il s’appelle Zalco, il a 18 ans, et il vient de construire un moteur de recherche qui crache l’adresse, le RIB, le groupe sanguin et les rendez-vous médicaux de millions de Français en moins de temps qu’il n’en faut pour ouvrir un onglet. Le gouvernement a saisi la justice ce vendredi 12 juin 2026. On tient peut-être le scénario tech le plus anxiogène de l’année.
20 Minutes révèle l’existence de Searcher, un agrégateur de données personnelles qui puise dans 127 sources, mêlant bases publiques, plateformes administratives, opérateurs, Insee, et bases de données piratées diffusées sur le dark web. Résultat : n’importe qui peut taper un nom et obtenir en quelques secondes un dossier personnel complet.
La ministre déléguée au Numérique, Anne Le Hénanff, a immédiatement réagi. Double infraction en vue : violation du RGPD et recel de données issues de piratages, puni par le Code pénal. Le site était en accès gratuit jusqu’à dimanche, avant de passer à 10 euros la semaine ou 35 euros le mois. Oui, le scandale a déjà un abonnement.
La donnée est publique si quelqu’un l’a volée avant, assume le prodige

Interrogé par 20 Minutes, Zalco ne se cache pas. Il décrit un logiciel qui « fouille automatiquement partout sur Internet », fait tous les liens possibles, et agrège. Sa justification tient en une formule : « Une fois qu’une base est diffusée après un piratage, la donnée est publique. »
Juridiquement, c’est indéfendable. Culturellement, c’est le symptôme d’une génération qui a grandi avec les leaks, les dumps et les forums où tout circule. La frontière entre accessible et légal est devenue une abstraction que certains traversent sans même la percevoir. Pour Zalco, Internet est un dépotoir ouvert. Il s’est contenté de brancher un aspirateur.
Des collégiens qui fouillent leurs profs, le point de bascule

L’affaire a explosé dans un collège de l’Essonne. Des enseignants ont découvert que leurs élèves pouvaient consulter leurs données personnelles en direct. Un gamin de quatrième qui tape le nom de son prof de maths et découvre son adresse, le nombre de ses enfants, son centre de soins, c’est la version école du cauchemar numérique.
Le site exposerait des noms, prénoms, dates et lieux de naissance, adresses postales, numéros de passeport et de Sécu, IBAN, plaques d’immatriculation, rendez-vous médicaux, voire des détails intimes sur des proches de personnalités publiques. La promesse de transparence radicale, version marchand de sommeil numérique.
Un business model qui paie pour surveiller et facture pour oublier

Le modèle économique est presque plus glaçant que la fuite : essai gratuit, puis 10 euros par semaine, 35 euros par mois, avec une augmentation des prix déjà annoncée. Pour faire retirer ses données, il faut passer par le canal Discord des créateurs.
Traduction : tu paies pour espionner, et les victimes négocient sur une messagerie de gamers pour qu’on efface leur passé. On croirait le pitch d’un épisode de Black Mirror refusé pour excès de cynisme. Sauf que cette fois, Charlie Brooker n’a rien écrit.
La justice est saisie. Searcher est toujours en ligne. Et Zalco, 18 ans, continue probablement de coder. Avec la même logique. Avec le même sourire. Si un film doit sortir de cette histoire, espérons qu’il soit tourné par un réalisateur, pas généré par une IA nourrie aux données volées
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Melissa Boudot est une personnalité culturelle française aux multiples facettes. Diplômée d'État de professeur de théâtre, elle nourrit depuis toujours une passion profonde pour les arts vivants et le septième art. Critique cinéma engagée, elle pose un regard aiguisé et sensible sur les œuvres qu'elle analyse, avec une plume qui mêle rigueur et enthousiasme communicatif. Actrice et réalisatrice en devenir, elle explore les deux côtés de la caméra, convaincue que comprendre le jeu et la mise en scène sont indissociables.



