Avec Primitive War, Luke Sparke a prouvé qu’on pouvait faire rugir des dinosaures à l’échelle d’un blockbuster sans vendre un rein au studio du coin. Et maintenant, le cinéaste australien ne parle plus d’une simple suite : il a déjà plusieurs prolongements en tête, avec des scripts sur l’étagère et des timelines qui se croisent.
À l’heure où l’industrie adore empiler les franchises comme des boîtes de conserve, l’affaire a quelque chose d’assez savoureux. Primitive War, sorti en 2025, s’est imposé comme une surprise virale avec un budget annoncé à moins de 10 millions de dollars, soit une somme presque indécente pour un film qui aligne soldats, jungle, guerre du Vietnam et bestiaire préhistorique. Le pari de Sparke, c’était un peu : et si Jurassic Park croisait Apocalypse Now sans passer par la case gros chèque hollywoodien ? Le résultat a visiblement trouvé son public, au point que le réalisateur parle désormais d’un véritable ensemble narratif, pas d’un simple prolongement opportuniste. On n’est pas dans la suite de trop, mais dans la saga qui essaie de ne pas se tirer une balle dans le pied dès le deuxième round.
Dans l’entretien accordé à Slashfilm, Luke Sparke explique avoir déjà cartographié plusieurs directions pour l’univers de Primitive War. Pas un seul chemin balisé, donc, mais plusieurs branches, avec des récits qui peuvent s’imbriquer, se répondre ou même se dérouler en parallèle. Le réalisateur évoque des caméos possibles, des liens entre les épisodes et des chronologies qui ne seraient pas forcément linéaires. Dit autrement : il refuse le vieux réflexe industriel qui consiste à faire “plus grand” à chaque nouvel opus, comme si le gigantisme était une qualité en soi. Et franchement, on ne va pas lui jeter la pierre. À force de gonfler les budgets et les enjeux, combien de franchises finissent en baudruche avant même d’avoir trouvé leur souffle ?
Des raptors, des scripts et pas mal de sang-froid
Là où l’affaire devient intéressante, c’est que Primitive War n’est pas pensé comme une trilogie fermée à la hache. Sparke dit avoir plusieurs scénarios déjà développés, certains devant logiquement s’enchaîner, d’autres pouvant bouger dans l’ordre. Cette souplesse narrative, on la voit rarement dans le cinéma de genre à petit budget, souvent condamné à improviser au fil des financements. Ici, au contraire, le cinéaste semble vouloir bâtir une architecture plus maligne que spectaculaire, avec des retours de personnages, des échos d’un film à l’autre et une continuité qui ne prend pas le spectateur pour un pigeon. C’est presque du luxe, cette idée de planifier avant de foncer dans le tas.

Le point n’est pas anodin : dans le cinéma indépendant, faire un film qui ressemble à un blockbuster sans en avoir le budget relève déjà du numéro d’équilibriste. En faire plusieurs, sans sacrifier la cohérence ni la finition, c’est une autre paire de manches. Sparke le sait très bien, et c’est sans doute pour ça qu’il insiste sur le fait qu’il ne veut pas rush Primitive War 2. Il a même laissé entendre qu’une sortie en 2027, voire début 2028, serait l’horizon le plus raisonnable. On est loin du calendrier à la Marvel, où tout semble parfois sortir du tapis roulant avec la grâce d’un carton de livraison. Ici, la patience devient presque une stratégie artistique. Et, miracle, ça fait du bien de voir un réalisateur ne pas confondre vitesse et indigestion.
Le West sauvage en embuscade
Le plus drôle, c’est que Sparke n’enterre pas pour autant Dinosaurs of the Wild West, son nouveau projet lancé via Kickstarter. Ce film-là, qui mélange dinosaures et Far West, ne remplace pas Primitive War 2 ; il existe à côté, comme une autre branche de son obsession pour les créatures préhistoriques. On pourrait croire à une dispersion, mais le bonhomme semble plutôt construire un petit territoire personnel, un coin de cinéma de genre où les dinosaures servent de moteur à des récits de guerre, de survie ou de western. Et là, on touche à quelque chose de plus intéressant qu’un simple gimmick : la machine à fantasmes ne repose plus seulement sur la taille des monstres, mais sur la façon de les remettre en jeu.
Reste que cette logique a aussi une dimension très contemporaine. Dans un marché où les studios cherchent la poule aux œufs d’or jusqu’à l’épuisement, Sparke tente une autre voie : capitaliser sur un succès sans l’écraser sous le poids de la surenchère. C’est presque old school, quelque part. On développe, on ajuste, on attend le bon moment, on évite de transformer une bonne idée en franchise rincée avant l’heure. Et si Primitive War devait vraiment devenir une saga durable, ce serait peut-être parce qu’elle aura compris une chose toute bête : le public n’a pas seulement faim de plus gros dinosaures, il a aussi envie qu’on sache quoi faire d’eux. Le monstre, oui. Le bourrinage automatique, non merci.
Alors oui, on va patienter pour revoir ces bestioles en action. Mais entre une suite précipitée et une franchise qui prend le temps de respirer, on a vite fait son choix. Surtout quand le cinéaste, lui, semble avoir compris qu’un bon rugissement vaut mieux qu’un vacarme de plus. Et ça, dans le grand zoo des sagas modernes, c’est déjà pas mal.
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




