Elle nageait quatre fois par semaine. C’était sa discipline, son ancrage dans un corps qu’elle avait appris à surveiller depuis une rupture d’anévrisme en 2007, suivie de trois opérations cardiaques. Ce samedi 11 avril 2026, dans le bassin en granit du complexe sportif Blanche, rue du même nom dans le 9e arrondissement de Paris, Nadia Farès a lâché sa planche et coulé à pic. Elle n’est jamais remontée. Six jours plus tard, ses filles Cylia et Shana Chasman annonçaient à l’AFP la nouvelle que personne ne voulait entendre : « La France a perdu une grande artiste, mais pour nous, c’est avant tout une mère que nous venons de perdre. » Nadia Farès avait 57 ans. Et un premier film en tant que réalisatrice prévu pour septembre.
Une silhouette dans l’ombre des Alpes, un visage qu’on n’oublie pas
Il y a des rôles qui vous définissent trop vite et trop longtemps. Pour Nadia Farès, ce fut Fanny Ferreira, le personnage double et trouble qu’elle incarne dans Les Rivières pourpres de Mathieu Kassovitz, sorti en 2000. Un thriller glaçant, une enquête dans les entrailles d’une université alpine, et ce regard à elle, impossible à saisir, qui oscillait entre la victime et la complice. Le film dépasse les 3 millions d’entrées en France et fait d’elle, l’espace d’un hiver, l’actrice la plus mystérieuse du cinéma hexagonal.
Née le 20 décembre 1968 à Marrakech, elle grandit à Nice, fugue à 15 ans, et débarque à Paris avec la conviction têtue de ceux qui n’ont pas de plan B. Elle débute à la télévision, tourne pour Jean Reno et Vincent Cassel dans les couloirs glacés de cette enquête en haute montagne, et le public la remarque enfin. Avant ça, elle avait déjà joué pour Claude Lelouch, Alexandre Arcady, Bernie Bonvoisin. Des films qui comptent. Des rôles qui auraient dû lancer une carrière au sommet.
Le paradoxe d’une carrière en pointillés
Après Les Rivières pourpres, elle tourne dans Nid de guêpes de Florent-Emilio Siri aux côtés de Benoît Magimel, chante sous le nom de Nadia le générique du Transporteur de Louis Leterrier, et puis… elle choisit. Elle choisit sa famille, ses enfants, une pause volontaire de sept ans qui aurait pu ressembler à une disparition mais qu’elle assume sans complexe. Ce n’était pas un renoncement. C’était une décision.
Elle revient en 2016 dans Marseille, la première série française de Netflix, aux côtés de Gérard Depardieu et Benoît Magimel. Puis Les Ombres rouges en 2019, La Promesse et Luther en 2021. Le grand retour, discret mais solide, d’une femme qui n’avait pas oublié son métier. En janvier 2026, elle confiait à Gala travailler sur une comédie d’action avec les Studios TF1, son premier long métrage comme scénariste et réalisatrice. « À travers le travail, la remise en question et l’obstination, j’ai trouvé une belle équipe. » Le tournage était prévu en septembre. Il n’aura pas lieu.
Un corps qu’elle connaissait trop bien, et qui a lâché sans prévenir
Le paradoxe est cruel : Nadia Farès était quelqu’un qui prenait soin d’elle. Elle nageait régulièrement, précisément parce qu’elle savait que son cœur portait des cicatrices. En 2007, une rupture d’anévrisme avait nécessité une opération neurologique en urgence. « Une bombe à retardement qu’il fallait traiter d’urgence. » Puis trois opérations cardiaques en quatre ans. Elle l’avait dit sans pathos, presque avec une sorte de fierté froide, celle des personnes qui ont regardé leur propre mort en face et qui ont choisi de continuer à avancer.
Selon les premiers éléments relayés par Le Parisien, la piste privilégiée par les enquêteurs est celle d’un malaise cardiaque survenu dans l’eau. Une enquête a été ouverte par le parquet de Paris pour déterminer les causes exactes de l’accident. Les images de vidéosurveillance et les témoignages ont été recueillis. À ce stade, aucune cause externe n’a été évoquée. Transportée en urgence absolue à la Pitié-Salpêtrière, placée sous coma artificiel, elle n’en est jamais sortie.
Ce que le cinéma français perd vraiment
On aurait pu croire que le cinéma français avait tourné la page Nadia Farès depuis longtemps. Ce serait mal la connaître, et mal connaître la façon dont fonctionne ce milieu avec ses actrices passé un certain âge. Elle revenait, pied à pied, avec la conviction de celle qui sait exactement ce qu’elle vaut. Un film en tant que réalisatrice, un projet long-format, une énergie intacte. Elle avait encore tout devant elle.
Ce qui disparaît avec elle, ce n’est pas seulement la comédienne des Rivières pourpres. C’est aussi la réalisatrice qu’elle allait devenir, les histoires qu’elle voulait raconter depuis derrière la caméra. Le cinéma français perd une femme qui avait traversé la maladie, la maternité, l’oubli relatif, et qui en était ressortie avec un projet entre les mains. C’est ça, le vrai gâchis. Pas la nostalgie d’un visage sur une affiche des années 2000. La mort d’un futur.
Le monde du 7e art retient son souffle. Vincent Cassel, Mathieu Kassovitz, ceux qui l’ont croisée sur les plateaux n’ont pas encore dit grand-chose. Parfois, le silence est la seule réponse à la hauteur de ce qu’on vient de perdre.
L’article en 30 secondes
- Nadia Farès, actrice française née en 1968 à Marrakech, est décédée le 17 avril 2026 à 57 ans, six jours après avoir été retrouvée inanimée dans la piscine du complexe sportif Blanche à Paris.
- La thèse d’un malaise cardiaque est privilégiée par les enquêteurs, en lien avec des antécédents médicaux sérieux : rupture d’anévrisme en 2007 et trois opérations cardiaques.
- Révélée par Les Rivières pourpres de Mathieu Kassovitz (2000), elle préparait son premier film en tant que réalisatrice, prévu pour septembre 2026.
- Ses filles Cylia et Shana Chasman ont annoncé sa disparition dans un communiqué à l’AFP : « La France a perdu une grande artiste. »
Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.

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