
Le monde du cinéma d’action vit une époque paradoxale. Pendant que certaines franchises s’éternisent jusqu’à l’écœurement, Taken – l’une des trilogies les plus rentables des années 2000 – refuse obstinément de ressusciter. Pourquoi une machine à cash de 600 millions de dollars reste-t-elle silencieuse ? La réponse tient en un homme : Liam Neeson, 73 ans, qui a transformé sa lassitude personnelle en mur infranchissable pour Hollywood.

Bryan Mills ne reviendra jamais sauver sa fille. Cette certitude, Liam Neeson l’a martelée avec une constance remarquable depuis 2016. “Votre fille ne peut pas être kidnappée plus d’un certain nombre de fois”, avait-il déclaré dans l’émission de Stephen Colbert, avec cette ironie mordante qui cache mal une véritable exaspération. Car derrière cette boutade se cache une réalité cruelle : l’acteur s’ennuie profondément de son propre personnage.
La franchise Taken illustre parfaitement les paradoxes d’Hollywood moderne. D’un côté, une machine commerciale infaillible qui a propulsé un acteur de 56 ans vers le statut de star d’action internationale. De l’autre, un créateur artistique qui refuse de se laisser enfermer dans une formule, même dorée. Neeson a récemment avoué avoir été “un petit peu gêné” par le succès de Taken, confessant enregistrer régulièrement des messages vocaux imitant la célèbre tirade pour les amis de ses fils.
Cette gêne révèle quelque chose de profondément humain : la peur de devenir une caricature de soi-même. À 73 ans, Neeson refuse de tromper son public en continuant à jouer les justiciers invincibles. Sa décision de prendre sa retraite du cinéma d’action dès 2025 sonne comme un acte de respect envers ses spectateurs.
L’histoire de Taken ne s’arrête pas aux trois films. En 2017, NBC tente le pari risqué d’une série préquelle avec Clive Standen dans le rôle du jeune Bryan Mills. Le résultat ? Un naufrage retentissant qui ne survit que 26 épisodes avant annulation. Cette série démontre cruellement que l’essence de Taken résidait entièrement dans la présence magnétique de Neeson.
Sans lui, la formule révèle sa vacuité. Les cascades spectaculaires, les complots internationaux, les courses-poursuites dans des décors exotiques… tout cela sonne creux sans cette gravité particulière que l’acteur irlandais apportait au rôle. La série NBC illustre parfaitement le piège des franchises modernes : croire qu’un concept peut survivre indépendamment de son interprète principal.
| Projet | Année | Résultat | Durée de vie |
|---|---|---|---|
| Taken (film) | 2008 | 226 millions $ au box-office | Succès mondial |
| Taken 2 | 2012 | 376 millions $ au box-office | Pic de la franchise |
| Taken 3 | 2015 | 326 millions $ mais critiques négatives | Essoufflement visible |
| Taken (série NBC) | 2017-2018 | Audiences décevantes | 26 épisodes puis annulation |

Internet regorge de contenus trompeurs autour de Taken 4. Des chaînes YouTube accumulent des millions de vues avec des “trailers officiels” fabriqués de toutes pièces. Ces vidéos exploitent habilement la nostalgie des fans, mélangeant extraits des anciens films, musiques épiques et montages sophistiqués pour créer l’illusion d’un projet réel.
Cette prolifération de faux contenus révèle l’ampleur de la demande pour une suite. Les commentaires débordent d’espoir et de déception mélangés. Certains fans refusent de croire aux déclarations de Neeson, imaginant des revirements de dernière minute ou des projets secrets. D’autres se raccrochent aux déclarations ambiguës de l’acteur qui, en 2015, évoquait encore la possibilité de retravailler avec Forest Whitaker dans un hypothétique Taken 4.
Mais la réalité économique d’Hollywood est implacable : sans Neeson, pas de Taken 4. Les producteurs le savent, les studios le savent, et l’acteur lui-même l’a répété ad nauseam. Cette franchise appartient désormais au passé, fossilisée dans l’ambre de la nostalgie.
Taken restera dans l’histoire du cinéma comme l’exemple parfait de la seconde carrière réussie. À un âge où la plupart des acteurs embrassent des seconds rôles, Neeson s’est réinventé en machine de guerre implacable. La franchise lui a rapporté au minimum 40 millions de dollars et redéfini complètement sa filmographie.
Pourtant, cette réussite commerciale cache une mélancolie artistique. Neeson avoue aujourd’hui que le succès de Taken l’a “complètement pris par surprise”. Il pensait tourner “un téléfilm sympa” et s’est retrouvé prisonnier d’un archétype qu’il traîne depuis 17 ans. Chaque interview, chaque apparition publique ramène inexorablement cette fameuse tirade sur ses “compétences très particulières”.
L’ironie finale de cette histoire ? Taken a créé un monstre que son créateur ne contrôle plus. Les réseaux sociaux regorgent de détournements, de memes, de parodies qui ont transformé Bryan Mills en figure pop-culturelle autonome. Neeson peut bien annoncer sa retraite, refuser les suites, critiquer la répétitivité du concept : Bryan Mills lui survivra.

Face à l’obstination de Neeson, Hollywood explore timidement des alternatives. Pierre Morel, réalisateur du premier Taken, vient de sortir Canary Black avec Kate Beckinsale – un thriller qui reprend ouvertement les codes de sa création originale. Mais ce “remake ennuyeux” selon la critique française illustre parfaitement l’impossibilité de recréer la magie originale.
Car Taken n’était pas seulement un film d’action. C’était l’alchimie parfaite entre un acteur en quête de renouveau, un public fatigué des super-héros adolescents, et une époque où la figure paternelle protectrice résonnait particulièrement fort. Cette conjonction d’éléments ne se reproduira jamais à l’identique.
Les fans devront faire leur deuil de Taken 4. Liam Neeson a tracé sa route vers d’autres horizons, loin des enlèvements et des vengeances personnelles. À 73 ans, l’homme préfère la comédie (The Naked Gun) aux fusillades, les rôles nuancés aux archétypes simplistes. Bryan Mills est mort, et c’est son créateur qui l’a tué.
Cette mort annoncée d’une franchise pourtant lucrative interroge sur l’évolution du cinéma moderne. À l’heure où Marvel et Disney exploitent leurs univers jusqu’à l’épuisement, Taken offre l’exemple rare d’un créateur qui préfère la qualité artistique à la rentabilité immédiate. Une leçon d’intégrité que Hollywood ferait bien de méditer.
Je suis un écrivain passionné par la lecture et l’écriture. J’ai choisi d’exprimer mes opinions et mes observations sur mon blog, où je publie souvent des articles sur des sujets qui me sont chers. Je m’intéresse aussi beaucoup aux préoccupations sociales, que j’aborde souvent dans mon travail. J’espère que vous apprécierez mes articles et qu’ils vous inciteront à réfléchir vous aussi à ces sujets. N’hésitez pas à me laisser un commentaire pour me faire part de vos réflexions !