We’re Gonna Need a Bigger Chaudron

Le teaser a d’abord été dévoilé à CinemaCon à Las Vegas le 15 avril, avant d’être mis en ligne quatre jours plus tard pour le grand public. On retrouve la maison Owens, toujours aussi gothique-chic sur sa falaise imaginaire, Sally (Bullock) qui bricole dans son jardin et Gillian (Kidman) penchée sur un grimoire, exactement là où on les avait laissées, comme si le temps n’avait pas de prise sur les sorcières. La voix off de Bullock ouvre le bal : « I’m sure you’ve heard of the Owens family… the ones from Massachusetts… the ones their neighbors whisper… are witches. » On frissonne. Un peu. Ou alors c’est la climatisation.
La nouveauté, c’est l’injection de sang frais dans la saga. Aux côtés des deux têtes d’affiche et des tantes iconiques, Stockard Channing et Dianne Wiest, impeccables, irremplaçables, débarquent Joey King (dans le rôle de Kylie, fille adulte de Sally), Maisie Williams (Antonia, l’autre fille), Xolo Maridueña, Lee Pace (en savant nommé Harlan Vex) et Solly McLeod. Le synopsis officiel parle de « dark secrets » et d’une malédiction familiale « qui menace de tout détruire ». Warner Bros. a sorti son communiqué de presse le plus mousseux. On traduit : c’est le même film en plus grand.
Les Ensorceleuses 2 (Practical Magic 2) est attendu en salles françaises le 9 septembre 2026, soit deux jours avant la sortie américaine du 11 septembre. Date choisie avec le tact habituel des majors américaines (non).
Susanne Bier, ou l’Art de Soigner Ses Grandes Actrices
La vraie surprise du casting, c’est peut-être derrière la caméra. Susanne Bier, réalisatrice danoise, Oscar du meilleur film étranger pour In a Better World (2010), Emmy Award pour The Night Manager (2016), The Undoing (2020) avec Nicole Kidman justement, reprend le flambeau de Griffin Dunne qui avait signé l’original. Le choix n’est pas anodin. Bier a déjà travaillé avec Bullock sur Bird Box (2018, Netflix, film le plus regardé de l’histoire de la plateforme à l’époque) et avec Kidman sur The Undoing. Elle connaît ses deux stars mieux que quiconque à Hollywood, ce qui est soit un avantage considérable, soit une recette pour que tout le monde soit trop à l’aise pour se bousculer.
Sur le papier, Bier est une cinéaste de l’intime, obsédée par les dynamiques familiales explosives et les émotions qui débordent, ce qui colle, quelque part, à l’ADN des Owens. Reste à voir si elle saura résister à la tentation du blockbuster bien propre que Warner lui commande, ou si elle glissera une vraie tension, un vrai déséquilibre, dans ce qui s’annonce pour l’instant comme une comédie fantastique automnale plutôt bienveillante.
« We come to this place for magic », ont déclaré Bullock et Kidman sur scène à CinemaCon, selon Deadline.
On note l’effort de com. On apprécie.
Le Culte, Ce Péché Originel du Box-Office

Il y a quelque chose de légèrement vertigineux dans la trajectoire de ce film. Les Ensorceleuses premier du nom est l’archétype du long-métrage maudit par la critique qui se réhabilite par capillarité culturelle. 24% sur Rotten Tomatoes en 1998. Un four à 75 millions de budget pour 68 millions de recettes mondiales. Et pourtant, chaque automne depuis vingt-sept ans, des milliers de spectatrices ressortent le DVD, le Blu-ray, puis le lien Max, pour se refaire la scène des margaritas de minuit, les bougies, la pluie sur les vitres, Stevie Nicks en fond sonore. Le film a construit sa propre mythologie dans l’angle mort de l’industrie, loin des radars des studios qui le considéraient mort-né.
Warner Bros. a fini par s’en rendre compte, avec à peine vingt-cinq ans de retard, ce qui, pour une major, constitue presque une réaction en temps réel. La suite a été officiellement mise en développement en 2024, puis une première date de sortie a été communiquée fin 2025 avant d’être ajustée au 11 septembre pour le marché américain (et le 9 en France, what a treat). Le projet a suffisamment de capital nostalgie pour remplir des salles dès le premier week-end. La question, c’est ce qu’il y aura derrière.
Joey King et Maisie Williams : la Relève Ou le Piège
On va dire ce qu’on pense franchement : l’arrivée de la nouvelle génération dans la saga Owens est le point qui mérite qu’on garde un œil ouvert, voire les deux. Joey King sort d’une trajectoire Netflix agitée (The Kissing Booth, The Act, Uglies) et cherche clairement sa grande carte au cinéma. Maisie Williams, depuis la fin de Game of Thrones, multiplie les projets sans en trouver un qui la propulse vraiment dans une autre dimension. Xolo Maridueña, révélé dans Cobra Kai et déjà passé par le fiasco Blue Beetle (DCEU), complète le tableau. Un casting de deuxième couche qui doit prouver qu’il peut exister à côté de deux monstres sacrés sans se faire dévorer tout cru.
Le danger, dans ce type de séquelle à vingt-huit ans d’écart, c’est le syndrome du flambeau forcé, quand le film passe son temps à regarder vers l’avenir d’une franchise que personne n’a commandée, au détriment du présent qu’on est venu voir. Si le script des Ensorceleuses 2 est malin, il laissera Bullock et Kidman tenir la baraque jusqu’au bout, la nouvelle génération en soutien, pas en héritière auto-proclamée.
Joey King en Kylie, fille de Sally, on lui souhaite sincèrement de ne pas passer sous le rouleau compresseur Bullock/Kidman. Sincèrement.
La Malédiction des Owens (C’est Warner Qui La Lance)
Il serait malhonnête de ne pas souligner l’ironie de la situation. Le premier Practical Magic est né sous une mauvaise étoile commerciale, porté par une production chaotique où Bullock et Kidman avaient toutes les deux des visions radicalement différentes du film qu’elles voulaient faire, ce qui explique, en partie, le résultat hybride et bancal qui est pourtant devenu sa marque de fabrique. Vingt-huit ans plus tard, Warner leur redonne les clés d’une maison qu’elles n’avaient pas vraiment construite ensemble. C’est soit la réconciliation la plus belle de l’histoire du cinéma fantastique féminin, soit une bombe à retardement d’ego en costumes d’automne.
Le teaser, lui, ne tranche pas. Il est joli, chaud, bien photographié, plein de bougies et de feuilles mortes, exactement ce que les fans attendaient, exactement ce qui ne dit rien sur ce que vaut le film. Susanne Bier sait faire de belles images. Elle sait aussi faire du beau vide, comme Bird Box l’a démontré avec un succès retentissant et un film assez creux. On espère qu’elle a choisi le bon registre cette fois.
Rendez-vous le 9 septembre 2026 en salles françaises. On sera là. Avec ou sans margarita de minuit, mais franchement, avec c’est mieux.
Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.


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